Atypique et décrié, Walter Bartoli a tout de même réussi à bouleverser le jeu de sa fille Marion, qui a retrouvé le haut niveau malgré son élimination en huitièmes de finale de l'US Open.

De notre envoyé spécial à New York (USA)
Walter Bartoli, il n'a pas manqué grand-chose pour que Marion décroche un quart de finale malgré un virus…
Oui, c'est une énorme déception. Elle aurait pu gagner ce match.
Après un début d'année médiocre, Marion semble néanmoins avoir retrouvé le top niveau cet été. Comment jugez-vous ces récentes performances ?
Son niveau de jeu n'a jamais été aussi élevé. A mon avis, elle joue mieux que l'an dernier lorsqu'elle avait atteint la finale de Wimbledon. D'autres filles ont fait des progrès durant cette période et c'est bien que nous soyons aussi dans un bon timing de progression. Un quart de finale était le minimum requis. C'est donc très décevant de s'arrêter là.
A quel moment s'est produit le déclic ?
Fin 2007, nous sommes arrivés à la fin d'un cycle de travail qui ne donnait plus vraiment satisfaction. Marion stagnait et le projet réclamait une trop grande dépense d'énergie. Au début de l'année, nous avons donc rediscuté les contours d'un nouveau programme de travail. Marion n'était pas partisane de changer les choses. Elle avait de bonnes sensations lors du projet précédent. Il s'est produit une sorte de hiatus entre ce que je lui proposais et ce qu'elle était prête à faire. Il a donc fallu la persuader de l'efficacité du projet. C'est durant ce laps de temps que les résultats n'étaient pas au rendez-vous. Aujourd'hui, ça va beaucoup mieux.
« Jamais aussi forte qu'aujourd'hui »
Pouvez-vous nous détailler ce nouveau projet ?
C'est un peu compliqué mais, en gros, j'essaye de travailler depuis toujours avec Marion sur le transfert du poids du corps car, avec son jeu à deux mains, c'est un élément absolument clé de sa mobilité et de sa frappe. On avait travaillé sur ces bases l'an dernier mais avec des formes de travail foncièrement différentes de celles utilisées aujourd'hui. Le projet de l'an dernier avait élevé son niveau de jeu mais je considérais qu'il la conduirait à une impasse. Il a donc fallu attendre qu'elle accepte ces changements.
Ce nouveau projet peut-il durer ?
Il est efficace à court terme. Elle réalise une bonne tournée d'été. Son niveau de jeu a indiscutablement augmenté. Elle est la première à le percevoir. Ce projet est beaucoup plus intéressant pour l'avenir, plus économe sur le plan physique et il est plus rentable pour la qualité de frappe et de déplacement. Je pense que ce programme est un projet définitif qui devrait l'amener à un niveau assez élevé. Elle n'a jamais été aussi forte qu'aujourd'hui.
Dans ce projet, il y a aussi une nouvelle technique de service qui semble déjà bien fonctionner…
C'est vrai. On a soldé les comptes après Wimbledon. Elle s'est rendue compte que mon projet pourrait être positif. Depuis deux mois, elle a changé sa technique. Elle a régulièrement mieux servi, ses vitesses de service sont plus élevées, son pourcentage de points gagnés au deuxième service est largement meilleur, donc le changement est manifestement positif.
« On ne se préoccupe pas des on-dit »
C'est exceptionnel à ce niveau d'assimiler une nouvelle technique aussi rapidement…
Oui c'est vrai. Mais c'est notre façon de fonctionner avec Marion. Elle a une qualité fantastique d'adaptabilité. Elle adhère à de nouveaux schémas de coordination dès lors qu'elle sent qu'elle pourra gagner en efficacité.
Vous êtes en marge des autres coachs qui gravitent autour du circuit. Vous semblez vraiment isolé. Comment le vivez-vous ?
Heureusement qu'on ne se préoccupe pas de ce qui peut se dire à notre sujet, sinon il y aurait bien longtemps qu'on aurait arrêté. J'ai néanmoins de bonnes relations avec deux entraîneurs, Eric Brémond, le coach de Sévérine, et Sam Sumyk, celui de Vera Zvoraneva. Je suis fidèle à ces amis avec qui je peux avoir de vrais échanges. Pour le reste, j'aperçois un renouvellement autour du tennis français qui peut être intéressant. Je vais volontiers vers les autres et vice-versa. Ça va dans le bon sens car si on veut progresser, c'est ensemble que l'on peut y parvenir.
On reproche aussi à Marion de rester dans sa bulle…
Mais on ne peut pas avoir beaucoup de copines sur le circuit. On est là pour travailler, c'est un milieu professionnel. Marion est une fille ouverte mais elle reste avec sa personnalité. Certaines filles ont mis un frein dès le départ. Marion l'a vite senti et n'a pas cherché à forcer les choses. Certaines sont plus ouvertes et là ça se passe mieux. Aujourd'hui, elle est numéro 1 française et elle fait des efforts pour s'ouvrir. Cela n'a jamais été le cas dans le sens inverse.

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