
Olivier Girault, comment s'est passée le début de préparation avec l'équipe de France ?
Bien. C'est costaud. Mais si ça ne l'était pas, on se plaindrait. C'est ça le pire. On est un peu maso mais on sait les efforts qu'il faut pour atteindre l'objectif que l'on veut. C'est dans la souffrance que l'on n'aura aucun regret. Si on travaille très dur ici, si on ne s'épargne rien - ce que l'on a toujours fait car c'est comme ça que le groupe fonctionne - quoi qu'il se passe là-bas, on sait que l'on aura tout donné. Si on s'est isolé, ce n'est pas pour prendre des vacances. Le cadre est joli, mais l'isolement est nécessaire. Le groupe adhère bien au projet physique. C'est aujourd'hui seulement que l'on commence à récupérer. Enfin moi (rires). C'est ma dernière préparation et je prends énormément de plaisir à la faire parce que je me dis tous les jours que c'est la dernière et l'on arrive même à prendre du plaisir dans la souffrance, c'est dingue.
Cet investissement physique important avant une grande échéance est quelque chose qui va vous manquer ?
Oui. D'une certaine manière. Mais c'est peut-être pour ça que je me suis lancé un dernier défi qui met énormément de pression et que j'enchaîne tout de suite après. Lorsque l'on est sportif, il y a une partie qui abandonne tout et une partie, comme moi, qui a une obsession du physique et je ne la perdrai pas. Je ne me vois pas devenir rondouillard. Je vais m'entraîner physiquement de mon côté. J'ai d'ailleurs prévu de faire le marathon de Paris.
Cette préparation-là est-elle différente de celle que vous avez pu connaitre avant ?
Non. Je pense que, dans le contenu, c'est à peu près la même chose. A Athènes, le travail avait été bien fait et, physiquement, on était très fort. Après, le hand n'est pas un sport qui se joue seulement sur le physique. Il y a également une partie mentale et il faut que les synergies coïncident. Aujourd'hui, cette équipe a quatre ans de maturité en plus et c'est quelque chose d'important. Il y a quatre ans, on nous disait être les meilleurs mais, est-ce qu'on l'était vraiment ? Est-ce que l'on était vraiment prêt ? Aujourd'hui, on sait de quoi l'on est capable. On sait que cette équipe est arrivée à maturité et je pense que c'est le bon moment. L'équipe est prête, l'équipe a envie. L'équipe sait pratiquement s'autogérer même si je n'aime pas ce mot car cela sous entend qu'il existe un frein. Mais cette équipe est aujourd'hui capable de monter son niveau d'exigence. Moi, je pense que l'on peut y arriver. Après, il reste à savoir jusque où ? Quoi qu'il en soit, on s'est préparé au maximum. Je ne sais pas quelle place on aura à la fin mais je ne pense pas que l'on puisse faire plus que ce que l'on a aujourd'hui.
« Après Athènes, les cicatrices étaient profondes »
Vous évoquez Athènes, que vous reste-t-il en mémoire de cette dernière campagne olympique ?
Que des mauvais souvenirs. Quand on est acteur, on n'est pas sur son canapé à suivre les Jeux avec émerveillement. Quand on va aux Jeux, on est enfermé dans ce village olympique et on ne pense qu'à une chose : arriver au bout. Si ce n'est pas le cas, ça reste une déchirure. Après les Jeux d'Athènes, les cicatrices étaient profondes. Aujourd'hui, on n'y pense plus vraiment ce qui signifie que lorsque l'on perd, on se reconstruit énormément. Il y a des échecs plus durs que d'autres à surmonter, celui d'Athènes était très dur mais après, on se remobilise. On essaie d'apprendre beaucoup dans la défaite.
Qu'avez-vous appris de cette défaite-là ?
Que c'était tous les jours qu'il fallait remettre la compétence à jour. Match après match. Le match contre les Russes nous est resté un peu en travers de la gorge. Ce n'est pas la meilleure équipe qui a gagné mais l'équipe qui a su jouer le mieux sur ses qualités et qui, ce jour-là, a su nous faire déjouer. Ça a été une déchirure car nous savions que nous étions plus forts que ces Russes-là mais que nous n'étions pas capables de jouer des mauvais matchs à l'époque. On était capable d'être la meilleure équipe mais, sur un match, il était aussi possible que l'on déjoue complètement ce qui a été le cas. Maintenant, ce qui a changé, c'est que nous sommes capables de faire de mauvais matchs et de les gagner. Ça c'est une grosse différence.
Est-ce une donne qui a été difficile à intégrer ?
Pour l'accepter, il faut être capable de se dire qu'il y a toujours quelque chose qui manque dans le jeu de l'équipe. C'est vrai que nous avons énormément travaillé sur le jeu de transition c'est-à-dire, la récupération de balle rapide, mettre des buts en contre-attaque et pas seulement des buts en contre-attaque quand on est seul face au gardien mais des contre-attaques placées avec un vrai jeu tactique, C'est important car ça permet à l'équipe de souffler. Avant, on se reposait beaucoup sur notre défense. Le problème était que, dès que la défense prenait un minimum l'eau, ça éprouvait aussi l'attaque. C'était une perte de confiance énorme. Maintenant, le jeu à énormément changé. L'attaque placée est beaucoup plus précise. On a un rat de laboratoire qui travaille tous les jours pour étudier les autres équipes. Lui ne dort pas. Quand on part au soleil, il est blanc comme un cachet d'aspirine mais il fait un travail excellent. Chacun a trouvé sa place. Nous avons tous les outils pour pouvoir réussir. Mais tout ça ne reste que des mots. Après, c'est le terrain qui parle et le terrain c'est dans un peu plus d'un mois.
« Ne pas sortir de la poule n'est pas envisageable »
Qu'avez-vous pensé du tirage pour Pékin ?
A la limite, j'aurais préféré l'inverse. J'aurais préféré entrer dans la compétition avec énormément de matchs durs et croiser avec une poule plus aisée. On se serait alors dit qu'il fallait tout donner pour sortir de cette poule et après, cela nous aurait amené à un quart peut-être plus facile. Là, c'est le contraire. On a la satisfaction, peut-être, de pouvoir sortir de la poule. Super ! Mais si c'est pour perdre en quart, ça ne sert à rien.
Le pire reste de ne pas pouvoir sortir de la poule…
En toute humilité, ce n'est pas envisageable. Mais la quasi certitude d'être en quart de finale n'est pas un bon point. Le hand est un des sports qui, en compétition, demande le plus d'exigences. En championnat du monde, d'Europe, c'est huit matchs en dix jours. On a l'habitude de jouer des matchs consécutifs sans repos, des matchs durs. Les JO, c'est un match tous les deux jours, c'est trop de repos, pas assez d'exigence. La cadence ne nous aide pas.
En tant que patron de cette équipe, comment faire pour gérer cette situation et faire que l'équipe reste mobilisée ?
Ça ne fonctionne pas comme ça ici. Il y a des responsabilités mais il ne faut jamais dire que le capitaine est le patron d'une équipe, ce serait se tromper et ça, c'est bon pour tous les sports. Dans cette équipe, tout le monde pourrait postuler pour être capitaine. C'est vrai que j'ai un rapport au groupe qui fait que, que ce soit avec le plus jeune ou le plus ancien, j'ai un rôle affectif et j'aime beaucoup ça. Mais je l'ai toujours eu, même quand je n'étais pas capitaine.
« J'essaie de rêver le moins possible »
Comment définiriez-vous votre rôle de capitaine ?
Être capitaine, c'est épauler. C'est être capable de booster dans les moments difficiles, emmener ses partenaires afin que l'on soit tous prêts au bon moment. Il y a cette particularité dans le sport co qui est de réunir énormément de personnalités différentes. Il y a des joueurs qu'il faut plutôt piquer au vif, d'autres qui ont cette capacité à se concentrer tout seul, il y en a d'autres qui sont d'un calme olympien. Chacun a sa personnalité et il faut arriver tous au même moment au niveau optimal de compétition. Être capitaine, c'est observer, savoir emmener ses coéquipiers et soi-même au bon moment et tous ensemble.
Que peut-on vous souhaiter pour cette campagne d'adieux, quels rêves nourrissez-vous pour Pékin ?
Une chose est claire, je ne rêve pas. Parler de rêves signifie que, à un moment donné, on se réveille et on se dit : ‘'mince, en fait, ça n'est pas arrivé''. J'ai des envies, des souhaits mais je me bats tous les jours pour qu'ils se réalisent. Les rêves, c'est trop éphémère et il y a toujours le gong du réveil qui arrive. J'essaie de rêver le moins possible.
Quelle sortie espérez-vous faire ?
C'est évident. Je veux que l'on soit tous ensemble, avec mes potes de cette équipe avec qui j'ai passé énormément de temps et avec qui je prends toujours autant de plaisir à être, je veux être avec eux et savourer quelque chose de beau. Ce serait mémorable.

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