42 jours pour gravir l'Everest : cap' ou pas cap' ?

Etes-vous prêts pour le voyage luxueux de l'extrême ?

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Adrian Ballinger est un guide de haute montagne qui se propose d'emmener les touristes au sommet de l'Everest en tout juste 42 jours !

42 jours pour gravir l'Everest : cap' ou pas cap' ?
© Daniel Prudek / Shutterstock.com ©

Pas plus haut, mais plus vite, beaucoup plus vite: tel est le credo d'un guide de haute montagne britannique un peu fou qui veut emmener ses clients fortunés en 42 jours au sommet de l'Everest.

60 000 euros par personne

Pour 60 000 euros par piolet, deux fois le coût d'une ascension classique, Adrian Ballinger propose une montée express sur le toit du monde qui crève le ciel de l'Himalaya à 8848 mètres.

"La meilleure façon de gravir l'Everest est de le faire vite, de passer moins de temps autour du camp de base et d'éviter les files d'attente à l'approche du sommet", explique le grimpeur chez lui dans la Squaw Valley, en Californie.


Réduire le temps d'acclimatation à l'altitude

Son idée est de réduire le temps d'acclimatation à l'altitude, qui raréfie l'oxygène, en faisant dormir ses clients dans des tentes hypobares pendant les huit semaines qui précèdent l'ascension. Ces tentes recréent les conditions de l'altitude en réduisant la pression de dioxygène dans l'air ambiant. L'organisme tend alors à s'adapter à l'air moins dense en créant plus de globules rouges.

Les candidats doivent également porter chez eux leurs masques d'entraînement à l'altitude, qui réduit l'apport d'air et oblige à des inspirations plus profondes. Un médecin vérifie l'état de santé du client, notamment via son rythme cardiaque et des tests sanguins.

"Ils seront en bien meilleure condition pour l'ascension puisqu'ils n'auront pas dépensé deux mois dans la montagne à monter et descendre pour s'acclimater, en perdant au passage du poids et du muscle", plaide Adrian Ballinger, un des rares Occidentaux à avoir aidé les sherpas - les porteurs et guides népalais - à fixer pitons et cordes sur la voie du sommet.

Les atouts et les limites des tentes hypobares

Les tentes hypobares sont bien connues des coureurs ou des cyclistes désireux d'accroître leur capacité pulmonaire, mais ils sont rarement utilisés par les alpinistes, et encore moins par des grimpeurs renommés comme Ballinger. Et leur efficacité et leurs effets sur l'organisme des alpinistes restent méconnus.
Pour Grégoire Millet, chercheur à l'Institut des Sciences du sport de l'université de Lausanne, leurs bénéfices sont sans conteste "limités". "Il n'existe aucune recherche sur l'impact du sommeil dans une tente (hypobare) sur une période aussi longue que huit semaines, mais il est toujours préférable de s'acclimater à l'altitude en milieu naturel", explique-t-il.


Pour gravir l'Everest rapidement, il faudrait utiliser des tentes hypobares

La peur de la cascade de glace

Des réserves qui laissent parfaitement indifférent Adrian Ballinger, venu à la montagne pour ses "aléas".
Dès 2012, trois ans après son premier Everest, il est convaincu de la nécessité de grimper plus vite. Accessoirement, l'ascension rapide permet de diminuer le nombre de passages sur "la cascade de glace de Khumbu" où 16 sherpas ont été emportés dans un éboulement le 18 avril 2014, la journée la plus meurtrière de l'histoire de l'Everest.

"Ma peur de la cascade a été ma motivation première dans la création du programme +Ascension rapide+", assure Adrian Ballinger. En moyenne, un grimpeur doit franchir la cascade à six reprises à la montée et de nouveau six fois à la descente, les sherpas plus de 20 fois dans chaque sens.
Une ascension rapide permettrait de diviser par deux le nombre de franchissements par les sherpas et de le réduire à un seul passage dans la montée pour un client.

Après une tentative réussie l'an dernier avec un homme d'affaires russe, Ballinger comptait sur une première saison commerciale cette année. Mais l'avalanche du 18 avril et la "fermeture" consécutive de la montagne côté népalais l'a obligé à renoncer et à déplacer ses opérations côté tibétain.

Les sherpas ont en effet cessé le travail pour réclamer de meilleurs salaires, mettant prématurément fin à la courte saison des ascensions dans l'Everest. Adrian Ballinger reconnaît que le business de l'Everest attire des entreprises "peu scrupuleuses" et insiste pour que les candidats soient plus aguerris.

Un projet voué à l'échec ?

Il exige quant à lui que ses clients aient déjà gravi un pic de plus de 8000 et soient suffisamment confiants pour se détacher eux-mêmes des cordes fixes et utiliser crampons et piolets sur la glace pour dépasser les cordées plus lentes.

De l'avis d'Elizabeth Hawley, une spécialiste basée à Katmandou, le projet d'Adrian Ballinger est voué à l'échec. "Ça ne peut pas marcher. Les grimpeurs amateurs ne seront pas capables de le faire, or ce sont eux qui ont de l'argent", prédit-elle.

Balivernes, souffle Ballinger. "Dans dix ans, la plupart, sinon toutes, les ascensions de l'Everest seront rapides".

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