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Il y a 1 semaine

[CRITIQUE] La Mission sur Netflix : Tom Hanks a maintenant son western

En adaptant “Des nouvelles du monde” le roman à succès de Paulette Jiles (2016), Paul Greengrass ne se contente pas de décrire les relations émouvantes entre deux héros tourmentés par leur passé et en mal de repères, il dresse aussi et surtout le portait à vif d’une Amérique désolée en proie à ses plus vils instincts : le racisme, la conquête de terres, l’appât désespéré du gain, l’ultra violence… A voir !

Texas, 1870. Ancien soldat confédéré de la guerre civile, le capitaine Jefferson Kidd a été contraint de se requalifier. Il trotte maintenant lentement de ville en ville, lisant à haute voix un judicieux résumé des journaux pour dix cents par tête. Mais alors qu’il chemine vers sa prochaine destination, Kidd tombe sur Johanna, une fille blanche de dix ans enlevée à ses parents allemands par des Amérindiens de Kiowa, puis laissée sans abri – “orpheline deux fois” – lorsque la tribu est massacrée. Sans personne d’autre prêt à aider, Kidd jure à contrecœur de ramener Johanna à ses seules relations vivantes, bravant divers périls de style Far West en cours de route.

Autant La Mission évoque l’Amérique des années 1870, autant il trouve une résonance troublante dans notre 21e siècle. Il s’agit là d’États d’Amérique désunis, de l’ère de la reconstruction de l’après-guerre civile au service d’un paysage de racisme, où la différence a été diabolisée et la notion d’information dévalorisée. Cette idée émerge lorsque Kidd et Johanna rencontrent Farley (Thomas Francis Murphy), le gouverneur d’un camp de renégats sans loi. Avec des parallèles Trumpiens évidents, Farley insiste pour que Kidd lise une version falsifiée et auto-agrandissante de son histoire.

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La Mission : Tom Hanks – 2021 Netflix

A tort ou à raison, Greengrass ne va pas plus loin dans l’analyse sociétale pour se concentrer sur ses deux héros et leurs cheminements personnels au fil du road-trip. Ce qui suit traduit l’histoire dans le film : des scènes charmantes, bien que familières, montrant un Kidd tentant de “civiliser” avec Johanna (vêtue d’une robe, mangeant avec des couverts, lui apprenant l’anglais) pendant que Johanna lui apprend des chansons, cassant sa carapace lentement.

Mais ce côté un peu trop sage est rattrapé par une mise en scène très maîtrisée, et un très bon travail de reconstitution qui donne vraiment chair au contexte, et possède une identité assez forte. Greengrass ne lésine pas sur le spectacle classique du Far West ni en plans larges sur cette nature aride et inhospitalière. Certains diront un peu trop peut-être. Mais force est de constater la fabrication minutieuse du métrage : une belle photographie de Darius Wolski, un très joli score (bien que parfois mis au second plan) de James Newton Howard, une reproduction détaillée et inspirée jusque dans ses costumes et ses accessoires…

Greengrass a réalisé son film le plus stylistiquement conventionnel et esthétiquement beau à ce jour.

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La Mission : Helena Zengel et Tom Hanks – 2021 Netflix

La Mission prend surtout corps grâce à son duo vedette. Tom Hanks (Capitaine Phillips, Sully) est dans son élément et porte le film de ses yeux fatigués et angoissés. A ses côtés, la nouvelle venue Helena Zengel (Benni) signe une performance fascinante en jeune fille traumatisée par une tragédie personnelle, ne faisant pas confiance au monde qui l’entoure. Ensemble, ils donnent vie à ce voyage difficile dans une communication tue touchante.

Vraisemblablement en route pour les Oscars, La Mission est un chouette film, bien qu’assez scolaire. Le tout aurait pu aller bien plus loin dans l’analyse des sujets évoqués, mais demeure suffisamment bien emballé pour qu’on passe un excellent moment.

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