Les Trains de Nuit : des voyages pas comme les autres

Alors que le gouvernement français a annoncé la relance des trains de nuit, un livre se propose de partir à la (re)découverte de ce moyen de transport pas comme les autres. Après avoir été poussés vers la sortie par l’essor du TGV et des compagnies aériennes à bas coût, Georges Ribeill reconstitue deux siècles d’épopée ferroviaire dans un ouvrage qui fourmille d’informations. Son titre : Les Trains de Nuit, deux siècles de voyages, de la banquette de boit au wagon-lits.

Le premier samedi du mois est un jour très attendu par certains hommes… notamment ceux abonnés à une célèbre chaîne cryptée. Sur Masculin.com, on vous propose un rendez-vous mensuel d’un autre type, à la même date : le livre du mois. Beau livre de photographies, roman, BD : il devrait y en avoir pour tous les goûts !

Voyage (en train) au bout de la nuit

Le bon temps du voyage au bout de la nuit

Si le voyage en train promet généralement des trajets tranquilles, l’histoire de ce moyen de locomotion est elle plus agitée. Des balbutiements des chemins de fer aux projets actuels d’Hyperloop, le transport ferroviaire a connu un essor fulgurant en 2 siècles. Et c’est encore plus vrai en ce qui concerne les trains de nuit, dont le charme suranné évoque immédiatement des épopées intercontinentales… alors que la réalité était généralement moins extraordinaire.

Dans son livre, Georges Ribeill revient sur cette histoire mouvementée (et inachevée), alors que seules 2 lignes de trains de nuit subsistent en France en 2021 (Paris – Latour-de-Carol et Paris – Briançon). Richement documenté, l’ouvrage s’adresse à tous ceux qui rêvent de voyager autrement, en pensant à l’Orient-Express ou au Transsibérien.

Les temps héroïques à l’époque de la diligence

Il serait trop facile de dire que le train de nuit, c’était mieux avant. Car au 19e siècle, alors que le chemin de fer se développe peu à peu en France, ce sont surtout les diligences qui permettent de voyager d’une ville à l’autre. Et là, pas question de profiter du confort d’une couchette, c’est assis à côté des sacs de lettres et colis des Messageries nationales, royales ou impériales qu’il faut voyager ! Pour un Lyon – Paris en 1835, il faut alors compter… 3,5 jours !

« Si vous devez passer la nuit en chemin de fer, munissez-vous, avant toute chose, d’une bonne valise contenant un nécessaire de toilette, et n’oubliez jamais d’y mettre une paire de chaussons bien chauds. Tout est là. »

Giffard, La vie en chemin de fer

La diligence, l'ancêtre des trains de nuit

Après 1850, les premiers « vrais » trains de nuit

Dès 1846, les voyageurs peuvent circuler dans des trains de nuit au départ de Paris dans le Nord de la France. Il faudra toutefois attendre quelques décennies supplémentaires pour pouvoir « voyager couché, mais surtout en 1re classe ! »

Avec cette montée en gamme, on assiste à une extension rapide de l’offre de wagon-lits, jusqu’au voyage inaugural de l’Express d’Orient jusqu’à Constantinople, le 5 juin 1883.

Les distances s’allongent en même temps que les temps de parcours raccourcissent, la Compagnie Internationale des Wagons Lits se développe. Malgré les deux conflits du début du 20e siècle, on entre peu à peu dans l’âge d’or des voitures couchette, avec notamment l’iconique train bleu, qui permet de relier Paris à Vintimille, en Italie, via Dijon, Lyon, Marseille, Cannes et Nice.

Les illustrations et photos d’époque présentes dans le livre témoignent de cet engouement pour le transport ferroviaire en général et les trains de nuit en particulier ! L’influence des romans policiers (Le Crime de l’Orient Express d’Agatha Christie, mais pas que) n’y est sans doute pas étrangère.

Le lent déclin des trains de nuit… avant la renaissance

Contrôleur dans les trains de nuit de 1975 à 2012, Bernard Vieu partage dans ce livre son expérience personnelle… et notamment le changement de paradigme opéré à l’aube des années 1980, alors que les lignes à grande vitesse allaient commencer à pointer leur nez.

« L’été, circulait une couchette Paris – Milan que l’on accompagnait jusqu’à Bellinzona, en Suisse. Le dépaysement était assuré à la sortie du long tunnel du Gothard, avec un climat et une végétation différents. Au retour, on avait parfois des surprises en constatant le vol de couvertures opéré sur le territoire italien.

Voyage en train de nuit

Et le TGV fut…

« Gagnez du temps sur le temps. » A partir du mois de septembre 1981, le TGV bouleverse nos habitudes sur les rails. Désormais, pour voyager vite, on peut faire le trajet de nuit ou prendre la rame orange qui file à 300 km/h… et la SNCF mise clairement sur « le tout TGV » : 2 heures pour faire Paris-Lyon, forcément, c’est pratique !

D’année en année, le nombre de voyageurs présents à bord des couchettes et voitures-lits ne cesse de diminuer… parallèlement au nombre de liaisons domestiques et internationales. En 2016, de nouvelles « coupes sombres des trains de nuit » sont annoncées, dans l’indifférence générale… ou presque. Comme le constatait alors Guillaume Pépy, le président de la SNCF, « du temps où les trains de nuit existaient, il n’y avait pas énormément de monde dedans. Depuis qu’ils ont disparu, c’est dingue le nombre de fans des trains de nuit !« 

Outre le TGV, le développement des hôtels pas chers et l’apparition des compagnies aériennes low-cost ont contribué à ce lent mais inexorable déclin.

Publicité de la SNCF pour les trains de nuit

La transition écologique chamboule tout

Pourtant, en 2020, les cartes sont rebattues une nouvelle fois. Le 14 juillet 2020, le président de la République Emmanuel Macron l’annonce fièrement : « On va redévelopper les trains de nuit !« 

Le 20 mai 2021, on a ainsi vu le premier Ministre Jean Castex monter à bord du « nouveau » Paris – Nice. Départ de la gare d’Austerlitz à 20h52, arrivée le lendemain sur la côte d’Azur à 9h11 : c’est deux fois plus long que le TGV, mais le voyageur pourra profiter d’un tarif réduit (entre 19 et 39€) et surtout d’une atmosphère unique, dans un esprit slow life.

Ironie du sort, cette renaissance s’inscrit dans une démarche écologique, parallèlement à la suppression annoncée des vols intérieurs en cas d’alternative en train de moins de 2h30. Une preuve supplémentaire que l’histoire est un éternel recommencement. Révolutionnaires à leur apparition, ringardisés dans les années 1980, les trains de nuit semblent plus tendance que jamais en 2021. Une bonne raison de se plonger dans la lecture de l’ouvrage de Georges Ribeill… dans un wagon couchette ou ailleurs !

TitreLes Trains de Nuit, deux siècles de voyages, de la banquette de boit au wagon-lits
AuteurGeorges Ribeill
EditeurLa vie du rail
Format22 x 27 cm – 224 pages
Poids1290 g
EAN139782370620774
Prix44 euros
Couverture du livre Les Trains de Nuit

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Rédigé par Ludovic

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