
Comme après chaque défaite, les Néo-Zélandais ont mal à la tête. Cette fois-ci, il y a aussi de l'amertume après avoir laissé filer un match qu'ils contrôlaient face aux Boks il y a deux semaines à Dunedin. Mais trop de fautes et trop d'imprécisions ont anéanti tous leurs efforts. Les détenteurs de la Bledisloe Cup (Ndlr : trophée annuel entre l'Australie et la Nouvelle-Zélande) depuis 2003 veulent se relancer à Sydney. Pas évident vu que l'an dernier ils s'y étaient inclinés de peu (20-15) dans un match longtemps à leur avantage. Du coup, Graham Henry a tenté un coup de poker en début de semaine en rappelant son troisième ligne fétiche Richie McCaw et ses 88% de victoires sous le maillot à la Fougère argentée. Mais, insuffisamment rétabli d'une blessure à la cheville, le capitaine a du déclarer forfait. La plus grosse surprise vient de la titularisation de Richard Kahui, « en pleine forme » selon le sélectionneur, à la place de Conrad Smith au centre de l'attaque. Enfin, le rugueux Brad Thorn fait son retour en deuxième ligne après sa suspension d'une semaine.
La principale attraction est bien le combat tactique que se livrent Graham Henry et Robbie Deans, ancien entraîneur des Blacks (2001-2003) et des Crusaders. Deans connaît très bien de nombreux joueurs du squad néo-zélandais, dont l'ouvreur Daniel Carter, pour les avoir entraînés cinq ans. En concurrence avec Graham Henry pour s'occuper des All Blacks, Deans a du se résoudre à prendre la sélection australienne au grand dam des supporters kiwis. S'il a reconnu que ce match était particulier pour lui, il a affirmé qu'il s'agissait « avant tout d'une équipe contre une autre ». Difficile à croire tant la rivalité entre les deux équipes est forte. Côté australien, la venue du technicien néo-zélandais est un satisfecit. On parle déjà du « magicien Deans ». Le nouveau sélectionneur a transformé la mêlée australienne et densifié le paquet d'avants sans que le jeu des Wallabies ne soit dénaturé. Un vrai tour de force en seulement deux mois. La victoire contre l'Afrique du Sud a donné un surplus de confiance et validé les progrès entrevus en juin contre l'Irlande et la France. Seule tuile, le XV australien doit faire sans son capitaine Stirling Mortlock, blessé. L'ancien treiziste Ryan Cross est titulaire au centre pour la première fois et le troisième ligne George Smith récupère le capitanat.
Un autre duel sera très attendu sur la pelouse du Telstra Stadium. Celui des ouvreurs. D'un côté Daniel Carter, qui fêtera sa cinquantième sélection à 26 ans, réalise un excellent début de saison internationale avec 92 points en cinq matches. De l'autre, Matt Giteau, 55 sélections, ballotté à tous les postes, s'est enfin fixé à l'ouverture. Buteur, bon défenseur, excellent animateur, finisseur : le profil de ces deux joueurs est similaire. Et si le Néo-Zélandais a l'expérience du poste, la confiance est du côté de l'Australien, enfin débarrassé de Larkham et Gregan pour s'imposer comme le patron des lignes arrières. Vainqueur des six derniers affrontements, la Nouvelle-Zélande part favorite. Comme d'habitude, dirait-on. Mais plus que d'habitude, ces Australiens-là ont les moyens d'étouffer les velléités blacks.

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