Mika : tomber amoureux, tout un processus
The Origin of Love ou comment revisiter les chansons d’amour
La naïveté puérile caractérisait les deux premiers albums de Mika, qui revient aujourd’hui avec The Origin of Love. S’il réfute le terme « d’album de la maturité », il reconnaît avoir opéré un véritable tournant dans sa carrière.
Mika avait annoncé que son troisième album serait « différent ». Si le premier single, « Elle me dit », ne nous avait pas forcément convaincu de ce changement, son nouvel album intitulé The Origin of Love permet véritablement à l’artiste d’explorer de nouvelles facettes de son personnage. Et de confirmer qu’il aime chanter en français, avec notamment les titres L’Amour dans le Mauvais Temps et Soleil Mal luné.
Toujours pêchu, mais parfois plus sérieux, Mika nous propose ici un voyage « aux origines de l’amour », pour démontrer que les chansons d’amour ne sont pas forcément des ballades mielleuses. Le nouveau single, Celebrate, en est d'ailleurs un bel exemple. A quelques jours de la sortie de cet album, Mika a en tout cas accepté de se confier à l’agence Relaxnews.
Relaxnews : Vos deux premiers albums évoquaient l'enfance, l'adolescence. Celui-ci est le premier où vous parlez en tant qu'adulte.
Mika : Oui, c'est vrai. Je déteste l'expression « atteindre la maturité » parce que jamais dans votre vie vous ne vous sentez naïf par rapport à ce que vous êtes en train de vivre. Mais c'est sûr qu'il y a un sentiment d'affirmation sur ce disque, une façon de dire « je vais parler de moi comme j'en ai envie, sans complexe ».
C'est un album qui va dérouter, vous en êtes conscient ?
Oui, c'est un album qui va polariser les gens. Mais je pense qu'il est suffisamment bon et qu'il va intéresser ou réintéresser des gens que j'avais peut-être perdus il y a quelques années.
C'est le premier disque où vous parlez aussi ouvertement de vous.
Absolument, je me cache moins derrière des personnages de BD. Mon premier album était rempli de références à la vie réelle, mais à travers cette technique de BD que je mettais en œuvre de façon instinctive. Ayant grandi avec le sentiment d'être un outsider, la façon que j'avais trouvée pour écrire des chansons c'était de le faire à travers les yeux de ces personnages que je créais. Ça me sécurisait. Sur le deuxième album, il y avait aussi de ça mais le message était moins clair, il y avait moins le désir de communiquer quelque chose de fort. Sur ce disque, je dis des choses fortes, mais en me cachant moins derrière un personnage.
Quel a été le point de départ de cette évolution ?
La stagnation. Cela faisait un an et demi que j'étais sur la route et je n'avais pas de raison d'écrire. Je n'étais pas amoureux, je n'étais pas en colère, je n'étais rien, juste un interprète en tournée. Alors je me suis arrêté, et là tout est devenu fou. Des choses se sont passées dans ma vie personnelle, ma sœur a eu un grave accident et j'ai soudain réalisé qu'on pouvait tout perdre en trente secondes. Ça m'a donné de l'intrépidité.
Quand on vous couvre de louanges, on vous entrave. Si vous faites de la pop avec une ambition artistique, vous avez la responsabilité de faire des disques audacieux. Quand ma sœur est allée mieux, j'ai oublié toute prudence, j'ai dit « je pars et je ne reviens pas » et je me suis envolé pour Montréal.
Que s'est-il passé là-bas ?
Quand j'ai atterri à Montréal, je n'avais aucune chanson. Je suis allé directement de l'hôtel au studio et une heure plus tard, j'avais écrit The origin of love qui est le point de départ de l'album. Il faut l'admettre, ça m'a aidé d'être tombé amoureux une semaine plus tôt !
Et après ?
J'ai décidé de saisir ce moment et d'écrire un album entier sur le processus – tomber amoureux – et ses mutations, d'écrire une collection de chansons d'amour non conventionnelles sur la seule chose qui soit commune à tout le monde : le désir, l'humanité, l'amour-propre...
Les chansons d'amour, ce ne sont pas que les ballades au piano des années 80 et 90. Il y a une autre façon d'en écrire, c'est ce que j'ai essayé d'explorer.
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