Woke ou réac : faut-il forcément choisir son camp ?

Quand certains ne jurent que par le passé, d’autres nous incitent à ouvrir les yeux, à ne pas nous endormir ni nous laisser manipuler. Cet appel au réveil, c’est ça, le wokisme. Mais que cache réellement ce néo-anglicisme ? Qu’est-ce que signifie « être woke » dans la vie de tous les jours ? Et si l’on n’est pas woke, dans quel camp se positionne-t-on ? On va essayer d’y voir plus clair dans cet article…

Mais d’abord, c’est quoi le wokisme ?

S’il existe des mots dont vous devez connaître le sens en 2022, la liste commencerait inévitablement par le terme « woke » : eh non, il ne s’agit pas d’une énième technique de cuisine née sur TikTok, mais bel bien d’un réel concept et enjeu qui retourne l’actualité.

Cet anglicisme mis en lumière dans la ville de Ferguson, par les débuts du mouvement Black Lives Matter en 2014, signifie au sens premier « rester éveillé » comme pour dire « ne vous laissez pas endormir ».
D’ailleurs, être « woke », du nom commun « wokisme », se rapproche plus aujourd’hui de la notion de justice sociale que d’un réveil mal réglé : en effet, il s’agit du fait d’être conscient des injustices subies par les minorités -ethniques, sexuelles, religieuses- ou de toutes formes de discrimination, et mobilisé à leur sujet. Jouissant à tort ou à raison d’une définition étoffée au fil des années, le terme est désormais dans la bouche des jeunes générations comme celle des hommes d’Etat, sur fond de récupération politique.

Quels sont les impacts du wokisme au quotidien ?

Mais concrètement, quels sont les changements sociétaux liés au wokisme ? Comment agissent les personnes qui se revendiquent woke ? Comme tout nouveau concept, chaque personne qui s’y reconnaît peut en adopter les codes à sa façon.

Par exemple, lorsque J.K. Rowling (aka l’écrivaine-d’une-saga-qui-n’a-pas-vraiment-marché) a eu des propos tendancieux envers le T (pour personnes transgenres, c’est-à-dire les personnes qui ne vivent pas avec le genre de leur naissance mais avec celui auquel elles s’identifient) de la communauté LGBTQ+, certains membres de Twitter, réseau connu pour son intransigeance et sa réactivité, ont « cancel » l’auteure (de l’anglais « to cancel », « annuler »). Découlant de l’embrasement des réseaux sociaux, le fait de « cancel » une personnalité s’inscrit dans la lignée du wokisme. Les internautes appellent au boycott et/ou aux excuses publiques pour des propos ou attitude que l’on estime déplacés, blessants ou haineux envers un groupe ou une personne. On parle même de cancel culture pour définir ce phénomène.

cancel culture wokisme

Cependant, il n’y a pas que les problématiques sociétales qui les concernent : peu à peu, être woke s’est aussi élargi à l’environnement et au respect de celui-ci. Selon une enquête menée par l’Institut d’études opinion et marketing en 2022, le sort de la planète Terre est une inquiétude centrale pour 91% des 18/30 ans se déclarant prêts à réaliser une action en faveur de l’environnement.

Sur cette thématique également, ils n’hésitent pas à dénoncer. Ainsi, le compte Instagram @laviondebernard recense depuis quelques semaines les trajets du jet privé de Bernard Arnault, première fortune de France à la tête de l’empire LVMH. Comme le souligne le recenseur, monsieur Arnault est largement au-dessus de la moyenne définie dans le cadre des accords de Paris : en un trajet, il consomme trois tonnes de CO² quand la limite est fixée à 2,5 par personne et par an.

Que pensent-ils du terme « woke » ?

Bien entendu, tout le monde n’est pas « cancelable » : c’est également l’une des préoccupations de la jeunesse woke qui en fait un débat central dans son discours. C’est donc chez la génération 18/30 ans que les préoccupations frappent le plus fort. Nous leur avons justement demandé leur avis au sujet de ce terme…

Maëlig, 23 ans : « J’estime que ça représente également les personnes qui s’informent sur ce qu’il se passe dans le monde et s’y intéressent, ils cherchent à s’éduquer et à devenir plus inclusif. Seulement, je me suis senti dépossédé de l’appellation woke quand le terme est arrivé dans le discours politique. »

Les politiques l’ont vidé de son sens et nous font passer, nous et nos combats, pour des gens superficiels et sournois.

Gretta, 26 ans : « La dernière fois, nous en parlions au travail et un de mes collègues a dit ‘ah, vous parlez des islamo-bobo-gauchistes !’ et ça m’a chiffonnée parce que ce n’est pas d’être de gauche que de vouloir le bien du peuple. C’est juste être normal je crois. »

« Etre woke, c’est plus une affaire de déconstruction de ce qu’on a appris, de nos valeurs et je pense que ce peut être positif. »

Si la génération des 18/30 ans est convaincue que ce mouvement peut apporter des bienfaits sociétaux et environnementaux certains, ce n’est pas le cas de tous.

Être woke : utopie ou réel enjeu ?

Au concept de wokisme se heurte celui de « réactionnaire ». Historiquement terme politique, le réactionnaire se méfie du changement et cherche à restaurer le passé ; de fait, il s’oppose naturellement au concept de progressisme dans lequel le wokisme s’inscrit.

Si le réac’ est souvent perçu comme conservateur, il y a malgré tout une différence. Tandis que le conservateur cherche plutôt à éviter le changement (qu’il s’agisse de plan moral, sociétal ou économique), le réactionnaire tend à un changement radical pour retourner dans un modèle passé.

Les réac’ font notamment parler d’eux lorsqu’un débat d’opinion publique fait rage et que tous les plateaux télévisés cherchent de l’audience. Pour illustrer nos propos, quel autre exemple est plus approprié que celui de monsieur Zemmour ? Sujet très largement traité par les grosses chaînes de diffusion, il suscite chez les deux camps de vives émotions : lorsqu’il est opposé à un parti ou idéologie adversaire, nous assistons à une superbe illustration de la friction wokisme/réactionnaire.

Chez les 18/30 ans de la jeunesse woke, l’assimilation du réactionnaire à une droite conservatrice est vite faite. Pour eux, ne pas vouloir participer à un changement dit progressiste relève donc du consentement de cet état sociétal et nombre de heurts s’en sont suivis entre les jeunesses aux idées incompatibles.

Toutefois, on peut concevoir qu’il faille choisir son camp pour certains : être woke ou réac ? Quel que soit le côté de la force que l’on préfère, la liberté d’expression dans le respect de l’autre est un principe fondamental défini par la Constitution française. Quoi qu’il en soit, le mythe de la binarité prend ses marques petit à petit : les facteurs éducatifs, sociologiques et familiaux sont non seulement propres à chacun mais constituent également des déterminants indéniables dans la vision de la société future.

Ainsi, « choisir son camp » est une utopie que proposent les internautes car, comme dirait la romancière Jacqueline Mabit : « La solitude dans une communauté est une lubie chèrement payée ; on ne donne jamais le bénéfice du doute à l’acte accompli en marge des autres. »

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