CLAUDE ONESTA (II) : « Trouver les clés du moment » > Masculin.com

Dans la seconde partie de son interview, le sélectionneur français Claude Onesta livre sa recette du succès : « être capable de gagner des matchs autrement que de la manière dont on l'avait imaginée ».

Claude Onesta, pensez-vous avoir déjà dirigé une équipe de France aussi forte ?
Une équipe est toujours perçue comme une carte de visite mais être bon ne veut rien dire en sport. Tout se joue dans ces petits équilibres qui font que tout d'un coup, une équipe s'euphorise et est capable de jouer à son meilleur niveau. Lorsque vous les ratez, il arrive ce qui s'est produit avec l'équipe de France de foot dernièrement. Les journalistes nous ont présenté des joueurs de grande expérience, capables de gagner l'Euro. Et une semaine après, ils étaient devenus des vieillards incompétents. Ce sont pourtant les mêmes individus dont on parle. Sauf que ces gens-là n'ont pas su trouver les clés du moment. C'est ça qui est difficile. On nous dit qu'on est la meilleure équipe du monde et qu'il n'y a jamais eu une équipe de France aussi forte. Ce n'est pas vrai. Ce qui la rend forte, c'est son état d'esprit.

Olivier Girault expliquait que l'équipe de France avait évolué en comprenant qu'il fallait gagner en acceptant de mal jouer. Êtes-vous d'accord avec cela ?
Quand on rentre en équipe de France aujourd'hui, avec le palmarès et la notoriété qu'elle a, on est forcément un joueur majeur, même si on ne marque pas beaucoup de buts. Il faut faire accepter aux joueurs de ne pas être évalués en permanence. Il y a des moments où le sport de haut niveau nécessite la victoire beaucoup plus que l'élégance. Il y a des moments où on n'est pas toujours à fond, pas toujours bien dans sa tête. Mais il faut toujours être rentable et performant avec les atouts du moment.

Est-ce ce qui a manqué à Athènes (élimination en quarts de finale) ?
C'est peut-être ce qu'on avait perçu à Athènes. La sensation que tout le monde vous regarde plus que d'habitude et la volonté, à chaque match, de montrer le meilleur de nous-mêmes. C'est vrai qu'on arrive au bout de cinq matchs de poule avec cinq victoires et qu'on a l'impression d'être au rendez-vous. Sauf qu'il y a le quart de finale qui arrive et tout d'un coup, ce n'est plus un match d'élégance mais d'efficacité et de roublardise. On a oublié de chercher des solutions et l'aventure s'est arrêtée. Aujourd'hui, on essaie de dire à cette équipe qu'il y a des jours où on n'est pas bien et on s'y prépare. Il y a des matchs que l'on aborde mal mais il faut être capable de les gagner autrement que de la manière dont on l'avait imaginée.

« Le groupe est toujours prioritaire »

Quelle est la recette ?

Avant de le jouer, vous imaginez un match en faisant des simulations sur les armes à utiliser. Sauf que c'est sans compter sur l'adversaire, la chance et l'arbitrage, des paramètres que l'on a du mal à maîtriser. Lorsqu'on ne se situe plus dans le schéma imaginé, soit on se lamente, soit on est capable de ne pas perdre son calme. Et d'aller chercher la petite solution jamais expérimentée, tout en gardant son calme et en maîtrisant les évènements, en relativisant la dramaturgie pour être capable de passer devant, de se donner le temps de se reconstruire et d'être meilleur la fois d'après. Savoir gagner des matchs dans des conditions difficiles et des circonstances inhabituelles est la force des équipes expérimentées, celles capables d'aller chercher les titres.

La France n'est pas un pays de tradition handballistique. Comment expliquez-vous la qualité des joueurs que l'on y trouve et qui fait la force de l'équipe de France ?
Moins on est reconnu et plus on est en quête de reconnaissance et on creuse profond pour faire mieux et ouvrir les portes. Dès lors que vous avez accédé à ce niveau de starification, qu'est-ce qui peut continuer à vous mobiliser pour vous faire mal ? A chaque fois que vous ne vous faites pas mal, il y a des gens à côté qui sont prêts à le faire pour accéder à la place où vous êtes. Dès qu'on est en position de stabilité et de sérénité, on est en grand danger. La victoire est génératrice de bien-être. Tout ça ne vous fait pas soulever des poids, souffrir, être rigoureux dans votre alimentation, votre temps de repos. Pendant ce temps-là, ceux qui ont vécu la souffrance ne veulent plus la vivre. Ils vont donc travailler plus que vous. La petite marge vous fait passer un peu derrière et vous êtes surpris.

Vous insistez beaucoup sur le collectif. Est-ce facile de créer un groupe homogène avec autant d'individualités et de talents différents ?
C'est mon seul travail (rires). J'observe, je regarde les déviances, les petits détails de comportement, les relations, les frictions. Même s'ils sont mineurs, il faut faire en sorte que les petits débuts d'incendie ne provoquent pas des catastrophes. C'est le rôle que j'ai et également un rôle d'arbitrage et de choix dans les moments où il faut le faire. On a beaucoup misé – sûrement parce que ça me tient à cœur – sur la réalisation de chaque individu dans le groupe mais surtout sur la mise à disposition de ce talent et de ce potentiel au bénéfice du groupe. L'intérêt du groupe est toujours prioritaire chez nous. La notion de valorisation individuelle doit être mineure. Elle existe, tous ne reçoivent pas la même quantité de lumière et c'est leur lot. Il faut l'accepter et être capable de le réguler pour que chacun joue véritablement son rôle, que le casting soit bien fait, que la distribution des rôles se fasse de manière harmonieuse. J'aurais tendance à dire que souvent, c'est dans les rôles subsidiaires que se joue la réussite dans une compétition. La mise en évidence de ces joueurs-là est chez nous une volonté permanente et un gage de réussite.


Dernières News Divers
Recevez le meilleur du site chaque semaine :