
Nouakchott. Au sein de la capitale politique de Mauritanie où réside le tiers de la population (un million d'habitants), la circulation amphigourique et pétaradante tranche avec la sérénité des Nouakchottois. Chaque geste se doit d'être économique sous ce soleil de plomb capable de déshydrater en quelques heures n'importe quel toubab, aussi foot soit-il ! Ce rude climat est-il la raison du joyeux sourire (voire du fou rire) fleurissant sur les visages des Mauritaniens à qui nous exposons notre projet de reportage sur le football local ? La répartie est récurrente : il semble que ce pays ne possède pas de culture sportive… Que nenni ! Nous ne cesserons de découvrir tout au long du séjour des personnages passionnés depuis tout gosse et actuellement très impliqués dans la culture sportive, en particulier dans le milieu du football. Moustapha Mohammedou fait partie de ceux-là.
Nous le rencontrons pour la première fois dans le hall de l'hôtel du Stade Olympique. Dans un état poisseux, les traits tirés et encore grommelant contre l'arnaque du chauffeur de taxi (il nous a fait payer cinq fois le prix d'une course), Moustapha se présente en Jean, un T-shirt floqué d'une tête de Zidane stylisée. L'allure dynamique et le visage serein, il nous fait oublier en quelques minutes la galère du transport et son lot de stress. Cet homme de 37 ans respire la simplicité. Et pourtant, il pourrait flamber. Après avoir été repéré à 17 ans, il joue très vite en première division Mauritanienne. Un an après, Moustapha (ou Tapha pour les intimes) déroule son jeu au sein de l'équipe nationale A' en tant que latéral droit. Son plus beau souvenir ? Un match victorieux contre les Guinéens à Conakry en 1992. Jamais la Mauritanie ne les avait vaincus à l'extérieur ! « C'était la folie, mon frère. L'entraîneur s'est mis à pleurer et un avion spécial a été affrété pour le retour au pays. » S'éloignant de la ferveur du stade mais toujours prêt à rechausser les crampons à la moindre occasion, il devient par la suite chef d'entreprise. A sa plus grande surprise, l'année 2003 va le rapprocher de l'ambiance unique des stades en folie. Mais cette fois-ci, ce ne sera pas en tant que joueur.
Tout commence lorsque Moullay Abbas, ami d'enfance de Tapha et directeur de la BMCI (Banque Mauritanienne pour le Commerce et l'Industrie) propose de mettre en place un tournoi scolaire de football. Ce mécène décide alors d'injecter une centaine de milliers d'Ouguiyas dans cette aventure titanesque. Le but premier ? « Faire revivre le sport dans les milieux scolaires et tenter de rendre les enfants heureux. » Voila, c'est dit ! Le Challenge Sidi Mohamed Abbas est né. La première édition (mars 2004) regroupe les 64 lycées de Nouakchott et de sa banlieue. Chaque lycée constitue son équipe. Les matchs de qualifications se déroulent les samedis et dimanches dans les stades de quartier à raison de 32 matchs par week-end ! Autant dire qu'il est nécessaire d'avoir une très bonne logistique. Les boissons, la nourriture et les trajets pour accéder aux stades sont entièrement pris en charge par le Challenge. Au cours des différentes éditions, deux malheureux épisodes de fractures ont nécessité une opération sur le champ. Le Challenge a alors payé les frais des interventions qui, faute de compétence à Nouakchott, ont eu lieu à Dakar.
Suite aux matchs qualificatifs, les phases finales se déroulent sur la pelouse synthétique du Stade Olympique. Outre le gigantesque événement sportif que cela représente le challenge Sidi Mohamed Abbas, c'est aussi une énorme fête le jour de la confrontation finale. Les 1 5000 spectateurs à l'intérieur et les 20 000 à l'extérieur (qui profitent d'un écran géant), assistent à cet événement dans un stade transformé en salle de spectacle. Concerts (groupes de rap locaux et stars internationales : Jam Min Tekki, Disiz La Peste et Magic System lors de l'édition 2008), sauts en parachutes de nuit (avec participation, à la manière de Charles Branson, de Mr Moullay Abbas en personne) et feux d'artifices géants. Bref, un véritable festival ! Ces festivités ont d'ailleurs été source de quelques frayeurs pour les habitants, novices de ces pratiques. Au regard des avions survolant le stade, des boules de feux dans le ciel et du bruit dans la ville, quelques habitants pensaient qu'un nouveau coup d'éclat éclatait ! Certains ont même pris la poudre d'escampette, jusqu'à Chinguitti ! (500 km de distance)
Le challenge Sidi Mohamed Abbas (du nom du défunt père de Mr Moullay Abbas) apparait vraiment comme un événement unique au monde. Il mêle haut niveau footballistique et fête populaire et constitue, de surcroît, une véritable pépinière de jeunes talents à qui l'on offre une occasion de se dévoiler. Certains ont d'ailleurs signé en Première division peu de temps après leur prestation au Stade Olympique. (…) Un événement remettant sur le devant de la scène le sport dans toute son authenticité, qui rassemble des personnes de tous âges et de tous milieux sociaux et qui donne le sourire à des milliers d'enfants, tout cela grâce aux dons d'une seule personne, ça ressemble bien à un conte de fées, non ? Et pourtant, il s'agit bien de la réalité que nous avons pu constater à travers les vidéos, les images d'archives ainsi que les nombreux témoignages. Ce roman en est pourtant à son prologue. Peut-être, alors, que le challenge se mariera avec d'autres tournois scolaires (plus classiques pour le coup) se déroulant au Maroc, au Mali ou au Sénégal. Ou, peut-être que ces unions feront naître un seul rejeton à l'aura Africaine ? C'est-à-dire un tournoi scolaire continental, une sorte de CAN destiné aux lycéens. Ces ambitieux souhaits sont d'ailleurs présents dans les esprits de cette folle équipe. Le challenge possède, sans conteste, tous les atouts pour accomplir ces probables destinés. Mais cela est une autre histoire…

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