Don de sperme : et si vous deveniez donneur ?

C’est un sujet qui reste encore relativement tabou. Ou qui peut prêter à sourire. Pourtant, le don de sperme peut concerner tous les hommes (ou presque) et n’est pas un acte anodin. Et on parle bien du don que l’on fait directement à l’hôpital, pour aider des familles à devenir parents…

Mais justement, comment se passe concrètement un don de sperme ? Qui est concerné ? Comment s’inscrire en tant que donneur ou receveur (ou plutôt receveuse) ? Ce don donne-t-il lieu à une rémunération ? On va essayer d’y voir plus clair dans cet article…

À qui s’adresse le don de sperme ?

Le don de sperme est notamment régi en France par la loi relative à la bioéthique. Celle-ci stipule notamment qu’un donneur doit avoir entre 18 et 45 ans, qu’il n’est pas tenu d’avoir déjà eu des enfants ni d’obtenir le consentement de sa conjointe (ou son conjoint). Le plus important est qu’il soit en bonne santé.

Le donneur est ainsi dans l’obligation de subir plusieurs examens médicaux : une sérologie, un spermogramme et un caryotype. Il doit également établir son arbre généalogique sur trois générations pour déceler tout risque de maladie génétique qu’il pourrait transmettre à la receveuse. Il lui faut encore subir une nouvelle sérologie quelques mois après le premier examen, avant de procéder au don de sperme.

La receveuse, de son côté, doit avoir moins de 45 ans. Son couple doit répondre au profil suivant :

  • l’homme souffre d’un problème hormonal qui l’empêche de produire des spermatozoïdes.
  • il ne peut avoir de spermatozoïdes de façon constitutionnelle suite à une anomalie génétique.
  • ses canaux sont bouchés.
  • ses spermatozoïdes sont de mauvaise qualité ou endommagés par une biopsie testiculaire.
  • le futur père est une femme dans un couple de transgenres.

La nouvelle loi de bioéthique de 2021 ajoute de nouveaux profils de receveuse :

  • une femme seule ;
  • un couple homosexuel de femmes, mariées ou non.

Le don de sperme peut aussi être utile dans le cas d’un homme qui est amené à suivre des traitements agressifs qui peuvent entrainer une stérilité, comme le traitement de certains cancers. Il s’agit plus exactement de dépôt de sperme. Le sperme sera congelé et pourra servir plus tard lorsque le désir d’enfant se manifestera.

PMA sperme congelé

À quoi sert le don de sperme ?

À l’instar de tout autre don, un don de sperme est anonyme, volontaire et gratuit. En d’autres termes, messieurs, vous ne serez pas rémunéré pour avoir fait don de votre semence.

Le principal objectif d’un don de sperme est d’offrir des cellules sexuelles à un couple, mais pas à n’importe quel couple. Nous venons de voir plus haut les personnes concernées par un don de sperme. Le donneur et le couple receveur ignorent leurs identités respectives. L’enfant né du don de sperme ne peut pas non plus connaître l’identité du donneur.

Le sperme est recueilli en général lors d’un premier rendez-vous après une séance de masturbation (qui n’a rien de glamour, désolé, messieurs). Ce premier recueil permet de vérifier les caractéristiques des spermatozoïdes et l’absence d’infection. Les spermatozoïdes sont ensuite conditionnés dans des paillettes, puis congelés et transférés dans de l’azote liquide. Ils sont conservés dans l’azote liquide à -196°C pendant 6 mois en vue de s’assurer que les examens de santé du donneur sont toujours satisfaisants. Une paillette est décongelée pour évaluer la tolérance des spermatozoïdes à la congélation/décongélation. Le donneur est par la suite informé du nombre de recueils à effectuer en fonction des résultats.

Au moins 6 mois après le dernier recueil, de nouveaux tests sérologiques sont effectués. Au final, seulement près de 50 % des donneurs sont retenus. Les autres sont exclus, soit pour des raisons génétiques, soit parce qu’ils ne reviennent pas pour la prise de sang de contrôle au bout des 6 mois de quarantaine.

Comment se passe l’inscription ?

Voyons comment se passe l’inscription respectivement pour le donneur et les receveurs.

Pour le donneur

Un homme qui souhaite donner son sperme doit s’adresser exclusivement à l’hôpital, et plus précisément à un Centre d’Études et de Conservation des Œufs et du Sperme (on compte 31 CECOS en France en 2022). La procédure comporte bien évidemment certaines démarches :

  • un rendez-vous d’information pour aborder les questions liées au don de sperme : les modalités, la technique, etc.
  • la signature du formulaire de consentement du donneur.
  • un bilan médical portant sur les antécédents familiaux et personnels du donneur, des tests sérologiques pour déterminer son groupe sanguin, un caryotype pour identifier les facteurs de risque de transmission d’une anomalie génétique, une consultation génétique pour détecter la présence éventuelle de virus.
  • un entretien avec un psychologue sur les raisons qui poussent le donneur dans cette démarche et sur ce qu’implique un don.
  • un premier recueil de sperme pour vérifier les caractéristiques des spermatozoïdes et l’absence d’infection. Le recueil de sperme est réalisé par masturbation au centre de don après 3 à 5 jours d’abstinence sexuelle.
  • la congélation des spermatozoïdes.
  • les recueils pour contrôle.
  • une prise de sang contrôle.

Pour les couples receveurs

Les différentes étapes pour la demande de don de sperme sont aussi organisées par le CECOS pour les receveurs. Là aussi, le processus est clairement établi :

  • un premier entretien pour la demande de don de sperme.
  • un entretien avec un psychologue.
  • une consultation gynécologique pour bilan et pour décider de la technique d’AMP (assistance médicale à la procréation, FIV ou IAD) à privilégier.
  • des examens sérologiques.
  • une demande de consentement auprès d’un notaire ou du tribunal.
Don de sperme

Comment se déroule concrètement un don de sperme ?

À l’instar du régime de la PMA, une receveuse qui bénéficie d’un don de sperme peut tenter 6 inséminations et 4 FIV (Fécondation In Vitro). Les couples prioritaires sont ceux qui n’ont pas d’enfant ou encore ceux qui en ont seulement un. L’âge de la receveuse est aussi un critère important, car avec l’âge, le risque d’aneuploïdie (=cellule qui ne possède pas le nombre normal de chromosomes) augmente. Quel que soit le cas, la procédure se passe de la même manière.

Sur le plan juridique

La receveuse et son conjoint, tous les deux futurs parents, doivent passer devant le notaire. L’objectif est d’établir une filiation du couple avant le don. Le but étant d’éviter tout problème autour de la reconnaissance de la parentalité : pas de revendication de paternité du donneur ni de demande de sa responsabilité face à l’enfant.

Sur le plan médical

Un bilan de fertilité est demandé à la receveuse pour décider entre une insémination ou une FIV. Elle doit également voir un médecin biologiste du Centre d’Études et de Conservation des Œufs et du Sperme. Le CECOS gère les dons de spermes et fait en sorte que les donneurs et receveuses aient des caractéristiques physiques similaires.

Sur le plan psychologique

Un entretien psychologique s’avère pertinent pour trouver une réponse aux grands questionnements et aussi pour déterminer comment parler à l’enfant de son histoire.

Voilà, maintenant, vous avez toutes les informations pratiques indispensables pour rejoindre les quelque 300 donneurs de sperme actifs en France, et aider des couples stériles ou ayant des difficultés à procréer.