
Guy Novès, quel est l'état des troupes ?
Les joueurs sont très fatigués mais cela me semble naturel. Après la question est de savoir si cette fatigue ne va pas être suivie d'une décompression mentale. Va-t-on retrouver des ressources pour aller jouer cette finale dans des conditions normales ? Je n'en suis pas si sûr. J'ai l'impression que notre équipe est comme un poulet sans tête. Il est habitué à courir et si on lui coupe la tête, il continue à courir et s'effondre. J'espère que l'on n'aura pas de pépins de santé en finale et que les joueurs respecteront comme ils pourront tous nos supporters.
Vous avez longtemps répété qu'il était impossible de jouer sur les deux tableaux. Aujourd'hui, vous y êtes…
On y est. C'est un exploit. Il faut féliciter le club en entier, de sa tête à sa base en pensant à nos jeunes qui nous ont permis de récupérer en allant jouer face à Perpignan par exemple. C'est le fruit de beaucoup d'efforts, des efforts dont certains n'ont pas conscience et qui mettent aujourd'hui progressivement nos joueurs dans les plus mauvaises conditions. Et en danger pour l'avenir. Même si ces résultats masquent tout le travail qui a été fait et tous les problèmes qui peuvent arriver, j'espère que ce que l'on dit aujourd'hui sera entendu et que dans le futur, on évitera ce que l'on est en train de vivre.
La magie de jouer une finale peut-elle vous faire oublier la fatigue, l'usure, les risques de blessure ?
Evidemment, on espère tous que les quinze joueurs qui vont entrer sur le terrain ne vont pas penser : « Je suis crevé parce que j'ai fait tous les matchs internationaux, de Coupe d'Europe, de la Coupe du Monde et de Championnat ». Il y a quelques années, je vous aurai parlé de la magie d'une finale, car il n'y avait pas ces cadences. Mais le rugby professionnel est là et ne nous met pas dans les meilleures conditions. Si on y est arrivé cette saison, c'est le fruit de beaucoup de choses et notamment des efforts des joueurs professionnels, du moins ceux qui restent car beaucoup sont sur le carreau ou à l'infirmerie. Même si n'avons que deux chances sur dix de gagner un titre cette année, nous les jouerons à fond.
« Un peu comme le taureau dans une arène »
Les Parisiens donnent plutôt Clermont favori en finale. Cela vous agace-t-il ?
Non, je pense qu'ils ont totalement raison. Je crois que c'est Fabrice Landreau (Ndlr : l'entraîneur des avants parisiens) qui a dit cela. Or, c'est un entraîneur et il sait ce que sont les cadences infernales, ce que l'on a vécu et ce qu'est une Coupe d'Europe. On nous a dit que l'on aurait peut-être pu gagner les deux finales cette saison. Les gens qui posent ce genre de questions n'ont toujours pas compris que l'on était dans une compétition très difficile d'un côté comme de l'autre. Je suis également d'accord avec Fabrice car c'est un ancien joueur et qu'il sait que c'est impossible de rivaliser avec une équipe qui est fraîche, qui a joué beaucoup moins de matchs importants que nous et qui, en plus, est annoncée comme la bonne tandis que nous sommes les méchants. J'ai l'impression que l'on est un peu comme le taureau dans une arène. On lui envoie les banderilles pour le saigner un petit peu et pour le fatiguer, puis on fait entrer le cheval et le picador pour le faire saigner plus. Ensuite, le toréador, c'est-à-dire le gentil, entre et le finit à l'épée. Le toréador ressemble un peu à Montferrand. Espérons qu'une de nos cornes agira avant la mort.
Pensez-vous que les spectateurs et observateurs comprennent votre état d'esprit ?
Les spectateurs nous comprennent mais ils vont, comme nous, espérer un miracle. Je n'ai pas eu le temps d'aller à Lourdes. On va essayer d'envoyer ce qui reste de l'équipe professionnelle et de jouer à fond notre chance avec les armes qu'il nous reste. Tout simplement.
Qui évoluera en numéro 10 et quid du buteur ?
Je me pose, comme vous, toujours la question. J'espère que je l'aurai résolue d'ici samedi.
Un poulet, ça peut courir longtemps sans tête ?
Je ne pense pas que cela coure longtemps. J'espère juste que l'on pourra tenir deux mi-temps. Cela va être difficile mais on va « s'envoyer » quand même.

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