Un papa hors pair, le drame Netflix avec Kevin Hart aussi pataud que pathos

Débarqué sur Netflix juste à temps pour la fête des pères, Un papa hors pair (Fatherhood en VO) s’engage dans un récit « inspiré de faits réels » qui conte le parcours d’un veuf face à la paternité. Un postulat rabâché qui trouve un certain souffle sous la direction d’un Paul Weitz inspiré et d’un Kevin Hart à contre-emploie. Du moins, juste assez pour garder la tête hors de l’eau. Sortez les mouchoirs !

Un Papa Hors Pair débute par une véritable séquence accablante : les funérailles d’une femme décédée peu de temps après l’accouchement, laissant son veuf dévasté élever seul sa petite fille. Ce postulat terriblement triste (qui est basée sur l’histoire vraie de Matt Logelin) est appuyé par de brefs flashbacks sur les jours juste avant, lorsque la vie de cette famille semblait pleine de joie et de promesses. Il est difficile de ne pas s’étouffer quand la caméra revient à la réalité devant Matt (Kevin Hart) face à la double terreur d’un deuil et d’une nouvelle parentalité.

Cependant, il ne faut pas si longtemps pour qu’on revienne sur un équilibre émotionnel beaucoup plus doux et léger qui définira le reste du film. Le réalisateur Paul Weitz résiste à la tentation de trop se pencher sur les rires ou les larmes. D’ailleurs, les meilleurs moments sont ceux qui sont autorisés à simplement respirer, sans mélo et dans la simplicité. La performance tendre de Hart, si différente de son personnage comique habituel, a dans cet exercice beaucoup d’espace pour briller.

critique un papa hors pair

Mais Fatherhood ne peut s’empêcher de basculer vers des conflits maladroits : l’organisation travail/parentalité ou le traitement des genres à l’école catholique… sans leur donner un quelconque développement constructif pour l’intrigue ou pour le spectateur.

Le plus flagrant se retrouve dans la crise de la « petite copine » qui augmente considérablement les enjeux pour Matt et Maddy, mais qui semble sortir de nulle part. Si seulement le récit avait su saisir l’imperfection ou l’ambivalence de la part de Matt, ou peut-être creuser plus profondément dans le malaise initial de Maddy à cet instant. Mais Un papa hors pair semble réticent à dépeindre Matt comme autre chose qu’un père parfait dont le seul vrai défaut est de trop se soucier, et son foyer avec Maddy comme autre chose que parfaitement heureux et aimant.

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Autre anicroche, le film met un point d’honneur à montrer à quel point les attentes de la société sont faibles vis à vis des pères et dans un même temps, ne change pas grand chose à l’idée que les mamans sont le parent par défaut.

En toute justice pour Un papa hors pair, ce n’est pas la faute du film si la société dans son ensemble considère toujours les pères compétents et attentionnés tels que Matt comme des anomalies, d’autant qu’il fait tout son possible pour souligner à quel point c’est injuste pour les pères. Mais le film renforce implicitement ce point de vue en positionnant Matt comme singulier et unique dans son dévouement à sa fille.

Heureusement, l’une des forces de Weitz en tant que réalisateur – évidente dans About a Boy, In Good Company et Grandma – est son talent pour rendre la gentillesse intéressante dans tout ça. C’est un sentimental aux yeux secs, doux dans ses moqueries et peu enclin à désigner des méchants. Tout le monde dans ce film est décent, ce qui est beau à sa manière mais aussi un peu abrutissant.

Il y a un murmure de tension entre la mère de Matt et Marian (la mère de Liz), une histoire qui menace de dégénérer en conflit. De même, la relation entre Matt et Maddy – jouée par la charmante et espiègle Melody Hurd – est aussi lisse et ordonnée que des carreaux fraîchement installés. Il y a des évocations du désordre inhérent à la parentalité, mais les déversements sont épongés instantanément.

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Contrairement à ce que les manuels d’écriture scénaristique vous diront, l’absence de conflit dramatique n’est pas nécessairement un défaut. Mais il doit y avoir autre chose dans lequel le spectateur s’enfonce, que ce soit le flux et la frénésie de la vie quotidienne ou les contours psychologiques des individus et des relations. Malgré la direction sensible de Weitz et une superbe distribution – dont Frankie Faison en tant que mari patient de Marian, DeWanda Wise en petite amie de Matt et Paul Reiser en patron patient – Un papa hors pair ne peut pas tout à fait tenir ses promesses.

Dans son ensemble, le métrage fonctionne très bien en tant que douce petite chronique autour de Matt et Maddy, de la belle vie qu’ils ont construite ensemble à partir des ruines de la tragédie. Mais en tant qu’exploration de la paternité elle-même, ou réflexion plus ouverte sur les rôles de chacun, c’est aussi profond qu’une carte de fête des pères de supermarché.

Notre note : ⭐ ⭐ ⭐ ★★

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