Les Mitchell contre les machines : une frénésie bien huilée

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THE MITCHELLS VS. THE MACHINES - (L-R) Maya Rudolph as “Linda Mitchell", Abbi Jacobson as “Katie Mitchell", Doug the Pug as “Monchi”, Mike Rianda as “Aaron Mitchell” and Danny McBride as “Rick Mitchell”. Cr: ©2021 SPAI. All Rights Reserved.

Un temps destiné au grand-écran, la dernière production des studios Sony Pictures Animation, Les Mitchell contre les machines, a finalement été vendu à la plateforme de streaming la plus offrante (Netflix, NDLR). Si on comprend la démarche, on regrette aussi que cette œuvre prometteuse soit noyée dans la masse et n’hérite pas d’une sortie plus crépitante.

Car ce road-movie à la sauce de fin du monde mérite définitivement le coup d’œil. C’est un peu comme si iRobot rencontrait Little Miss Sunshine, mais dans un film d’animation boosté aux amphets et visuellement débordant. A voir de 7 à 77 ans, même si les deux extrêmes pourraient vite se faire larguer en route.

Alors que Katie Mitchell (Abbi Jacobson, en VO) se prépare à quitter la maison familiale pour suivre son rêve à l’école de cinéma, son père (Danny McBride) réalise à quel point ils se sont éloignés. Il transforme donc son voyage aller en un road-trip familial, qui est rapidement interrompu par une apocalypse robotique.

Il y a une ironie évidente à un film Netflix produit par Sony déplorant le danger d’une dépendance excessive à la technologie, mais l’heure n’est pas aux règlements de compte ni aux jugements en tout genre. Michael Rianda et Jeff Rowe essaient sérieusement d’offrir une vue équilibrée des avantages et des inconvénients de la culture iPhone. Plutôt qu’un film facile et donneur de leçon, condamnant les enfants pour avoir tapoté et glissé et raté la vraie vie, il montre que les jeunes créateurs numériques réalisent des choses incroyables et que, lorsqu’elle est bien utilisée, cette forme de connectivité peut apporter beaucoup.

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Ainsi, Les Mitchell contre les machines conserve un sens de l’humour chaleureux sur l’emprise de la technologie sur la société. Même maman Linda (Maya Rudolph) est accro à son téléphone, traquant sur Instagram la parfaite famille Posey. Il y a aussi un côté ludique, d’une avalanche de Furbys possédés (et de leur chef surdimensionné) aux courts métrages loufoques que fait Katie (qui met en vedette son carlin aux yeux écarquillés). L’animation mélange les effets spéciaux numériques avec des dessins 2D insérés sur les images, comme si Katie griffonnait sur le cadre. C’est ingénieux et terriblement efficace avec un côté rétro qui plaira aux parents.

Il est vrai qu’en basant toute son identité sur celle de son héroïne loufoque et en assumant jusqu’au bout le fait que cette aventure soit vue à travers ses yeux à elle, Les Mitchell contre les machines justifie une mise-en-scène totalement libre et énergique de tous les plans. Avant d’être une ode à la bizarrerie, le film créer un juste équilibre entre l’originalité des enfants et le classicisme des parents pour joyeusement les mêler afin d’ouvrir la voie vers un message d’acceptation et d’amour.

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Il faut toutefois se préparer à une véritable cacophonie visuelle avec un cadre rempli de filtres Instagram, de GIF, d’émojis, de mèmes, d’images figées et de blocs de texte volants, tandis que l’action ne semble pas rester fidèle à un seul fil d’histoire plus d’une minute. Mais sa conception et sa trajectoire émotionnelles sont claires et le chaos participe au charme de la besogne.

Il y a des moments stellaires dans l’écriture : les blagues sont percutantes, la relation père-fille tangible et la progression globale de l’intrigue solide. Là où le projet faiblit, c’est dans sa tentative d’impliquer le jeune public. Avec des monologues trop explicatifs qui ralentissent le rythme (qui dure 2 heures tout de même), des références au chat Nyan et des interconnexions étranges avec de vieilles vidéos Internet, le film semble vouloir davantage séduire les parents de la génération Y que leurs bambins.

De même, les blagues ne sont pas toutes dosées avec minutie, souvent sorties en plein milieu de l’action et partant dans une exagération qui empêche le film d’être pleinement homogène. L’organisation de ce road-trip pour sauver le monde est tellement archétypale qu’il en devient aussi dénué de surprise et de subtilité.

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Mais comme dans Spider-Man : New Generation, produit par le même duo puissant – Phil Lord et Christopher Miller -, le concept central des Mitchell ne semble pas gêné par les conventions – une façon élégante de dire que son intrigue est, eh bien, dingue. Et dans cette combinaison de forme pétillante et de déroulement en roue libre, l’ensemble devient parfaitement cohérent – imaginez la méta-explosion de Scott Pilgrim absorbée par l’ingéniosité créative de La grande aventure LEGO, avec une refonte visuelle de Spider-Man.

A l’arrivée, grâce à toute cette richesse d’intrigue mais aussi à un casting de stars comiques impeccable (en VO, dont Olivia Colman dans le rôle de l’IA Pal), les Mitchell contre les machines s’impose comme un nouveau coup de maitre de la part de Lord et Miller, à la fois une aventure familiale passionnante et vertigineuse et la consolidation d’un nouveau langage visuel radical dans le monde du long d’animation.

Notre note : ⭐ ⭐ ⭐ ⭐ ★

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