50 Shades of Grey : l’avènement du « porno à maman »

Le livre phénomène débarque en version française

Fifty Shades of Grey est-il un livre réservé à la gent féminine ? Oui, si l’on s’en tient à son aspect « eau de rose ». Pourtant, la trilogie sado-masochiste initiée par la Britannique E.L. James pourrait aussi bien séduire un public masculin. Nous avons donc décidé de vous en dire un peu plus sur ce livre mystérieux, qui pourrait bien devenir le compagnon de chevet de votre compagne… mais aussi le vôtre.

Plus de 40 millions d’exemplaires vendus

Aux Etats-Unis, Fifty Shades s'est vendu à 32 millions d'exemplaires depuis sa sortie en mai 2011 ; et à plus de 40 millions au niveau mondial, selon l'éditeur Random House. La trilogie a été vendue à 46 pays en 45 langues. A New York, des femmes la lisent dans les bus et le métro, et ses trois tomes s'affichent sans complexe dans le rayon bestsellers des librairies, avec d'autres romances érotiques destinées aux femmes, d'où l'appellation marketing de Mommy porn (« porno pour mamans »).

N'en déplaise à l'image puritaine des Etats-Unis, les Américaines ont dévoré les aventures du très beau, très riche et très dominant Christian Grey, qui n'aime rien moins que fesser sa jeune amante Ana Steele et l'attacher pendant l'amour. Leurs ébats sexuels sont tricotés sur une improbable histoire d'amour, un scénario maigrelet et une écriture répétitive, mais qu'importe: un film est en préparation à Hollywood, et E. L. James, qui n'avait jamais auparavant écrit de livre, est devenue millionnaire.

« J’ai écrit mes petits fantasmes, rien d’autre »

Déjà en avril, elle se disait « stupéfaite par son succès. « C'est la crise de la quarantaine. J'ai écrit mes petits fantasmes, rien d'autre », confiait cette mère de deux ados sur NBC.

De son vrai nom Erika Leonard, elle l'avait d'abord écrit comme une « fanfiction » de la série Twilight, avant de la réécrire et de la proposer sur son site internet, puis de la confier à une petite maison d'édition en ligne australienne. Les livres électroniques ont l'avantage de pouvoir s'acheter et se dévorer en toute discrétion. En quelques mois, Fifty Shades, « qui n'a rien inventé », reconnaît E. L. James, trouve son lectorat. La publication papier suit, une fois les droits rachetés par Random House en mars.

Le « mommy porn », pourquoi ça marche ?

Pour Cindy Hwang, l'éditrice de Sylvia Day – dont le parcours avec le livre Dévoile-moi (« Bared to you ») est similaire à celui de Fifty Shades –, le phénomène du « mommy porn » a réellement commencé « il y a cinq, six ans ». Aidé par l'essor des tablettes numériques, il tient aussi au fait que les femmes ont « désormais une perception plus forte de leur sexualité, et la lecture de tels ouvrages en fait partie ».

Le directeur commercial de Berkley, Rick Pascocello, y voit un marketing réussi. Les couvertures des livres destinés aux hommes sont explicites, pour les femmes, elles « sont beaucoup plus subtiles », dit-il. Dévoile-moi montre deux boutons de manchette, Cinquante nuances de Grey, une cravate grise.

Du côté d'internet et des blogs, l'arrivée de la trilogie Fifty Shades suscite des commentaires passionnés. Les lecteurs de la version originale ne sont pas restés indifférents face à ce best-seller mondial. Certains ont adoré, d'autres détesté. Vous l’aurez compris, la nuance a peu de place au royaume de 50 Shades of Grey. Et comme ce sont les femmes qui en parlent le mieux, voici quelques-uns de leurs avis.

Ce livre, ce n’est pas
que de l’érotisme

Les fans de Twilight se sont naturellement penchés sur le cas d'Anastasia en lisant l'ouvrage d'E.L. James. Le roman est en effet une fanfiction, inspirée des héros de Twilight, Bella et Edward. Sur le blog « Dans notre petite bulle », la fan de la série de Stephenie Meyer écrit : « Si ce livre contient de très nombreuses scènes de sexe très explicites, ce livre n'est pas QUE érotisme, pratiques sexuelles tendancieuses et petites culottes humides, non non non, il y a une vraie histoire, une vraie romance, de vrais personnages charismatiques, et aussi des papillons dans le ventre, que ce soit pour Anastasia, ou pour nous… Surtout que le roman est à la première personne, donc nous sommes dans la tête d'Ana, et c'est souvent très drôle ! Mais aussi très émouvant… » Pour cette lectrice, « cette saga est vraiment addictive, et c'est un énorme coup de cœur ».

Mièvrerie vampiresque et Sade en petite forme

De son côté, une lectrice qui se fait appeler sur la toile Pretty Little Truth écrit sur son blog  qu'elle a apprécié le livre, malgré les longueurs. « Ce roman change beaucoup des livres que j'ai l'habitude de lire. Le côté érotique n'est en fait pas tellement présent. Par exemple, pas de scènes de sexe avant les 150 pages, et quelques-unes par-ci par-là, mais pas non plus des tonnes et des tonnes, ce qui est bien. »

L'exécutive Pétasse, de son côté, qui écrit dans le blog Arsenic et petites culottes, a « beaucoup aimé » le livre même si « on peut dire que l'auteur E.L. James fait vraiment le grand écart entre la mièvrerie vampiresque de Stephenie Meyer et la prose d'un Sade en petite forme ».

« Pire que Marc Levy et Guillaume Musso réunis »

D'autres internautes ont été très déçus par 50 Shades of Grey. Pour Little Caro in Big Apple, cette trilogie s'avère « pire que Marc Levy et Guillaume Musso réunis, pire qu'un roman rose de la collection Harlequin ». La blogueuse, qui ne mâche pas ses mots, déconseille clairement la lecture du livre. « 50 Shades of Grey est une sorte de version salée de Twilight (là, j'aurais dû vraiment me méfier!). Les histoires neuneus de vampires mises gentiment à la sauce sado maso, je souligne deux fois le gentiment car il n'y a vraiment pas de quoi faire rougir dans les foyers, on s'endormirait presque pendant les scènes 'hot' ».

Mademoiselle Catherine confirme elle-aussi cette déception des lectrices et lecteurs de la trilogie. Pour la blogueuse, l'histoire se rapproche davantage d'un livre de la collection Harlequin que de la réalité : « E.L. James semble avant tout prendre ses désirs de desperate housewife pour des réalités et n'est de toute évidence pas du tout au fait des us et coutumes extrêmement codifiés qui sont d'application dans les milieux sadomasochistes ».

Une vision négative des femmes ?

Outre la déception face au style et à l'histoire, la blogueuse Deedee souligne la vision négative des femmes portée par ce roman. « Je ne vous joue pas le couplet de la féministe engagée, mais quand même… il y a ce je ne sais quoi de totalement dérangeant sur la vision des femmes induite par ce livre. L'étudiante en littérature et par ailleurs niaise comme pas deux et globalement décérébrée, la mère de la cruche remariée 3 fois (mais c'est normal, on est aux US !), la vierge qui découvre l'amour, les clichés, là encore, sur la gent féminine ».

Si certaines blogueuses ont donc la dent dure, les lecteurs et lectrices vont pouvoir se faire leur propre idée rapidement. Sorti en librairie ce 17 octobre 2012, 50 Shades of Grey pourrait bien devenir le phénomène littéraire de la fin d’année en France. Et pas seulement qu’auprès des femmes, vous l’aurez compris !

Partager