Oxygène sur Netflix : Aja donne un nouveau souffle à un sous-genre confiné

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Si vous vous êtes senti physiquement piégé au cours des 14 derniers mois, vous vous sentirez comme chez vous dans Oxygène sur Netflix, un thriller conceptuel et huis clos de science-fiction tenu de bout en bout par la performance ingénieuse de Mélanie Laurent et la dramaturgie inventive d’Alexandre Aja. Nous, on reprend tout juste notre souffle…

On n’attendait pas forcément Alexandre Aja dans ce registre là, lui qui s’est révélé avec les excellents slasher Haute Tension et La Colline a des yeux et les films de monstre Piranha 3D et Crawl. Mais foncièrement, le thriller teinte toujours un peu ses œuvres, notamment via le fantastique avec Mirrors ou La 9ème vie de Louis Drax. Oxygène s’inscrit donc tout naturellement dans sa filmographie et poursuit des thématiques qui lui font écho comme l’enfermement, la perte d’identité, l’asphyxie ou la mise en abyme.

Les films en huis clos ont cette saveur particulière quand on appuie sur le bouton « play ». En tant que téléspectateur, quand on s’engage dans un film en sachant qu’il se déroule à un seul endroit – et surtout si cet endroit a la taille d’une capsule cryogénique en forme de cercueil – on développe cette confiance envers les créateurs (réalisateur, scénariste) et dans leur capacité à enrichir le récit et à développer suffisamment ses personnages pour tenir en haleine.

critique Oxygène

Heureusement, Oxygène a cette chance d’avoir à sa tête un réalisateur de talent qui travaille à partir d’une matière scénaristique tendue et intelligente signée Christie LeBlanc, de quoi produire un film mordant, stimulant et angoissant, qui secouera même les téléspectateurs les plus fatigués de toute cette stupeur induite par le confinement actuel.

Ancré par la performance particulièrement engagée et convaincante de Mélanie Laurent (Beginners, Inglourious Basterds), Oxygène raconte l’histoire d’une femme qui se réveille dans un caisson cryogénique souffrant d’un dysfonctionnement potentiellement mortel. Dans moins d’une heure et demie, il n’y aura plus d’oxygène dans la capsule et il n’y a aucun moyen d’en sortir. Pire encore, la femme n’a aucun souvenir de sa vie et pas la moindre idée de la raison pour laquelle elle se trouve là.

Au départ, il est facile de passer à côté de la richesse de ce concept en matière de rebondissements à la fois thématiques et narratifs (petit spoiler : ce n’est pas ce qui manque ici). La course pour trouver une solution à un dénouement fatal est élargie par des mystères que nous partageons avec la protagoniste : qui elle est, où elle se trouve, pourquoi elle est là et où elle est, et même depuis combien de temps elle est là.

Toutes sortes de personnages de films se sont réveillés dans toutes sortes de cercueils improvisés, mais l’ajout de la torsion de la cryogénie médicale ajoute des couches de possibilités pour s’assurer que ce n’est pas un énième Buried (aussi réussi soit ce dernier).

Les pièges de la science-fiction permettent également à Mélanie Laurent de jouer avec une sorte de co-star très étrange : MILO (interprété par Mathieu Amalric), l’assistant façon Siri qui est une vraie source d’informations pour la jeune femme … du moins tant qu’elle formule ses demandes correctement.

Oui, car au stress d’être piégé dans un petit espace exiguë pour des raisons inconnues, la scénariste a ajouté le fait de devoir également faire face au cauchemar syntaxique de devoir formuler correctement ses questions afin d’obtenir une réponse de l’IA. Cette idée sombre et comique, mise en œuvre comme un moyen à la fois de briser et d’augmenter la tension, de cultiver l’empathie et d’engendrer la familiarité est typique de toute l’intelligence et de l’habileté présentées tout au long du film.

critique Oxygène

Pendant ce temps, la direction d’Aja n’a jamais été aussi raffinée. Après avoir suscité la claustrophobie dans les sous-sol de Crawl, le réalisateur français a choisi une histoire pour définir un lieu encore plus contraint et anxiogène pour ce nouveau projet. Heureusement, il a les compétences nécessaires pour transformer ce qui pourrait être une esthétique stoppée et torpide en un art visuel vivant et vital – faire pivoter la caméra, trouver de nouveaux angles étranges, même travailler des travellings et des zooms d’une manière que la plupart des gens n’imagineraient même pas…

De plus, lui et Mélanie Laurent ont clairement développé une alchimie de travail fantastique, de sorte qu’il sait parfaitement quand utiliser sa performance physique et quand se concentrer sur sa voix, sans jamais surcharger le spectateur. Aja est l’un des rares cinéastes qui dégage un niveau d’amusement cinétique, quelque soit son sujet.

Oxygène Critique

Après plus d’un an en quarantaine, quand une surabondance de films de super-héros paresseux a été remplacée par une autre de bons candidats aux Oscars, Oxygène apparait comme une bouffée d’air frais, une histoire originale engagée et bien conçue qui a ce qu’il faut de cervelle pour être rangé dans la case de pur divertissement. A l’heure qu’il est, difficile d’imaginer dans les sorties prévues cet été film plus parfaitement calibré qu’Oxygène pour réveiller les sens d’un public complaisant.

Notre note : ⭐ ⭐ ⭐ ⭐ ★

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