Cyclisme : Sastre, sans strass ni paillettes

Vainqueur du Tour l'an dernier, Carlos Sastre n'a guère changé. (Reuters)
Sur le tapis rouge de Monaco, prêt à se dérouler sous les pieds des 180 acteurs du Tour 2009, Carlos Sastre fait presque figure d'anonyme. Il n'est pas le coureur le plus reconnu des passants dans les rues de la Principauté. On ne peut, il est vrai, pas demander au quidam de connaître les visages de près de deux cent coureurs venus prendre cette semaine leur quartier dans la ville princière. Mais Sastre est tout de même le vainqueur sortant du Tour de France ! Si l'on ne s'attend pas à ce qu'il fasse de l'ombre au surmédiatisé Lance Armstrong, l'Espagnol pourrait faire un petit effort. A moins que cette discrétion lui convienne ?
"Je suis le plus heureux des hommes quand on m'oublie, rétorque-t-il à son ancien coéquipier et toujours ami Laurent Jalabert dans les colonnes de La France cycliste. Que l'on parle des autres et que l'on continue à ne pas s'occuper de moi, je ne demande pas mieux. On peut parler, parler, faire des pronostics sur les uns et les autres, mais au final, ce qui compte, c'est le classement sur les Champs-Elysées..." C'est donc ça, le timide et passe-partout (1m70, 60 kilos) Castillan aime qu'on le laisse tranquille. Ce n'est donc pas surprenant si bon nombre de non spécialistes de la chose cycliste ont oublié qu'il est celui qui a ramené en juillet de l'année dernière le maillot jaune sur les Champs-Elysées. Et depuis, malgré une exposition plus importante, en Espagne notamment et auprès des sponsors, rien n'a vraiment changé dans la vie de «Carlito».
"C'est pareil qu'avant"
"J'ai la même femme, les mêmes enfants... et toujours la même voiture ! Je n'ai rien modifiéà mon train de vie. C'est pareil qu'avant." Eternel équipier modèle, chez Once puis CSC qu'il a quittée l'hiver dernier après un septennat de bons et loyaux services, Sastre, qui jusqu'à l'an passé, multipliait les places dans le Top 10 des tours de France et d'Espagne, a touchéà la gloire précipitamment. Sur un Tour 2008 privé de l'équipe Astana et de son grand favori Alberto Contador, le grimpeur d'Avila a construit son succès sans véritable coup d'éclat, réalisant son putsch dans la troisième semaine, où il est souvent si fort, en domptant l'Alpe d'Huez et ses vingt-et-un lacets mythiques.
Sa promotion, il a attendu d'avoir 33 ans pour la toucher. Il l'explique par un changement de mentalité opéré il y a trois ans. "Il a fallu attendre 2006 pour que je change mon état d'esprit, que je me décide à prendre ma carrière en main, que je me dise qu'il fallait que je devienne davantage un leader et que je travaille un peu moins pour les autres." Rouleur respectable et grimpeur talentueux, Sastre est prêt à assumer ses responsabilités dès samedi et le contre-la-montre inaugural dans les rues monégasques. A l'inverse de l'an passé, où il partageait le rôle de leader avec les deux frères Andy et Frank Schleck, le Madrilène sera ce coup-ci le seul coureur protégé de l'équipe canadienne Cervélo.
Quatrième du Giro du centenaire au printemps, au cours duquel il a remporté deux étapes de prestige sur les cimes de Monte Petrano puis du Vésuve, l'Ibère n'est pas le favori à sa propre succession. Cela, vous l'imaginez, ne le dérange absolument pas. Mais sans faire de bruit, il sera certainement encore dans les premières lignes du classement général de cette 96e édition. Et pourquoi pas la plus haute ?












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