Rugby : Lièvremont: "On s'est grisé..."

Pour Lièvremont, il est temps d'ouvrir le palmarès de sa jeune équipe de France. (Maxppp)
Marc, comme vous l'espériez, vos joueurs ont su prendre ce match par le bon bout ?
On est content, on est soulagé. Les joueurs ont pris le match par le bon bout avec deux mi-temps assez similaires avec 25 premières minutes abouties et 15 minutes de relâchement. Si j'osais, je dirais coupables. C'est vrai qu'il y a eu beaucoup d'investissement et que sur la fin des deux mi-temps, on a eu plus de mal, en tout cas on s'est montrés plus approximatifs. Ça aurait été bien, en faisant la fine bouche qu'on marque un essai de plus sur la fin du match. Globalement, on leur passe près de 50 points, il n'y a pas de blessés, on marque six essais, dont la plupart plutôt bien construits. Les joueurs ont su, à mon sens, bien géré le match, jouéà leur rythme. Forcément, il y a eu des moments plus décousus, forcément on a pris deux essais, forcément on a manqué deux pénalités, forcément, on a dû commettre une dizaine de fautes. Mais on est quand même extrêmement satisfaits.
Ce genre de performance ne risque pas de vous faciliter les choses pour composer le groupe qui devra affronter l'Angleterre samedi ?
On verra demain matin (lundi). On peut parler du match, pour les choses difficiles ou douloureuses, on verra demain... C'est vrai que les Italiens ont été moins virulents que lors de leurs premiers matches ; ce qui est sympa, c'est que chaque fois les équipes supposées plus faibles sont moins virulentes contre nous. On dirait qu'ils nous aiment bien ou qu'ils aiment nous rendre service. Ou peut-être que l'équipe de France fait aussi ce qu'il faut sur ses entames de match pour mettre hors jeu très rapidement ces équipes. Mais c'est vrai que les vingt premières minutes de la première mi-temps et les vingt premières minutes de la seconde ont été plutôt abouties en termes d'alternance, d'intelligence, de cohérence, de convergence des soutiens, de rigueur sur les rucks. Donc c'est quand même une grosse satisfaction. Bien sûr, c'est un match qu'on s'est rendu facile et l'Italie n'est pas l'Angleterre, mais l'équipe de France, comme depuis le début du Tournoi, a su s'adapter à l'adversaire, a su jouer sur ses points forts, a su gérer ses temps faibles. En plus, on n'a eu l'intelligence de ne pas se blesser.
"Le Grand Chelem ? On en parle, on ne fanfaronne pas avec ça"
>Vous ne vouliez pas évoquer le Grand Chelem avant le coup de sifflet final de ce match face aux Italiens. Cette fois, vous pouvez ouvertement en parler...
Pour tout vous dire, j'en ai même parléà la remise des maillots. On s'est grisé avant le match. On en parle, on ne fanfaronne pas avec ça depuis le début de la compétition, mais on l'a quand même évoqué entre nous, les joueurs entre eux, avec le staff. C'est vrai que c'est un objectif de ce début d'année 2010. Même si on a été prudents, même si on a été patients, même si on a essayé de ne pas mettre la charrue avant les boeufs, de prendre les matches les uns après les autres, selon la formule consacrée, il y avait une grosse ambition dès le départ de la compétition d'aller gagner le Grand Chelem. Et quand bien même avec un goal-average positif de cinquante points sur l'Irlande et l'Angleterre, on pourrait penser, même si mathématiquement ce n'est pas le cas, que le gain du Tournoi est assuré pour la France, évidemment qu'une victoire dans le Tournoi sans Grand Chelem serait une énorme déception.
Est-ce que l'une des grandes satisfactions, encore vérifiée sur ce match, c'est de voir que tous les joueurs incorporés petit à petit, répondent à vos attentes, à l'image de Marc Andreu aujourd'hui ?
C'est vrai, un beau match de Marc Andreu, qui marque en plus un essai pour sa première sélection, avec beaucoup d'appétit, beaucoup de punch. Comme Julien Pierre un peu plus tôt, comme Luc Ducalcon un peu plus tôt. On est content, on a vu un Morgan Parra s'imposer comme n°10 plutôt avec brio. C'est vrai que le groupe fonctionne bien, il commence à avoir un peu de vécu commun, et quand ça gagne, forcément, la confiance va avec et ça permet de travailler dans un climat de sérénité, de sérieux. On était quand même inquiet cette semaine. En apparence, tous les voyants étaient au vert, il y avait du sérieux à l'entraînement, mais il y avait quand même une forme d'appréhension par rapport à ce type de match face à une opposition supposée plus faible. C'est bien, il ne reste plus maintenant qu'à penser aux Blancs anglais.
Quelle était le but recherché avec la sortie de François Trinh-Duc en seconde période ?
C'était pour donner du temps de jeu à Dimitri Yachvili, d'une part, c'était pour voir si Morgan, même s'il s'en était plutôt bien sorti à l'entraînement, voir si en match il pouvait avoir le bon comportement et de bonnes sensations. Et c'était aussi pour faire souffler un peu François.
Une seconde période durant laquelle Imanol Harinordoquy a pris le brassard de capitaine à la sortie de Thierry Dusautoir...
Officiellement, ou officieusement, c'est Lionel Nallet (qui avait déjà quitté la pelouse, ndlr), qui dans mon esprit est vice-capitaine de Thierry Dusautoir. Si on doit faire une hiérarchie des postulants au capitanat, on va dire qu'Imanol est le troisième, encore que William Servat, Julien Bonnaire, Morgan Parra ou Yannick Jauzion, entre autres, mériteraient sans problème l'intérim.
"Ce serait bien avant 2011..."
Six essais inscrits, une attaque fonctionnant à plein régime dans le sillage d'un grand Poitrenaud: ce sont tout autant de points positifs avant l'Angleterre...
C'était un des objectifs un peu secondaires parce que le premier reste de gagner le Tournoi et de gagner les matches. Mais c'était aussi de retrouver de la cohésion, travailler le secteur offensif. Je crois que sur les six essais, on en marque trois sur nos temps de jeu et nos lancements de jeu, trois beaux mouvements, trois combinaisons différentes. Et puis trois essais sur des contre-attaques ou sur des relances de jeu, on a vu du jeu dans la défense, là aussi des convergences. Donc au niveau de l'animation offensive, certes, c'était l'Italie, mais il faudra être capable dans un futur assez proche, face à des défenses plus organisées, de reproduire. Mais là aussi, de la même manière que gagner dans la souffrance à Cardiff fait progresser, gagner en enchaînant du jeu avec son lot de fautes et de déchet fait aussi grandir l'équipe.
Quel regard portez-vous sur cette équipe d'Angleterre ?
Chaque chose en son temps, on a commencéà travailler à la vidéo sur l'équipe anglaise. On sait que c'est une équipe avec un énorme potentiel. On se souvient parce qu'on a un petit peu de mémoire du dernier Angleterre-France à Twickemham. On sait que c'est une équipe capable du meilleur, elle ne l'a pas montré pour l'instant sur ce Tournoi, ou alors par intermittence. Donc on va se préparer en conséquence, bien soigner la récupération et s'attacher à considérer que c'est une super équipe qu'on reçoit. Au delà de l'importance du Grand Chelem et de ce match pour le Grand Chelem que l'on espère tous, c'est déjà un France-Angleterre. En soit, ça suffit comme motivation. Je crois que l'équipe de France ne les a pas gagnés depuis un certain temps, il y a eu les deux matches de préparation avec Bernard (Laporte) et pour le reste, ça doit faire trois ans qu'on ne les a plus battus. Ce serait bien avant 2011, l'Angleterre et l'Australie en novembre, ce sont deux équipes qu'on n'a pas encore réussi à battre. Des raisons d'avoir une grosse motivation pour battre les Anglais, il y en a un certain nombre...












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