
Jeudi 17 juillet. Village de Ouirgane, soit une flopée de petites maisons éparses réparties sur un flanc de colline au beau milieu du Haut Atlas. The middle of nowhere. Quelques moutons sont occupés à paitre bien sagement aux rares endroits où la verdure a réussi à se faire une place. Ici, pas de rabatteurs, de bruit ou de pollution. Le patelin s'organise autour d'une seule rue qui concentre tous les commerces présents dans un rayon de cinq kilomètres. Pour un peu, on se croirait dans un bon vieux western. Personne ne serait surpris de voir débarquer Clint Eastwood, barbe de trois jours, cheveux au vent et clope au bec. A un détail près toutefois : le barrage récemment construit et qui ne peut rester inaperçu.
Et pour cause, sa présence a permis de créer un lac qui a englouti toute la partie basse du village (dont le fameux restaurant « Chez Momo »). Les années à venir verront le niveau de l'eau monter encore d'un cran et le village deviendra vraisemblablement un spot de pêche et de ski nautique tout à fait respectable. En attendant cet heureux évènement, les berbères qui vivent ici s'occupent avec les rares touristes qui viennent découvrir les joies de la montagne (il faut reconnaître que les paysages n'ont rien à envier à certaines cartes postales).
Pour notre part, nous sommes venus avec l'espoir de taper la balle avec ces berbères que l'on dit si fiers. Aussi, à peine sortis de notre taxi, nous voilà partis en direction du lac, a priori l'endroit le plus approprié pour rencontrer des joueurs. En effet, le terrain le plus proche étant situé à plus d'une heure de marche, les zones de jeu restent assez rares pour les chanceux qui disposent d'un ballon. Après cinq minutes de marche, petite douche froide : pas un chat, de la caillasse un peu partout, quelques ordures et autres débris résultant de feu « Chez Momo ». Le décor restant tout de même fort agréable, nous décidons de patienter en contemplant Aurélien fabriquer une canne à pêche de fortune. Une façon comme une autre de justifier les longues heures passées à regarder Mac Gyver.
Après 45 minutes d'attente et deux gardons plus tard (petite dédicace à Chasse, Pêche et Traditions), nous sommes récompensés de nos efforts. Trois jeunes Marocains nous ayant aperçu depuis la rive opposée ont décidé de nous rejoindre, attirés par le ballon rutilant que nous avons acheté au prix fort à Marrakech. Sourires gênés, poignées de main timides. Après un petit round d'observation, nous les invitons à se joindre à notre séance de jongles, jusque-là pas très concluante. Dès lors, le niveau monte d'un cran : contrôles de la poitrine quasi parfaits, technique plutôt propre, le tout avec des tongs quelque peu défraichies. Même au milieu de nulle part, nos nouveaux compagnons nous prouvent qu'il est possible d'atteindre un niveau plus qu'honorable.
Entre deux roulettes, la conversation s'engage péniblement. Notre arabe étant très limité (Choukrane, Beslama, Amdullah), nous sommes réduits à communiquer par bribes de phrases. Toutefois, nous parvenons à convenir d'un rendez vous le lendemain afin de disputer un match avec les jeunes habitants du village. Ces derniers nous accompagneront jusqu'à un terrain de jeu plus décent et nous démontrerons que même au milieu de l'Atlas, les Marocains trouvent le temps d'imiter les idoles du pays (Chamakh et consorts). Seul hic, l'horaire très matinal imposé par le climat : 9h00. Convaincus de partager un bon moment et d'obtenir par la même de belles photos, nous acceptons de nous sacrifier pour la cause footballistique.
Le lendemain matin, après une courte nuit (quelques bestioles plutôt bruyantes, et surement très dangereuses, trainaient autour de notre tente), nous attendons patiemment nos jeunes footballeurs.
9h15 : personne.
9h30 : toujours personne.
10h : seuls les enfants de Farid, le charmant patron de notre auberge, daignent taper la balle avec Thomas, ravi d'avoir trouvé des compagnons de jeux à son niveau.
10h30 : Farid nous confirme en ricanant que nous sommes à nouveau victime du célèbre rendez vous marocain.
On ferait peut être bien de passer un coup de fil à « Magic Roger »* pour qu'il nous donne quelques tuyaux quand même…
* Voir chronique précédente : « Rendez vous marocain »

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