Zero Dark Thirty : grand film, grosse polémique

La traque de Ben Laden déjà adaptée au cinéma

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Après le carton de Démineurs, la réalisatrice Kathryn Bigelow porte à l’écran la traque d’Oussama Ben Laden dans son film Zero Dark Thirty.

Zero Dark Thirty : grand film, grosse polémique
© Universal Pictures International France ©
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Zero Dark Thirty, signé par la cinéaste américaine Kathryn Bigelow, retrace avec minutie et brio les dix ans de traque d'Oussama Ben Laden par la CIA, mais fait grincer des dents aux Etats-Unis, où le film est accusé de faire l'apologie de la torture.

Un film en route pour les Oscars

Sorti en décembre à Los Angeles et à New York pour pouvoir concourir aux Oscars, Zero Dark Thirty sort mercredi en France et dans les jours qui suivent dans la majorité des pays européens, après avoir pris la tête du box-office aux Etats-Unis le week-end dernier pour sa sortie nationale.

Porté brillamment par Jessica Chastain, qui interprète l'analyste de la CIA dont l'obstination a permis de débusquer Ben Laden, le film s'est attiré à la fois les éloges de la presse américaine, pour le traitement exceptionnel d'un sujet ultra-sensible, mais aussi les reproches de la CIA et de plusieurs parlementaires, qui l'accusent de faire l'apologie de la torture.

La torture en question

Le directeur de la CIA Michael Morell, écrivait ainsi en décembre : « Le film crée la forte impression que les techniques d'interrogatoire renforcées, qui faisaient partie de notre ancien programme de détention et d'interrogation, ont été des éléments clé pour trouver Ben Laden. Cette impression est erronée. »

Ce à quoi Kathryn Bigelow, Oscar de la meilleure réalisatrice en 2010 pour Démineurs, répondait, dans une tribune au Los Angeles Times : « La torture, comme nous le savons tous, a été employée durant les premières années de la traque. Cela ne veut pas dire que cela a été la clé menant à Ben Laden. Cela veut dire que c'est une partie de l'histoire que nous ne pouvons pas ignorer. »

L'acteur vénézuélien Edgar Ramirez, qui interprète dans le film un agent de la CIA – après avoir joué le terroriste Carlos dans la mini-série éponyme d'Olivier Assayas – estime que le risque existait « d'aborder le sujet de façon manichéenne, car cette histoire est un bouillon de culture, aussi bien pour les niaiseries et les sensibleries que pour le plus absolu patriotisme ».

Selon lui, le film a évité ces pièges et « présente les faits sans les analyser ni se convertir en un film de propagande politique. Et cela me semble extrêmement digne », déclare-t-il dans un entretien à l'AFP. L'acteur considère que c'est précisément la présentation des faits et seulement des faits qui a généré la polémique. « La controverse, surtout celle qui est née aux Etats-Unis, est liée au fait que l'interprétation revient au public », dit-il.

Une polémique qui n’est pas sans conséquence

Le film, « intègre et courageux », explore « la mécanique de l'exercice du pouvoir, de cette fameuse guerre contre le terrorisme et il met en relief les réactions humaines derrière toute cette histoire, au lieu de simplement défendre un programme politique », ajoute-t-il.

Si la polémique n'a pas empêché Jessica Chastain de remporter le Golden Globe de la meilleure actrice dramatique, elle a peut-être coûté au film d'autres trophées – nommé dans quatre catégories, il n'en a remporté qu'une.

De même, il est probable que les attaques contre le film ont joué un rôle dans l'absence de Kathryn Bigelow de la liste des nommés à l'Oscar du meilleur réalisateur, qui a surpris toute la profession, tant les qualités du film relèvent précisément de choix de réalisation. Zero Dark Thirty reste toutefois en lice dans cinq catégories, dont celle du meilleur film.

Fait rare, un membre de l'Académie des Arts et Sciences du Cinéma, qui décerne les Oscars, a publié récemment une tribune pour annoncer qu'il ne voterait pas pour le film ni pour son équipe. Selon lui, le film « ne reconnaît jamais que la torture est immorale et criminelle. Il décrit la torture comme (une pratique) donnant des résultats ».

Jessica Chastain, en particulier, n'aura pas ses faveurs, car « avec sa beauté et sa posture +dure mais vulnérable+, elle réussit presque à rendre l'extrême brutalité bizarrement héroïque ».

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