
Eric Cantona, l'ouverture de la Coupe du Monde de Beach Soccer approche à grands pas. Avez-vous été tenté, comme Raymond Domenech, d'annoncer une liste élargie d'une vingtaine de joueurs ?
Non, j'avais une décision difficile à prendre mais je voulais me cantonner à une douzaine d'éléments dont deux gardiens. Il y a aujourd'hui plus de joueurs qu'il n'en faudrait mais c'est un problème de riche. Et moi, je préfère avoir l'embarras du choix plutôt que d'être dans la position du sélectionneur qui ne sait pas où trouver un bon joueur. Cela veut dire que la France est une grande nation de Beach Soccer.
Qu'êtes-vous venu chercher au Beach Soccer, un sport que vous développez quasiment à bout de bras ?
Non, je ne suis pas tout seul. Il y a beaucoup de gens qui travaillent dur autour de la famille Cantona, il y a aussi la Fédération française de football qui nous aide depuis deux ans maintenant. Ensemble, on essaye d'avancer et d'aller plus loin parce que c'est un sport qui a un potentiel énorme et qui, socialement, peut avoir un rôle important à jouer. Quand la saison se termine au mois de mai, commence celle du Beach Soccer. Tous les jeunes n'ont pas les moyens de partir en vacances. Pratiquer ce sport est une alternative vraiment intéressante. Un terrain de Beach peut se construire n'importe où. Pas besoin d'être sur une plage. Il suffit d'avoir du sable. Et les gosses qui ne partent pas l'été peuvent trouver un but, se faire des copains, jouer des matchs le dimanche… Socialement, c'est donc important même si on ne va pas raconter d'histoires et dire que c'est seulement pour cette raison qu'on veut développer le Beach.
Qu'est-ce qui vous plait tant dans cette discipline ?
C'est un sport magnifique, plein de rebondissements, de buts spectaculaires… Comment ne pas aimer ce sport ? Je me le demande. Certains ont besoin que des milliards de gens adhérent pour pouvoir aimer un sport. Mais nous, ça ne nous intéresse pas. Au départ, on est dans un truc qu'on aime et qu'on a lancé. Et notre satisfaction réside dans le fait que de plus en plus de gens adhérent et qu'on se sent épaulé. On est des avant-gardistes. D'ailleurs, sans doute que lorsque trois milliards de personnes s'y intéresseront, on sera déjà partis sur un autre truc.
« Dur de trouver un équilibre entre la victoire et le plaisir »
Joueur, vous étiez élégant, spectaculaire et efficace. Est-ce est un équilibre dur à trouver au Beach ?
C'est vrai que j'aime le beau jeu et le geste technique par excellence. Mais je ne m'écarte pas de l'objectif principal : la victoire. Au Beach, c'est dur de trouver un équilibre entre la victoire et le plaisir. Gagner absolument sans donner de plaisir, ça ne m'intéresse pas. Je laisse ça aux autres. Moi, je ne veux pas faire comme les autres. Je veux imposer ma griffe et donner un idéal de jeu à mon équipe. Aujourd'hui, j'essaie d'inculquer cette philosophie à mes joueurs. Mon expérience parle pour moi et ça aide. Mais les gars sont vraiment réceptifs. Du coup, le message passe facilement. En plus, je suis bien épaulé par mon frère, Henri Emile et Claude Barrabé qui font du bon boulot.
Vous n'avez pas le costume traditionnel du coach. Vous, c'est plutôt short et tongs. Vous sentez-vous néanmoins proche des entraîneurs de L1 par exemple ?
On ne parle pas du même sport. France-Brésil en demi-finale du Beach, ce n'était pas la revanche de France-Brésil en 1986, 1998 ou 2006. Cela n'a rien à voir. C'est comme si on comparait un GP de motos avec une épreuve de trial. Ok, on met un casque et on monte sur un deux-roues. Mais à part ça, ça n'a rien à voir.
Quel genre de coach êtes-vous ?
Je suis un passionné, à l'écoute de mes joueurs et j'ai toujours envie de gagner. Je suis exigeant à ce niveau-là. Quand je jouais à onze, je jouais pour gagner. Idem quand j'étais entraîneur-joueur. Aujourd'hui, depuis mon banc de touche, c'est encore le cas. Je suis un gagneur mais il y en a plein d'autres comme moi.
« Notre ambition est de gagner la Coupe du Monde à Marseille. Tout simplement »
Et sur le banc ?
Je suis à fond. Même si on est sur la plage, en short, c'est un sport hyper exigeant. Et moi, je vibre et je bouillonne. Peut-être trop d'ailleurs. Mais je ne sais pas me freiner…
Mais on vous sent plus assagi, plus posé. Etes vous moins passionné qu'auparavant ?
Non, pas du tout. Je reste un grand passionné de foot et de Beach. J'ai d'abord pratiqué avant de passer de l'autre côté. J'adore mon rôle d'entraîneur et de sélectionneur. Chaque jour, j'avance dans ma réflexion. J'ai toujours cette impression de créer et de poser ma griffe, même si je ne joue plus. On a volontairement ouvert le groupe depuis un an et il y a donc un chantier à gérer, des essais à effectuer, des joueurs à intégrer, à préparer physiquement, psychologiquement. C'est un job intéressant. Aujourd'hui, on doit repartir sur d'autres choses car on ne peut pas se contenter des places d'honneur (ndlr : la France a fini 3eme en 2006 et 4eme en 2007). La France fait partie des quatre meilleures équipes au monde et notre ambition est de gagner la Coupe du Monde à Marseille. Tout simplement.
Votre amour pour ce sport vous a-t-il détourné du foot traditionnel ?
Forcément. Je suis un peu éloigné de tout ça. Il m'arrive encore de regarder les grands matchs pour voir les grands joueurs. Quand il y a une équipe comme Barcelone, le Real, Manchester ou même Liverpool, dans un autre registre, je sais que je vais passer un bon moment. Par contre, si c'est pour m'emmerder devant un match comme souvent, ça ne m'intéresse pas.
Propos recueillis par Olivier Schwob à La Réunion et par Eric Frosio à Rio de Janeiro

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