C'est un Brahim Asloum remonté qui s'est exprimé mercredi lors d'une conférence de presse au siège du CNOSF, à Paris. Le champion du monde est revenu sur son litige avec Canal Plus.

Brahim Asloum, pourquoi avez-vous tenu à organiser une conférence de presse ?
Je voulais absolument revenir sur plusieurs choses. Récemment, j'ai lu des articles où je ne me suis pas retrouvé. C'était une autre personne que moi. Beaucoup d'allusions ont été faites à propos de l'aspect financier, c'est totalement faux. A aucun moment je n'ai parlé de cet aspect là avec Canal Plus. On ne m'accompagne plus dans cette aventure, pour des raisons qui sont loin d'être concrètes. Je suis très affecté, très peiné par la situation. Ce n'est pas mon rôle d'être ici, je suis un sportif, mais la chaîne a un vrai manque de considération envers ma personne.
Quelles sont les raisons de votre désaccord avec Canal Plus ?
Un total manque de considération. Le conflit avec la chaîne ne date pas d'hier mais depuis 2005, après le match contre Lorenzo Parra (Ndlr : Défaite en Championnat du monde). Ce soir là, 50% des décodeurs étaient allumés ! Après ça, il ne faut pas dire que la boxe n'intéresse pas. Canal Plus n'a jamais fait ma promotion. Sur l'aspect financier, la chaîne me proposait au départ 300 000 euros. J'ai même eu une discussion avec Monsieur Laporte (Ndlr : Secrétaire d'Etat aux Sports) pour lui expliquer mon cas. C'était une proposition indécente ! Après ils ont fait d'autres offres, 350 000, 400 000 pour arriver à 550 000 euros. Je ne suis pas marchand de tapis ! Avec cette somme, on devait organiser le combat, payer les taxes, la sécurité, la préparation. C'est indécent !
L'aspect financier semble quand même être le nœud du problème…
C'est vous qui voyez ça comme ça. Si on me propose un combat à un million et rien derrière, je ne le fais pas ! C'est l'aspect humain et sportif qui m'importe. Avant je signais pour trois combats. Maintenant je ne peux rien construire. On veut me faire le reproche d'avoir gagné de l'argent pendant sept ans et à 29 ans de ne plus pouvoir en gagner ? Ce sont les autres boxeurs français qui ne gagnent pas assez d'argent et non pas Brahim Asloum qui en gagne trop.
« Je me demande si certains dirigeants de Canal aiment la boxe »
Quand avez-vous rencontré les dirigeants de Canal Plus ?
Au mois de mars, j'ai vu Alexandre Bompard (Ndlr : ancien directeur des sports de Canal Plus, parti depuis à Europe 1). Dur d'avoir un rendez-vous avec lui, quasiment deux mois à attendre (ironique). Cette rencontre a été dure pour moi (sérieux). On s'est vu entre deux cafés, pendant quinze minutes. A partir de là, je ne sais pas si on peut parler de considération. La seule chose que j'ai demandée, c'est de construire un projet, j'ai réitéré mes envies de titre, le changement de catégorie, l'envie de boxer dans des lieux mythiques. A aucun moment je n'ai parlé d'argent. Je voulais plus d'exposition. Si on me censure, je ne peux rien faire. Je n'ai pas demandé la lune, juste de la considération. J'ai même écrit une lettre à Rodolphe Belmer (Ndlr : directeur général de Canal Plus) où j'expliquais ma tristesse et ma colère. Aucune réponse de sa part. Si demain, j'écris à Monsieur Sarkozy, par respect il me répondra !
Si ce n'est pas une question d'argent, que leur avez-vous demandé ?
De la considération ! J'ai besoin d'avoir des outils, une enveloppe, des contrats de deux, trois combats. Mon rêve est d'unifier les ceintures. J'ai de grandes ambitions. Je suis champion du monde et champion olympique et on ne me donne pas les moyens de planifier une carrière. C'est aberrant.
Alexandre Bompard est parti de la direction des sports de la chaîne et a été remplacé par Cyril Linette. Avez-vous eu des contacts avec lui récemment ?
Aucun. Depuis trois mois, je n'ai aucune nouvelle de Canal. Pourtant je suis ouvert à tout dialogue. Je me demande si certains dirigeants de Canal Plus aiment vraiment la boxe.
« Ma carrière est en suspens »
Si rien ne bouge, pourquoi ne pas décider de boxer à l'étranger ?
(Affirmatif) Je suis fier d'être français et je veux boxer en France ! Un jour, pourquoi pas ? Mais si je ne peux pas me permettre d'imposer certaines choses, qui peut se le permettre ? Je suis le seul champion du monde et champion olympique dans ce sport en France ! Mon but est de boxer chez moi, ici. Aujourd'hui, on risque de m'enlever le titre. C'est impossible. J'ai eu des larmes, du sang, des blessures pour arriver en haut (ému aux larmes). J'ai mis sept années pour y arriver. Je suis un compétiteur, je veux juste être respecté à ma juste valeur.
N'avez-vous pas d'autres contacts avec d'autres chaînes de télévision ?
Non, rien du tout. Je suis ouvert à toutes propositions. Que ce soit la télévision ou autre. Si vous avez une idée, je suis preneur.
Avez-vous pensé mettre un terme à votre carrière ?
Oui, j'ai pensé à arrêter la boxe. Ma carrière est en suspens. Aujourd'hui, je suis perdu, seul, dans une impasse. J'ai tout fait pour véhiculer une belle image du sport avec Canal Plus et voilà le résultat.
Propos recueillis au CNOSF par Baptiste Desprez

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