Rugby : Catinot: "Battons-nous !"

Eric Catinot pousse un cri d'amour pour le CSBJ et exhorte tout un club à relever la tête. (Maxppp)
Eric, la situation du CSBJ à ce stade de la saison est-elle selon vous déjà alarmante ?
Elle est extrêmement alarmante selon moi parce que, sportivement, nous traversons une période difficile, où on sait maintenant depuis un petit moment qu'on va jouer le maintien. Elle l'est doublement en raison d'un contexte dans les coulisses qui est loin de favoriser la sérénité(*). Un climat d'incertitude qui pèse sur le véritable avenir de ce club. J'avais déclaré dès notre défaite contre Clermont (23-30, 7e journée à domicile) que nous étions engagés dans une opération maintien. C'est le cas depuis sur le terrain, mais ça l'est aussi en dehors avec de grandes manoeuvres destinées à assurer la pérennité du club en Top 14. C'est donc une double survie que l'on se doit d'assurer tous ensemble et ça passe d'abord sur le terrain.
L'extra-sportif a forcément des incidences sur le rendement d'une équipe et la vie d'un groupe. Vous sentez vos joueurs accaparés par cet aspect des choses ?
Forcément, surtout les quelques anciens qui ont connu les dernières années glorieuses de Bourgoin et s'aperçoivent que le club n'avance pas vraiment. Ça leur mine un peu le moral, mais on a tendance à oublier un peu vite que le CSBJ a les moyens d'un douzième de ce Top 14 puisqu'on est parti avec le douzième budget (9,8 millions d'euros) et cette réalitééconomique aujourd'hui nous rejoint. On a réalisé un recrutement au mieux avec l'enveloppe qui nous était accordée. Si on n'est pas dans une impasse parce que la situation n'est pas désespérée, on est dans une grosse période d'incertitudes et de doutes, comme on a pu le voir dans l'évolution des joueurs samedi dernier face à Bayonne (défaite 9-13, la quatrième à domicile cette saison, ndlr) avec des fautes directes, non provoquées, qui ont fait que l'équipe n'aura jamais été sereine dans ce match.
"Un début de rupture entre l'environnement et l'équipe"
Au-delà de la valeur intrinsèque de votre groupe, on se dit en effet que vos joueurs n'évoluent pas aujourd'hui pour la plupart d'entre eux à leur véritable niveau...
Notre opération maintien avait débuté de la meilleure des façons à Montpellier (victoire 19-12), ça prouve que cette équipe a du potentiel. Le problème, c'est qu'aujourd'hui, cette équipe, si on s'en tient au classement des points pris à l'extérieur, elle occuperait la septième place du Top 14 entre les bonus défensifs pris à l'extérieur et cette victoire à Montpellier. Mais on s'aperçoit qu'à domicile, on est fébriles, on est inhibés parce qu'on a trop fait croire au public qu'on allait jouer les premières places. Aujourd'hui, cette réalité et cette communication nous rattrapent. On sent que les gens sont prompts à siffler la moindre malheureuse initiative, là-dessus les joueurs se crispent, ce qui s'est passé contre Bayonne.
Encore récemment citadelle imprenable du championnat, Pierre-Rajon semble cristalliser ce climat pesant autour du club...
Les gens sont aussi sur la nostalgie des dernières années, des dernières demi-finales. Ils ne comprennent pas pourquoi une équipe comme Bayonne, que nous avions battue l'an dernier, est capable aujourd'hui, simplement en se renforçant, de venir nous battre chez nous et d'occuper la troisième place du Top 14 quand Bourgoin joue la descente. Il y a un décalage, pratiquement un début de rupture entre l'environnement et l'équipe, ce qui est extrêmement dangereux pour la suite des évènements.
Vous en appelez donc à une prise de conscience collective ?
Il faut en effet que tout ce que le CSBJ comporte comme amoureux - public, dirigeants, supporters - décrète une union sacrée pour être derrière ses joueurs, qui intrinsèquement - on en est, nous, persuadés avec Xavier (Péméja) - ont les qualités pour se maintenir en Top 14.
Toulouse, qui débarque vendredi à Rajon, avait été un bon souvenir la saison passée avec une victoire (30-23). Sentez-vous votre équipe en mesure aujourd'hui de reproduire une telle performance ?
A partir du moment où, malgré les handicaps actuels, avec notamment des blessés importants (David, Parra...), on considère que c'est le Stade Toulousain, vice-champion d'Europe, champion de France en titre, même amputé de ses internationaux, on peut aussi, et c'est le message qu'on a essayé de faire passer aux joueurs cette semaine, se dire qu'on n'a rien à perdre dans ce genre de rencontres. Il faut se lâcher sans arrière-pensée et on verra bien au coup de sifflet final. Il vaut mieux recevoir Toulouse vendredi que Mont-de-Marsan ou Dax parce qu'on peut espérer que le public soit derrière nous, prêt à nous accompagner pour un éventuel exploit. Mais battre le Stade Toulousain, c'est aussi une autre paire de manches parce que même diminué, on s'aperçoit de la valeur des gens que Guy Novès va aligner et ce sera extrêmement difficile. Mais d'abord, retrouvons un peu de confiance, ne soyons pas inhibés et si le résultat n'est pas au bout vendredi, je crois que personne ne pourra nous en vouloir compte tenu du prestige de cet adversaire.
"C'est un club que j'aime..."
Propulsé directeur sportif du CSBJ au cours de la saison dernière, avez-vous la crainte d'être l'homme qui aura fait descendre le club en Pro D2 ?
Je ne vais pas dire que je n'étais pas au courant du fonctionnement atypique du CSBJ. Aujourd'hui, on est dedans, mais il faut se battre parce que c'est un club que j'aime, il y a des joueurs formidables et une solidarité dans toutes les composantes du club, des gens qui travaillent au niveau de l'association qui méritent que ce club demeure en Top 14. Battons-nous pour assurer ce maintien déjà sur le terrain, le reste appartiendra à d'autres en coulisse.
Sentez-vous vos joueurs prêts à mener ce combat au couteau pour le maintien, eux qui étaient programmés pour jouer la Coupe d'Europe ?
Il est vrai que par rapport à ce qu'on a produit contre Bayonne, on est en droit d'avoir quelques doutes, tant il est vrai qu'on est en manque de leaders, de grosses personnalités. Et pourtant, il faudra que ça vienne de ces leaders-là. Cette semaine, on a pu déceler certains signes de révolte, de responsabilité plus accrue, mais il faudra qu'autour de nous, soit entretenu un climat plus calme et serein pour que les joueurs s'expriment totalement.
(*) Le club du président Martinet déplorerait un déficit de 900.000 euros pour lequel il se devra de présenter des garanties d'ici la mi-décembre à la DNACG.












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