
On l'avait quitté sur la pelouse du stade Chaban-Delmas le 22 juin dernier. Eliminé en demi-finale par Toulouse dans la chaleur de Bordeaux, Juan Martin Hernandez terminait sans gloire sa saison avec le Stade Français. Six jours plus tard, le génial demi d'ouverture argentin se blessait lors d'un test-match disputé contre l'Italie à Cordoba. Victime d'une fracture de la main droite, Hernandez a depuis vécu un été forcément particulier. Loin de ses partenaires parisiens. Forfait lors des deux premières journées de Top 14 contre Dax et Montauban, « El Mago » (ndlr : le Magicien) s'est entraîné dans son coin pour retrouver le chemin de la compétition samedi à Aimé-Giral. Non sans excitation. « Je suis heureux de pouvoir rejouer au rugby, lançait-il voilà quelques jours à Jean-Bouin. J'ai des fourmis dans les jambes. J'espère tout donner, comme d'habitude. C'est vrai que c'est mon premier match, mais dès que je me suis senti «confortable», j'ai voulu tout donner. Pour les docteurs et les préparateurs physiques, ma main a très bien évolué. Ils m'ont dit «si tu te sens bien, tu joues. » Je suis là. » Et bien là !
Pour sa première sortie de l'année, l'Argentin a frappé fort à l'image de toute l'équipe du Stade Français qui, pour la première fois depuis six ans, a réussi à s'imposer en Catalogne (11-26). Placé en numéro dix, il a tenu sa place quarante-huit minutes avant de sortir sous les applaudissements nourris du public d'Aimé-Giral à la 62eme minute. En l'espace d'une heure de jeu, Hernandez a tout simplement écœuré ses adversaires. Auteur d'un drop (20eme) avant d'offrir un caviar à son ailier Dave Vainqueur (28eme) pour le premier essai, il a constamment pesé sur le jeu. Associées à la botte de Lionel Beauxis (13 points), ses nombreuses chandelles ont déstabilisé la défense catalane. « Le jeu au pied était important, c'était même essentiel, confirme modestement l'intéressé, obligé de sortir à cause de crampes. C'est une tactique que l'on a mise en place quand deux grosses équipes jouent bien au rugby, quand les matches sont serrés. On savait qu'il fallait jouer le plus longtemps possible dans leur camp pour les mettre sous pression. Je pense qu'on l'a bien fait. » Alors que son homologue perpignanais, le Sud-Africain Steve Meyer, a terriblement souffert en première période, Hernandez a réussi presque tout ce qu'il entreprenait.
Jacques Brunel, le manager de l'USAP, ne peut que mesurer l'étendue des dégâts. « Les Parisiens nous ont dominés dans le jeu au pied, dit-il. Hernandez, Beauxis (ndlr : titularisé à l'arrière), ça a été difficile de les mettre en difficulté, il y a une pression qu'on voulait leur mettre et que nous n'avons pas réussi à leur mettre. On n'a pas réussi à avancer les ballons, on a été sur le reculoir, ils ont été plus consistants que nous. On a subi à cause d'une mauvaise conquête et d'une grosse pression défensive. On n'a pas suffisamment avancé pour laisser Steve manœuvrer. Il a été à l'image de l'équipe aujourd'hui (samedi). » A savoir terriblement décevante, encore plus si l'on compare la copie rendue par Hernandez et consorts. Mais, une fois que les automatismes seront véritablement trouvés, la charnière parisienne pourrait faire encore plus de ravages. Le demi de mêlée sud-africain Noel Oelschig, arrivé cet été, en est d'ailleurs persuadé. « Avec Lionel Beauxis et Juan Martin Hernandez, le Stade Français dispose très certainement de deux des ouvreurs les plus talentueux au monde. »

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