Esther, une gamine sadique et jubilatoire

« Faites des enfants ». Et à défaut de conception biologique, « Adoptez-en ». Un appel à l’amour parental généralisé que le cinéma a un peu tendance à freiner dans ses films d’horreur. Entre l’encore récent « The Children », qui masque à peine son encouragement à la consommation de pilules contraceptives, et cette « Esther » qui n’en finit plus de nous convaincre de rester à bonne distance des orphelinats, les terreurs de moins d’un mètre vingt ne cessent de nous glacer l’échine. Non seulement l’intrigue, dotée d’un pitch basique au possible, se paye effectivement le luxe d’une efficacité d’écriture trop rare ou inutilement alambiquée dans la plupart des films actuels du genre, mais « Esther » s’impose simplement comme un thriller à l’atmosphère et à la montée d’adrénaline monstrueusement réussies […].

Mieux que « La Maison de cire »
Loin des soucis d’éthique et moraux imposés par ce qui est devenu un genre à part entière, Jaume Collet Serra s’intéresse essentiellement et avant tout à son personnage : véritable incarnation du mal à l’état pur aux traits fantomatiques. Et c’est certainement là qu’« Esther » fait toute la différence. La réalisation est excellentissime, imposée par un cinéaste qui avait déjà fait ses preuves sur l’imparfait mais très chouette « La Maison de cire », slasher hollywoodien très soigné […]. Et surtout, Jaume Collet Serra insuffle à ce film enfin ce qui manquait à son précédent : des traits de caractère attachants et crédibles, aidés par une direction d’acteurs déconcertante. C’est comme ça qu’on fait un premier film d’horreur pas mal, et un second excellent…

Le plus beau méchant du cinéma de ces dernières années
Car au-delà du divertissement, de la flippe et de la progression du suspens qui font passer les deux heures du film comme un claquement de doigt, on se souviendra surtout d’Esther comme de la révélation d’une actrice comme on n’en avait jamais vu ! De quoi renvoyer à la messe les pseudos chiards tétanisant dont le gros du comportement se limitait au mutisme, à l’immobilité et aux regards constipés. Isabelle Fuhrman, 12 ans, sorte de Mercredi Adams perpétuellement levée du pied gauche, en impose (au propre comme au figuré) malgré ses trois têtes de moins. Energique, enragée, glaciale, savoureusement rentre-dedans et armée d’un regard transperçant, la gamine peut prétendre sans mal au rang de plus beau méchant du cinéma de ces dernières années. Un statut énorme pour les épaules d’une seule petite fille, certes, mais qui confère à l’entreprise une vraie dimension de terreur, une tonalité sadique, inattendue, parfois tendancieux qui malmène les sensations de façon jubilatoire.

En salles le 30 décembre 2009
Note de la rédaction de Filmsactu.com : 17/20

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