Le Passager n°4 sur Netflix : un drame spatial qui manque de gravité

STOWAWAY (Pictured) ANNA KENDRICK as ZOE LEVENSON. © 2021, Stowaway Productions, LLC, Augenschein Filmproduktion GmbH, RISE Filmproduktion GmbH. All rights reserved.

Anna Kendrick et Toni Collette embarquent dans Le Passager n°4 sur Netflix, un drame spatial plutôt crédible sur une urgence d’oxygène qui finit par manquer d’air dans son dénouement.

Depuis que Sandra Bullock s’est extirpée façon MacGyver d’un cauchemar en orbite pour revenir sur Terre dans le thriller époustouflant d’Alfonso Cuarón, Gravity, nous avons assisté à une montée en puissance du film de science-fiction spatial. C’est un sous-genre qui travaille sur le frisson et l’angoisse, souvent liés à l’enfermement et dont les protagonistes se retrouvent face à des enjeux importants, ne devant compter que sur eux-mêmes. Ainsi, nous avons pu découvrir depuis Matt Damon utiliser la botanique dans Seul sur Mars, Amy Adams utiliser la linguistique dans Premier Contact, Natalie Portman utiliser la biologie cellulaire dans Annihilation et Chris Pratt utiliser Jennifer Lawrence dans l’involontairement flippant Passengers.

Quelques mois à peine après que Netflix se soit aventuré dans un territoire similaire avec un George Clooney à la dérive dans le drame Minuit dans l’univers, la plateforme renoue avec le huis-clos psychologique et nous embarque dans les étoiles avec Stowaway (littéralement, le passager clandestin), qui devrait dégager autrement plus de substance.

Daniel DAE KIM (David KIM), Toni COLLETTE (Marina BARNETT) et Anna KENDRICK (Zoe LEVENSON). ©JURGEN OLCZYK 2021

Le Passager n°4 va droit au but et il y quelque chose de satisfaisant là dedans. La première scène nous lance dans l’action aux côtés de trois astronautes (Anna Kendrick, Daniel Dae Kim et Toni Collette) partant pour une mission de deux ans sur Mars. Peu de temps après le décollage, ils ont la surprise de découvrir un quatrième passager à leur bord (Shamier Anderson), un ingénieur qui a été blessé et assommé pendant la préparation du lancement, maintenant du voyage. Le choc initial se transforme rapidement en panique car la destruction fortuite d’un dispositif de filtration d’air signifie qu’il n’y a que suffisamment d’oxygène pour trois d’entre eux seulement.

Malgré une bande sonore angoissante, le musicien devenu réalisateur Joe Penna – qui a fait ses débuts dans Arctic avec un autre « survival » sans fioritures – choisit de ne pas nous emmener dans le territoire du thriller psychologique hitchcockien et nous maintient plutôt fermement dans le domaine de la « science-fiction pure et dure », alors que l’équipe est obligée de se confronter à la logistique d’un dilemme dévastateur avec un compte à rebours dans leur dos.

Les issues sont vraisemblablement limitées. Le biologiste David Kim peut-il trouver un moyen de faire en sorte que ses algues produisent suffisamment d’oxygène ? Le commandant Barnett peut-elle travailler avec l’équipe au sol pour trouver la science qui va les sauver ? La chercheur Levenson peut-elle les convaincre qu’une mission sans retour possible pourrait valoir le risque ?

Tout est présenté, du moins aux profanes que nous sommes, dans ce qui semble être des termes convaincants et plausibles. L’on doit surement ce déroulement à l’astrophysicien Scott Manley qui a assisté Penna et le co-scénariste Ryan Morrison dans la rédaction du scénario. Cet effort concerté pour ancrer ce qui se passe dans le ciel le rend d’autant plus engageant, le sentiment que rien n’est sacrifié pour la narration, pas de sur-explication condescendante, juste les réalités d’un scénario angoissant, se déroulant à un rythme que l’on image tout à fait réaliste.

C’est un cadre qui fonctionne bien pour Collette en particulier, émergeant facilement en tant que dans son rôle de leader, a permis pour une fois d’utiliser son accent australien. Les autres membres de l’équipage sont solides, en particulier Anderson qui a sans doute le rôle le plus difficile à jouer, obligé dans un moment effectivement austère d’envisager un sacrifice drastique.

Il y a rarement un moment pour la légèreté, bien que Kendrick joue par moment du « divertissement en vol », et une petite quantité rafraîchissante de monologues qui comblent les lacunes. L’accent mis sur le travail à accomplir fonctionne jusqu’à ce qu’on perde tout effet de caractérisation : nous sommes investis dans le problème plutôt que dans ceux qui le résolvent et la prise des deux premiers actes se desserre au fur et à mesure que l’on sent la fin approcher.

Essayer de maintenir cette tension pendant près de deux heures s’avère une tâche compliquée, voire impossible, et bien qu’il y ait encore matière à suspense dans la scène qui clôt le film, le déroulement est juste un peu trop conventionnel et dessine une comparaison accablante avec Gravity. Parce que si l’action dans le vaisseau, explorée avec élégance et un certain nombre de plans saisissants, peut impressionner, la sortie en extérieure n’est pas aussi stellaire, et bien que Stowaway se termine sur une note théoriquement courageuse, elle n’en reste pas moins abrupte.

Sans être un incontournable de la SF dite réaliste, « Le Passager n°4 » en est un représentant solide, misant avant tout sur l’humanité de ses personnages – avec l’excellent quatuor d’acteurs pour leur donner vie – et leurs interrogations morales face à la pire des décisions à prendre, tout en évitant le piège du mélodrame. Ajoutez la réalisation studieuse et inspirée de Penna et Le Passager n°4 vous embarque pour 2h de voyage spatial si non palpitant, agréablement planant.

Notre note : ⭐ ⭐ ⭐ ★ ★

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