Casse-tête chinois : le dernier volet de la trilogie signée Cédric Klapisch à voir ou à revoir

Vingt ans après le succès de L’Auberge espagnole (2002), puis des Poupées Russes (2005) et enfin de Casse-tête chinois (2013), Cédric Klapisch a dernièrement annoncé vouloir tourner une suite. Celle-ci prendra la forme d’une série de huit épisodes de 52 minutes intitulée Salade Grecque et proposée sur Amazon Prime. L’action devrait notamment suivre les enfants de Xavier et Wendy à Athènes…

Le tournage est prévu courant 2022. En attendant, nous vous proposons de vous replonger dans le dernier volet de la saga française, Casse-tête chinois.

Casse-tête chinois

Parangon du film générationnel français dés son second film (Le péril jeune), Cédric Klapisch pose la première pierre de sa saga en 2002 avec l’Auberge Espagnol où l’on fait la connaissance d’une bande d’étudiants européens déjantés, échoués en Espagne dans le cadre du programme Erasmus. Quatre ans plus tard, on retrouve tout ce petit monde, trentenaire, réunis pour célébrer un mariage à St Pétersbourg dans Les Poupées Russes.

C’est le temps des premiers bilans, d’une certaine stabilité et d’un accomplissement salvateur. Et puis, arrive Casse-tête chinois. Après avoir laissé mijoter ses personnages durant près de 10 ans, Klapisch les retrouve à New-York, une ville à la hauteur des tumultes que va traverser Xavier, quadra, toujours perdu dans ses sentiments et dans cette nouvelle ville qu’il va devoir une fois de plus adopter.

La vie de Xavier ne s’est pas forcément rangée et tout semble même devenir de plus en plus compliqué. Désormais père de deux enfants, son virus du voyage l’entraîne cette fois à New York, au beau milieu de Chinatown. Dans un joyeux bordel, Xavier cherche sa place en tant que fils, en tant que père… en tant qu’homme en fait ! Séparation. Famille recomposée. Homoparentalité. Immigration. Travail clandestin. Mondialisation. La vie de Xavier tient résolument du casse-tête chinois ! Cette vie à l’instar de New York et de l’époque actuelle, à défaut d’être cohérente et calme, vient en tout cas nourrir sa plume d’écrivain…

casse-tête chinois

L’une des beautés du cinéma réside dans la possibilité de voir vivre, grandir et évoluer des personnages attachants au fil d’une saga multi-générationnelle. Ainsi, à la vue, dés le premier plan, de notre globe trotter préféré, on a l’impression de prendre des nouvelles d’un vieux copain. Cette saga, pour Klapisch, c’est aussi l’occasion de renouer ponctuellement avec le succès tout en faisant le point sur ses personnages et sur lui-même en tant qu’homme et artiste…

Quarante ans, l’âge de maturité ? Oui et non. Pour Xavier, les choses n’ont pas tournées comme il l’espérait. Oui il est papa, oui il est plus responsable (opposé à l’éternelle adolescente Isabelle), oui il s’est construit une renommée en tant qu’écrivain, mais non il n’est plus casé, non il n’a pas changé de look et non, il n’est toujours pas sûr de ce qu’il veut. Mais qui l’est vraiment, après tout ?

Portrait authentique d’une génération, Casse-tête chinois brasse les matières, les questions et les motifs dans un condensé de vie pétillant d’énergie. Victime du temps qui passe, à la croisée de leur destin, nos jeunes quadra ont appris tant bien que mal à apprivoiser leur existence et à rebondir lors des coups durs et font face, chacun à leur manière, à un nouveau bouleversement dans leur vie : pour l’un une séparation, pour l’autre un enfant, un remariage, un amour oublié, et pour tous, une délocalisation vers un même point de fuite, New-York.

Un New-York cosmopolite, incroyablement cinégénique et électrisant dans son aspect vieux et moche, couvert de tags. Un New-York où la vie au sol est le bas de l’échelle sociale et le top des gratte-ciels des beaux quartiers, l’accomplissement. Si la visite de la ville avec Google Street View n’est pas la séquence à retenir, elle contribue à embrasser la notion de village global, familier, géolocalisable, assimilé, et à rendre son échelle à la ville. Car quand Xavier débarque dans cette jungle de rues parallèles (qui vaudra une séquence mémorable entre un taxi et un croisement de rues non perpendiculaires), ses matelas sur le dos, c’est comme à départ de zéro.

Casse-tête chinois

Un boulot d’immigrés, un avocat cheap, de la bouffe cheap, le quadra semble avoir renoué avec sa période de jeune adulte insouciant. Mais sous une fausse image de petit peuple galérien, Klapisch s’offre un rêve américain, celui dans lequel ses « pièces rapportées » trouvent sans soucis un pied à terre et prennent leurs marques le temps d’en parler sans jamais avoir le mal du pays. Lieu où l’on trouve l’Amour, la joie de vivre et l’accomplissement.

Cette touche de crédulité fait le lien avec ses précédents films mais ne vient pas pour autant entacher ce casse-tête chinois d’une étonnante fluidité malgré un quadruple salto scénaristique, des ellipses, flashbacks et un montage géométrique caractéristiques. S’il les détourne souvent, Klapisch est tout de même forcé de placer ça et là les ingrédients de la rom-com classique (relation avec la baby-sitter, fiancé américain baraqué, protecteur, qui porte un t-shirt sous sa chemise, course finale…) mais arrive à dresser tous les aspects du couple moderne en évitant la fausse caricature et les effets de manche.

casse-tête chinois

Le sel du film ne vient pas uniquement de sa matière formelle mais bel et bien de son casting, que l’on a plaisir à retrouver. On sent que chaque acteur a envie d’être là et s’amuse à renouer avec son personnage.

Malgré une atroce happy-end (comme la qualifie l’éditeur de Xavier, excellent Dominique Besnehard) et une déroulement fondamentalement balisé, Casse-tête chinois révèle un fond vif, très drôle, authentique et parfois émouvant (lors de la visite révélatrice de son père). Cédric Klapisch boucle sa boucle en beauté et n’en déplaisent à ses détracteurs, nous emplit d’un étrange besoin de recommencement.

Notre note : ⭐ ⭐ ⭐ ⭐ ★

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