Arcade Fire : un Reflektor vertigineux

Un album unanimement salué par la critique en Europe et aux USA

Arcade Fire revisite le mythe d'Orphée sur son quatrième disque, Reflektor, un double album vertigineux où les Canadiens s'aventurent en territoire inconnu en compagnie de l'ex-LCD Soundsystem James Murphy.

Un virage à 180 degrés pour Arcade Fire

Avec The Suburbs, son dernier album ancré dans le quotidien des banlieues résidentielles, Arcade Fire avait dominé les listes des meilleurs albums de l'année en 2010. Il y a fort à parier que son successeur connaîtra le même destin. Pourtant en trois ans, les Canadiens ont opéré un virage à 180 degrés.

Avec Reflektor, ils plongent dans l'onirisme du mythe d'Orphée, ode à l'amour et à la musique qui a inspiré Monteverdi, Cocteau, Stravinsky, Tennessee Williams… De chanson en chanson, les voix entremêlées de Régine Chassagne et Win Butler, le couple au centre d'Arcade Fire, tentent inlassablement de briser la paroi invisible qui sépare le héros grec et sa bien-aimée Eurydice.

David Bowie en choriste de luxe

Début septembre, Arcade Fire avait dévoilé dévoilé la chanson qui donne son titre à l'album à travers une vidéo en noir et blanc signée du réalisateur Anton Corbjin (Control). Le titre, sur lequel David Bowie joue les choristes de luxe, a donné un spectaculaire aperçu de la nouvelle direction prise par les Montréalais.

A la pop baroque d'Arcade Fire sont venues s'ajouter des touches d'électro et de disco, influences évidentes de James Murphy, un ami de longue date. La tête pensante de LCD Soundsystem, qui a marqué les années 2000 en mariant la dance et le punk, a produit la quasi-totalité de l'album. Avec lui, Arcade Fire s'attaque pour la première fois au corps autant qu'à l'esprit.

« Tout au long de l'écriture ou de l'enregistrement, je ne pensais qu'à un seul truc : la façon dont les gens allaient bouger sur nos chansons », a confié Win Butler aux Inrockuptibles. Le chanteur a fait au magazine un récit surréaliste de la façon dont le groupe a trouvé la tonalité de l'album.

De l’électro aux rythmes afro-caribéens en passant par le punk

Le couple voulait au départ enregistrer à Haïti, d'où est originaire la famille de Régine Chassagne. Devant les difficultés à travailler sur l'île, les Canadiens ont installé leur troupe à la Jamaïque, dans un château « qui ressemblait à celui de Disneyland ».

« Je me souviens d'un soir où nous étions en train de bosser sur +Reflektor+. On avait du mal à trouver le tempo, on était paumés. Puis, tout à coup nous avons vu débarquer les types qui s'occupaient de la sécurité. Ils dansaient sur la chanson en nous regardant, avec leur tenue de sécu. Ambiance boîte de nuit. Là, on s'est dit qu'on tenait peut-être le bon tempo. A la fois pour ce titre, mais pour l'ensemble de l'album », a-t-il raconté.
L'électro n'est pas le seul vecteur qu'Arcade Fire a trouvé pour faire danser ses fans. Des rythmes afro-caribéens habillent des titres aux accents vaudous. Ailleurs, ce sont le punk ou la new-wave qui s'invitent sur cet album vertigineux.

Les chansons, qui durent rarement moins de cinq minutes, font voler en éclat le format pop, pour s'étirer en transe hypnotique.

Après le clip de +Reflektor+, Arcade Fire a continué de dévoiler des bribes de son double-album, comme autant de clés pour le comprendre.

« Ça ne vaut pas Shakira »

Le groupe a récemment mis en ligne une nouvelle chanson, Afterlife, sur des extraits d'Orfeu Negro, transposition brésilienne du mythe d'Orphée par Marcel Camus et Palme d'Or en 1959 à Cannes.
Il a également été filmé dans une discothèque de Montréal par Roman Coppola, le temps de dévoiler trois titres inédits sur la piste de danse.

La vidéo d'une vingtaine de minutes, où apparaissent Bono, Ben Stiller et James Franco, montre aussi que, derrière la noirceur, le groupe cache un solide sens de l'humour. « Arcade Fire ? Ça ne vaut pas Shakira », y balance un des acteurs.

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