Agent de joueurs de football : pourquoi ce métier est-il si mystérieux ?

Mais au fait, comment devenir agent de footballeur ?

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Des contrats juteux, des gros chèques... Telle est l'image que l'on a souvent de l'agent de joueurs de foot. Et en vrai, c'est comment ?

Agent de joueurs de football : pourquoi ce métier est-il si mystérieux ?
© EAJF ©
Ludovic Bonnet

Rédacteur en chef
Masculin.com
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Un agent de joueurs de foot, ça signe des gros contrat et ça brasse plein d'argent. Enfin, ça, c'est l'image que vous en avez. Que tout le monde ou presque a. Même des gens comme Julien, Romain et Claire, trois jeunes qui aspirent à devenir agent de joueurs et qui suivent la formation de l'EAJF. L'Ecole des Agents de Joueurs de Football. J'ai pu passer une matinée en leur compagnie pour en apprendre plus sur ce métier de l'ombre et tordre le cou à certaines idées reçues.

L'EAJF, c'est quoi ?

L'EAJF existe depuis 2009. Il s'agit de la seule école d'agents en France. A sa tête, on retrouve Sidney Broutinovski. "A la base, j'ai suivi une formation dans l'immobilier." Rien à voir avec le métier d'agent ? Pas si sûr. Dans les deux cas, il faut signer des mandats et répondre aux besoins de ses interlocuteurs : l'acheteur qui cherche un appartement d'un côté, le club qui cherche un joueur de l'autre.

"J'avais des amis joueurs et je me suis mis à regarder comment étaient faits leurs contrats. C'est ce qui a commencé à me donner envie de devenir agent." Mais à l'époque, aucune formation digne de ce nom n'existe en France. "J'ai donc décidé de créer la formation que j'aurais aimé avoir et je ne suis jamais devenu agent !" plaisante-t-il. Sept ans plus tard, l'EAJF est une référence reconnue par la Fédération Française de Football et compte 5 écoles dans toute la France (Paris, Lille, Lyon, Marseille et Nantes). Preuve du succès de cette institution ? 70 % des agents titulaires d'une licence en France sortent de l'école de Sidney Broutinovski.


Session de formation de l'EAJF au Parc OL à Lyon

Mais concrètement, c'est quoi un agent de joueur ?

On l'a dit, le métier d'agent de joueur a une image assez floue. Et systématiquement liée à des grosses quantités d'argent. Pour le grand public et les fans de foot, l'agent s'appelle Jorge Mendes (l'homme qui s'occupe des intérêts de Cristiano Ronaldo) ou Mino Raiola (celui qui a permis la signature de Paul Pogba à Manchester United pour quelque 120 millions d'euros). Pourtant, dans les faits, ce job ne se limite pas à la signature de gros contrats.

Avant de gagner de l'argent, l'agent doit avant tout disposer d'un réseau... et l'entretenir. Des joueurs et des clubs de foot. Il fait alors l'intermédiaire entre ces parties, mais doit aussi traiter avec l'entourage du joueur (la famille, les parents pour les plus jeunes), les sponsors... Et Sidney Broutinovski de préciser : "Il faut sans cesse rappeler que l'agent n'est pas le mal du foot, au contraire. L'agent représente un joueur. Il doit donc se battre au quotidien pour le bien de son joueur, pour sa réussite et son épanouissement. Sinon, c'est qu'il s'agit d'un mauvais agent."

Cela passe donc souvent par un travail "invisible", comme des déplacements pour aller superviser des joueurs, des déjeuners avec des responsables de club, des coups de fil pour prendre des nouvelles du joueur que l'on représente... Des tâches quotidiennes qui ne permettent pas de brasser des millions dans l'immédiat, mais qui sont essentielles.


Quelles sont les qualités d'un bon agent ?

"Quand on est agent, on est chef d'entreprise, on est entrepreneur", explique le fondateur de l'EAJF. "Il faut donc se bouger chaque jour pour réussir, entretenir son réseau." Mais à part ça, tous les profils sont acceptés : de l'étudiant en BTS au fils d'ancien joueur, en passant par le commercial reconverti ou même l'ancien jockey !

Logiquement, il faut donc disposer d'un bon sens de la communication et d'un bon relationnel. "Cela permet d'anticiper les besoins des joueurs aussi bien que des clubs." Et s'il faut évidemment aimer le football, inutile de connaître tous les résultats ou le palmarès d'un club depuis 50 ans. Le plus important est de "comprendre l'économie du foot". Car, qu'on le veuille ou non, tout est une question de business dans ce milieu : "Je ne parle pas que des salaires ou des contrats", précise encore Sidney Broutinovski. "Mais, rien que lorsqu'un jeune intègre un centre de formation, cela coûte de l'argent au club. Ça peut paraître anodin, mais être conscient de cela et du fonctionnement de l'économie du sport est indispensable."

Un bon agent doit donc être calé en foot et en économie. Mais aussi en droit. Une matière à laquelle les aspirants sont confrontés du matin au soir dans le cadre de leur formation : droit à l'image, droit des contrats, droit du travail... "Au début, on est face à plein de termes compliqués, des notions de droit complètement inconnues", reconnaissent Romain et Julien, deux étudiants dijonnais. "Mais grâce à la formation de l'EAJF, on dispose de toutes les bases pour comprendre le métier d'agent de foot."


Et comment devient-on agent ?

Si la FIFA a voté en 2015 la déréglementation de la profession, le métier d'agent de joueur de foot reste très surveillé en France. Il est donc obligatoire de disposer d'une licence. L'EAJF est la seule école qui permet de suivre une formation complète pour cela – il est aussi possible de tenter l'aventure en candidat libre, mais c'est nettement plus compliqué.

Il faut compter 3990 euros pour la formation complète, soit 550 heures d'e-learning, 100 heures réparties sur 3 semaines pour préparer une épreuve de droit général dans un premier temps, puis 50 heures de séminaires au sein d'un club pro (l'AJ Auxerre cette année) et 3 nouvelles semaines de formation en présentiel pour préparer l'épreuve de réglementations spécifiques. Une formation relativement courte, mais très intense.

En guise de salle de classe, les aspirants suivent leurs cours de droit dans les stades des 5 villes où l'école est présente. Personnellement, c'est donc dans les loges du Parc OL, à Lyon (enfin, Décines), que j'ai pu passer cette matinée découverte. Si la vue sur la pelouse est imprenable, c'est évidemment tout sauf un hasard : "Cela permet de toucher un bout de rêve, de se dire 'c'est pour ça que je me bats'", explique Sidney Broutinovski. Un point de vue partagé par Claire Barrau, ancienne étudiante en STAPS et l'une des rares filles aspirantes (elles sont 6 sur les 230 candidats de l'EAJF cette année) : "C'est super motivant, on se dit qu'on a un pied dedans. On ne voit jamais les coulisses d'un stade comme ça quand on va voir un match !"

De même que l'on ne voit pas tout le travail que doit effectuer un agent de joueurs avant de voir l'un de ses protégés fouler les plus belles pelouses et (dans le meilleur des cas) toucher des millions d'euros...


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