Jean Moulin, un incroyable destin

La voix de la Résistance

A l'occasion du 65ème anniversaire de la mort de Jean Moulin, retour sur ce héros qui a su unifier la Résistance derrière le Général de Gaulle.

Né le 20 juin 1899 à Bézier, Jean Moulin a grandi dans une famille lettrée et profondément républicaine. Après des études de droit à Montpellier, il embrasse une carrière administrative et devient le plus jeune sous-préfet puis le plus jeune préfet de France. En 1940, l'Allemagne nazie passe à l'offensive et envahit la France. « Patriote dans l'âme, Jean Moulin va être profondément marqué par la défaite de la France », raconte Isabelle Doré-Rivé, directrice du Centre d'Histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon. Sa première résistance à l'occupant commence le 17 juin 1940, alors qu'il est préfet de Chartres. Il refuse de signer un acte établi par les Allemands, accusant, à tord, les troupes sénégalaises de l'Armée française d'atrocités sur la population civile. Brutalisé, il tente de se trancher la gorge avec un morceau de verre pour éviter de céder sous la torture. Révoqué par le Gouvernement de Vichy, il rejoint sa famille en zone libre, dans le Sud de la France, et entre en contact avec les premiers mouvements de la Résistance.
L'homme du Général de Gaulle
En octobre 1941, il gagne Londres et se rallie au Général de Gaulle. Entre les deux hommes la confiance est immédiate. « Les échanges entre le Général de Gaulle et Jean Moulin montrent des liens très forts entre les deux hommes, basés sur une admiration mutuelle », précise Isabelle Doré-Rivé. Moulin retourne en France en 1942, chargé par le représentant de la France libre d'unifier la Résistance. En mars 1943, il a pour instruction de créer le Conseil National de la Résistance (CNR) qui regroupe les mouvements de résistance de l'ancienne zone libre et ceux de la zone occupée. La 1ère réunion du CNR se tient à Paris. Mais les dissensions persistent au sein de la Résistance. Les chefs des mouvements continuent de s'opposer et certains remettent en cause l'autorité du Général de Gaulle et demandent la révocation de Jean Moulin.

Le 21 juin, Jean Moulin réunit dans la maison du Docteur Dugoujon, à Caluire, près de Lyon, les principaux responsables militaires de la Résistance afin de trouver un remplaçant provisoire au général Delestraint, le chef de l'Armée secrète, arrêté à Paris. A cette réunion se présente René Hardy, arrêté, puis libéré quelques jours auparavant. Le jeune homme est suivi par la Gestapo qui ne tarde pas à envahir la maison et arrête tous les occupants. Jean Moulin est interrogé et torturé par Klaus Barbie mais il ne parla jamais. Envoyé à Berlin par chemin de fer, il est déclaré mort, le 8 juillet 1943, en gare de Metz, alors en territoire allemand. Sur l'arrestation de Caluire, beaucoup de choses ont été dites, écrites. Trahison ou imprudence ?
« L'arrestation de Jean Moulin à Caluire est le résultat de toutes une série d'imprudences », avance Mme Doré-Rivé. « La période était dangereuse et Jean Moulin prenait beaucoup de risques. Il était en grand danger depuis plusieurs mois».
Le 19 décembre 1964, les cendres du grand héros de la Résistance sont transférées au Panthéon.

Quelques ouvrages sur Jean Moulin :
– Daniel Cordier, « Jean Moulin, l'inconnu du Panthéon », Paris, Jean-Claude Lattès, 1989
– Daniel Cordier, « Jean Moulin, la République des catacombes », Paris, Gallimard, 1999
– Jean-Pierre Azéma, « Jean Moulin », Paris, Perrin, 2003
– Pierre Péan, « Vies et morts de Jean Moulin », Paris, Fayard, 1998
– Jacques Baynac, « Présumé Jean Moulin », Paris, Grasset, 2007
Quel homme était Jean Moulin ? Isabelle Doré-Rivé, directrice du Centre d'Histoire de la Résistance et de la Déportation à Lyon, nous révèle quelques pans de sa personnalité.

Nous connaissons Jean Moulin, le héros de la Résistance, mais que savons-nous de l'homme ?

« Jean Moulin était quelqu'un qui aimait beaucoup la vie, la bonne chère mais aussi les voitures. Il avait beaucoup d'amis et avait une vie mondaine très active. Il était également très sportif et pratiquait assidûment le ski. Mais il était également très travailleur. Sa carrière a, en effet, été rapide et son ascension fulgurante. A l'époque, il était le plus jeune sous-préfet puis le plus jeune préfet de France. »

L'art avait une place particulière dans sa vie…

« C'était un artiste, il peignait et dessinait beaucoup. D'ailleurs certaines de ses œuvres sont exposées au Musée des Beaux-Arts de Bézier, la ville où il a vu le jour. Artiste engagé, il lui arrivait également de faire des caricatures d'hommes politiques de l'époque, qui étaient, par la suite, publiées dans des journaux. Toutes ses œuvres sont signées du pseudonyme de « Romanin », du nom d'un château féodal en ruine, situé près de la demeure familiale à Saint-Andiol. A chacune de ses affectations, il se mêlait au milieu artistique, et s'inspirait des mythes locaux pour ses tableaux. Par exemple, lorsqu'il était sous-préfet de Châteaulin, il s'est beaucoup imprégné des légendes bretonnes. Il fréquentait également les surréalistes, notamment le poète Max Jacob. »

65 ans après sa mort, que reste-t-il du souvenir de Jean Moulin ?

« Sa mémoire est encore vive. Plusieurs écoles, lycées, collèges et l'Université Lyon III portent son nom. Près de 400 rues ont été baptisée « rue Jean Moulin » pour lui rendre hommage. La maison du docteur Dugoujon à Caluire-et-Cuire (69), où Jean Moulin a été arrêté en 1943, va être aménagée en mémorial. Jean Moulin reste la figure emblématique de la Résistance. Il résume à la fois la Résistance Intérieure et la France Libre. J'ai d'ailleurs une petite anecdote, au Centre d'Histoire de la Résistance, nous recevons parfois des élèves non-voyants. Ils reconnaissent Jean Moulin simplement en touchant la statue où il est représenté avec son chapeau et son écharpe. »

Pour en savoir plus :
– Le Centre d'Histoire de la Résistance et de la Déportation (CHRD), 14 avenue Berthelot, Lyon 7ème.
– En ce moment au CHRD, voir l'exposition sur « les objets de Résistance », prolongée jusqu'au 21 septembre 2008.

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