Les câlins, c’est bon pour la santé
Un atelier câlins pour retrouver la joie de vivre
Cela peut sembler évident mais les câlins et l’affection, c’est bon pour le moral. Et donc pour la santé. A Londres, Anna Nathan a mis en place des « ateliers câlins » pour les âmes en peine. Une solution efficace pour retrouver le bien-être ?
« Mettez votre énergie sexuelle de côté »
La chanson au rythme chaloupé « Don't Worry, Be Happy » donne le ton. Au sol, est posée une multitude de coussins rouges et vert tendre. Les murs sont habillés de tulle blanc. Il n'empêche, des visages sont anxieux au début de « l'atelier câlins », et pour cause, personne ne se connaît.
Anna Nathan, qui dirige cet atelier insolite à Londres, énonce les règles de sa voix tamisée et gaie. Règle numéro 1 : « Ne faites pas ce que vous n'avez pas envie de faire », explique-t-elle à la vingtaine d'hommes et femmes, assis en cercle. « N'enlevez pas de vêtements. Mettez votre énergie sexuelle de côté. Pas de bisou. »
Dans le studio de danse qui accueille la session, des étudiants curieux, une trentenaire fraîchement divorcée et « en manque de câlins », quelques célibataires endurcis, un jeune homme « très en colère » contre sa copine, un retraité,... qui s'observent intimidés.
La pièce est fraîche, et hormis quelques personnes en tee-shirts, les participants, tous majeurs, sont chaudement habillés.
Quatre heures d’exercices
Premier « exercice » : marcher au rythme de la musique en claquant des doigts, et faire connaissance en se touchant brièvement les doigts, les épaules, les pieds, les oreilles et finalement... les hanches. Les premiers gestes sont hésitants, mais très vite les rires ne tardent pas à éclater, dissipant les tensions du début.
Les exercices, guidés par Anna et Neil Urquhart, s'enchaînent pendant quatre heures, et la confiance s'installe crescendo. L'un d'eux, qui se joue à deux, consiste à recevoir de légères pressions de la main ou des caresses sur le corps, tronc et bassin exclus, et d'y répondre par « oui, non, peut-être ou s'il te plaît ».
« A un moment, je me suis dit : +attends là, je reçois un câlin d'une personne que je viens juste de rencontrer+ », raconte Bailey, une étudiante américaine de 20 ans, toujours à l'affût de nouvelles aventures. « N'importe où, ce serait bizarre, mais dans un atelier, ça va. »
« Ça me rappelle l'ecstasy ! »
« Je pensais trouver ce genre de trucs en Californie avec des hippies. Mais ici, au Royaume-Uni, c'est un peu l'opposé de ce à quoi on s'attend ! »
L'exercice final ne se fait ni à deux, ni à trois, mais tous ensemble. Les participants sont invités à s'allonger au sol, à s'imbriquer comme « des chiots » (!), à se réconforter, se caresser. Sans toutefois transgresser les règles établies.
« Je me sens super bien. Ca me rappelle l'ecstasy ! », confie Grâce, euphorique à la fin de la session à 36 euros.
L'atelier, organisé environ deux dimanches par mois, ne réserve pas que de bonnes surprises. « Un mec avait une chemise qui sentait bon le linge frais, confie Bailey avec franchise. Je me suis dit +Mmmhh, c'est réconfortant+, mais pour un autre, je me suis dit +Hé dis donc, t'aurais pu faire un effort quand même!+ »
Le bulletin de participation à l'atelier conseillait seulement « d'éviter les parfums et après-rasage aux odeurs fortes ».
Prévenir tout dérapage sexuel
Pour prévenir tout dérapage sexuel, Anna et Neil veillent scrupuleusement au respect des règles. En deux ans, Anna affirme n'avoir eu à intervenir que quelques fois. Le signe qui ne trompe pas, ce sont les hanches qui bougent, explique-t-elle. « Mais on n'a jamais eu à séparer deux personnes », assure Neil, 42 ans.
L'objectif de l'atelier – proche des « fêtes aux câlins » aux Etats-Unis, mais moins codifiées – est de « cicatriser les plaies » et réconforter dans une société où les interactions humaines se font beaucoup par écran interposé, explique-t-il. Il s'agit aussi de connaître ses limites et apprendre à se faire respecter, dans la vie en général, poursuit Anna, 36 ans.
Le retour à la vraie vie se fait en douceur : après l'atelier, les participants vont dîner dans un restaurant du quartier. « Si je devais directement m'engouffrer dans le métro, je me sentirais terriblement seul. Là, j'ai envie de serrer tout le monde dans mes bras », raconte Andrew, célibataire de 42 ans et une dizaine d'ateliers à son actif. C'est aussi l'occasion, en cas d'affinités, de se donner rendez-vous pour des câlins, sans limites cette fois-ci.
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