Grand Corps Malade ou Abd al Malik ?

Peut-on vraiment comparer ces deux artistes ?

Troisième Temps pour l’un, Château Rouge pour l’autre. Grand Corps Malade et Abd Al Malik viennent de sortir leur nouvel album. Régulièrement comparés, les deux chanteurs offrent aujourd’hui deux disques totalement différents.

Des Jacques Brel des temps modernes. Les nouveaux poètes de la rue. Les surnoms pour évoquer Grand Corps Malade et Abd Al Malik n’ont pas manqué ces dernières années. De fait, les deux artistes ont contribué à faire connaître le slam en France.
Du coup, album après album, nombreux sont ceux qui n’ont pu s’empêcher de les associer, de les comparer. Pourtant, on va le voir, Fabien Marsaud (Grand Corps Malade) et Régis Fayette-Mikano (Abd al Malik) ne jouent pas véritablement dans la même catégorie…

Fabien Marsaud est né le 31 juillet 1977 au Blanc-Mesnil en Seine-Saint-Denis. Grand Corps Malade, lui, est officiellement né sur scène en 2003. Mais en réalité, c’est en 1997 que tout a basculé.
Fabien est alors animateur dans une colonie de vacances. Mais il « a oublié de faire attention une nuit d’été », comme il l’a chanté – ou slammé, comme vous voulez – sur un titre de son premier album Midi 20. Le 16 juillet 1997, Fabien Marsaud fait un mauvais plongeon dans une piscine et se déplace des vertèbres.
Il aurait pu devenir basketteur
Les médecins lui annoncent qu’il restera paralysé, mais après une longue rééducation, il retrouve l’usage de ses jambes… S’il a laissé derrière lui « un peu de mobilité », il choisit de faire de son handicap un atout. Lui l’ancien sportif – qui aurait pu faire carrière dans le basket – se tourne ainsi vers la musique, non sans avoir décroché un DESS de management sportif. En référence à son handicap et à sa grande taille – 1,94 m –, Fabien se choisit le pseudo de Grand Corps Malade.

Régis Fayette-Mikano est né dans le 14ème arrondissement de Paris le 14 mars 1975. Abd al Malik, lui, est né au beau milieu des années 1990. Fils d’un haut fonctionnaire congolais, Malik a passé 4 ans à Brazzaville, la capitale, avant de revenir en France, à Strasbourg. Dans la cité du Neuhof plus précisément. Après le divorce de ses parents, il est élevé par sa mère avec ses six frères et sœurs et connaît quelques soucis de délinquance – vol à la tire et vente de drogue notamment.
Rap, philosophie et religion
Poursuivant son cursus scolaire dans un collège privé, Abd al Malik parvient à remonter la pente. Le bac en poche, il part pour l’université ou il suit un double cursus philosophie et lettres classiques. C’est aussi à cette époque qu’il fonde le groupe de rap NAP – pour New African Poets – avec son frère Bilal et son cousin Aissa, quelque temps après s’être converti à l’islam soufi. Une religion très présente dans sa vie qui le conduit à militer depuis pour la paix et pour un « vivre ensemble ».

Après avoir commencé à écrire ses premiers textes vers l’âge de 15 ans, Grand Corps Malade a connu la consécration en 2006, avec la sortie de son premier album Midi 20. Vendu à quelque 600 000 exemplaires, ce premier opus lui vaut également les Victoires de la Musique de l'artiste révélation scène de l'année et de l'album révélation de l'année 2007. En 2008, Grand Corps Malade sort son deuxième album, Enfant de la Ville.
Une sensation de déjà entendu
Poursuivant sur un cycle bisannuel, son Troisième Temps est arrivé dans les bacs en cette fin d’année 2010. A la première écoute, une sensation de déjà-vu apparaît. De déjà entendu plutôt. Les thèmes abordés par Grand Corps Malade ainsi que son style ou ses textes n’ont pas franchement varié depuis Midi 20. Mais si certains « jeux de mots » peuvent sembler faciles – ce qui lui a déjà été reproché dans ses précédents albums –, on ne peut s’empêcher de lui reconnaître un talent certain.
Grand Corps Malade sait faire rire, émouvoir, faire réfléchir… Sur ce Troisième Temps, on retiendra essentiellement les chansons Roméo kiffe Juliette, Définitivement – pères de famille ou futurs papas, c’est pour vous – ou encore le joli duo avec Charles Aznavour, Tu es donc j’apprends.

Au final, ce nouvel album n’apporte donc rien de franchement nouveau, ne marquant pas d’évolution majeure dans la carrière de Grand Corps Malade. Malgré tout, on ne se lasse pas de l'écouter et on ne peut qu’avoir envie de voir ce que donnera le quatrième temps…

Visionnez le clip de Roméo kiffe Juliette

Le Face à Face des cœurs en 2004, Gibraltar en 2006, Dante en 2008. Et donc Château Rouge en 2010. Comme Grand Corps Malade, Abd al Malik semble suivre un rythme bisannuel. Mais à l’inverse de son « confrère », on sent dans cette discographie une véritable évolution – celle-ci est encore plus importante si l’on se réfère aux albums de NAP.
Un album déroutant
Après un premier album particulièrement poétique, un second plus musical et un troisième apparu comme une belle synthèse des deux précédents, Château Rouge tranche dans le vif. Là, la musique est omniprésente et Malik semble se tourner vers la « world music », rendant un bel hommage à cette Afrique qu’il chérit tant. Le premier single, « Ma Jolie », en est peut-être le plus bel exemple.
Du coup, avec ce changement stylistique certain, ce nouvel album a le don de dérouter son auditeur. Mais – et c’est sans doute à cela que l’on reconnaît du travail bien fait – si la première écoute peut laisser sceptique, les suivantes confirment le talent d’écrivain d’Abd al Malik, capable d’enchaîner sans problèmes thèmes légers et concept plus lourds, n'hésitant pas non plus à pousser la chansonnette en anglais.

Dans l’absolu, Château Rouge ne restera sans doute pas le meilleur album de Malik. Mais celui-ci traduit tout un cheminement spirituel et artistique, plaçant ainsi son interprète dans une catégorie bien spécifique : celle des artistes à part…

Visionnez le clip de Ma Jolie

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Ludovic Bonnet

Chez Masculin.com depuis 2009, j'ai commencé par vous parler d'automobile et de culture (cinéma, musique, jeux vidéo...). Aujourd'hui, je vous parle aussi de mode et de high-tech... et de plein d'autres choses !