La génération de l’image ?

Les ados passent du temps devant les écrans : smartphones, tablettes ou ordinateurs. Pourquoi ? Parce qu’ils ont besoin de 3 essentiels : structurer leur temps, recevoir des stimulations et obtenir de la reconnaissance. Mais comment cadrer ces nouveaux passe-temps dont le fonctionnement comme le sens échappent parfois aux parents ?

Aspirations adolescentes

Les adolescents ont besoin de se mettre en retrait par rapport au monde adulte, dans un monde qui est à eux, c’est là leurs premiers pas vers l’autonomie. C’est un âge où ils rencontrent leurs pairs, se comparent, se mesurent, se découvrent : les applications ou les appels leur permettent des échanges sur ce mode, quand bien même certains sont virtuels. Ils n’ont pas conscience de ces besoins : la publicité en joue via les notifications (stimulations) et le jeu leur donne les reconnaissances qu’ils attendent. Ils en éprouvent un réel plaisir, mais qu’en est-il de la qualité comparé à la réalité de la vie ? La stimulation, vous l’avez compris, leur parle plutôt de quantité. Pourtant quand on explique à un adolescent les problématiques liées aux écrans, il les comprend.

Les rituels

Le producteur d’une application crée une habitude entre les actualisations, les notifications et les répétitions de tâches elles-mêmes génératrices de rituels. Certains jeux vidéos demandent des connexions quotidiennes pour valoriser son personnage sur le mode « plus je joue, plus je suis meilleur ». Et cela connote l’addiction. D’autres créent l’illusion comme ce jeu de football où l’enfant touche la balle à chaque passe contrairement à la réalité d’un terrain. Quand à la différence entre les sexes, statistiquement, les garçons se photographient moins que les filles, mais génèrent plus de micro paiements sur les plateformes. Un like, une notification, c’est une forme de dopamine. Certains vont se détourner de la vie réelle où ils ne trouvent pas tant de gratitude. La communication authentique peut alors perdre de son intérêt.

Se sentir reconnu, c’est se sentir exister

Les adolescents sont tous unanimes sur un point : ils ne veulent plus du monde de l’enfance. Bonjour le monde des adultes : mais qui y seront-ils ? Pour le savoir, ils attendent de la reconnaissance. Elle influence leur estime d’eux-mêmes. Les parents et les professeurs l’alimentent par des feed-back conditionnels sur le FAIRE et inconditionnels sur l’ÊTRE, positifs ou négatifs.

Voyons-en les couleurs et les conséquences :

Positifs sur le FAIRE :

Le prof dit « tu as produit un travail de qualité, bravo ! »
L’écran dit « tu as bien joué ! ». La distraction étant essentielle, laissons-lui ce plaisir.

Positifs sur l’ÊTRE :

Le parent valorise la compétence de l’ado sur le mode « tu es très doué en dessin » et certains font bien d’ajouter « je suis fier de toi ».
Le jeu valorise le fait d’être « le premier », diffuse une photo et des « like ». Et c’est là que la reconnaissance virtuelle pourrait lui sembler plus facile que dans la vraie vie. Faut-il s’inquiéter de la capacité de l’ado à discerner combien les difficultés inhérentes à tout parcours de vie demanderont persévérance, communication et négociation ?

Négatifs sur le FAIRE :

Le parent conseille précisément (fort de son expérience) où son ado peut s’améliorer mais l’écran souligne la perte de points, diffuse les résultats sur les réseaux sociaux. La déception est grande, elle est exposée au jugement de l’autre et à la honte toxique. Le joueur s’est peut-être identifié au personnage, il se confond dans son identité et prend cet échec virtuel pour lui. C’est là toute la dangerosité des jeux addictifs en ce qu’ils produisent un feed-back négatif sur l’ÊTRE. La confiance en soi est mise à rude épreuve. La tristesse et la peur sont exprimées par la colère.

Comment gérer les écrans avec eux ?

Posez un cadre et faire autorité

Cela signifie apporter une sécurité bienveillante constante et non tyrannique. Il y a des règles à fixer en restant souple et en lui ménageant de vrais espaces de liberté. Comme tout système éducatif, on doit poser des limites claires et précises. Nul besoin de préciser qu’il vaut mieux harmoniser une ligne directrice entre les deux parents pour éviter que l’ado n’en joue. Avec le petit, vous exerciez une autorité fonctionnelle (« mets ton manteau parce qu’il fait froid ») mais avec l’ado, vous dispensez une autorité relationnelle : c’est comme un partenariat qui dirait « à quelle heure tu proposes d’éteindre l’ordi ? Et toi, qu’est-ce que tu attends de moi ? » Les règles fixées à 50/50 seront respectées.

Responsabilisez

En route vers l’autonomie en lui donnant des responsabilités car ce faisant, vous lui donnez le choix sur la façon d’atteindre les objectifs. Il a plus de « pouvoir » dans la relation. Certains parents laissent l’ordinateur dans la pièce commune et vous pouvez même vous intéresser à ces jeux et poser des questions. L’ado se sent valorisé et non contrôlé. Et là, habilement, vous pouvez lui faire prendre conscience qu’il y a là une dimension marketing importante qui vise son porte-monnaie et non la réelle reconnaissance de ses compétences au jeu. Or à d’autres moments, vous pouvez féliciter la dextérité et l’adresse dont il fait preuve sur tel ou tel jeu, parce que ces qualités vous les avez remarquées chez lui, dans des activités autres que virtuelles…

Répondez aux besoins de l’ado

Organisez des activités de substitutions aux écrans. Son pote de classe est parti en randonnée ce week-end ? Et vous ? Sortez au restaurant avec lui en privilégiant les têtes à têtes : maman et sa fille, papa et son garçon. Les ados adorent être privilégiés.
Favorisez le numérique participatif : « Tu connais un jeu où on pourrait jouer tous ensemble ? Tu aimerais nous apprendre comment faire ? »
Valorisez les domaines où il s’échappe des écrans. Il s’est occupé de la cuisson des pâtes ce soir ? « Elles sont parfaites ! Qu’est-ce que tu saurais faire d’autre mon petit chef étoilé ? » L’ado doit prendre conscience de ses qualités et de ses compétences pour sa construction.
Apportez toujours de la reconnaissance à votre ado et privilégiez la dimension « création-apprentissage » pour l’éloigner du « tout tout de suite » totalement irréel.

Communiquez

Discutez avec lui des écrans, intéressez-vous à ses jeux.

Privilégiez les messages-JE : « je trouve que ce jeu est violent et je m’inquiète des conséquences de ces images pour toi, qu’est-ce que tu ferais à ma place ? » plutôt que « tu t’intéresses beaucoup trop à cette violence, je ne t’ai pas élevé comme ça ».
Posez des questions ouvertes pour qu’il puisse s’exprimer : « Comment est-ce que le joueur sait qu’il est arrivé au bout de ce jeu ? » au lieu de « ça se termine un jour ton histoire ? »
Soyez toujours disponible pour un ado.

Discutez avec lui des écrans, intéressez-vous à ses jeux.

Privilégiez les messages-JE : « je trouve que ce jeu est violent et je m’inquiète des conséquences de ces images pour toi, qu’est-ce que tu ferais à ma place ? » plutôt que « tu t’intéresses beaucoup trop à cette violence, je ne t’ai pas élevé comme ça ».
Posez des questions ouvertes pour qu’il puisse s’exprimer : « Comment est-ce que le joueur sait qu’il est arrivé au bout de ce jeu ? » au lieu de « ça se termine un jour ton histoire ? »

Soyez toujours disponible pour un ado.

Les parents ne peuvent pas imiter l’ado, mais montrer l’exemple oui. Variez vos activités, faites-le participer tout en lui laissant des moments rien qu’à lui, avec ses écrans, ses amis. Nourrissez son estime de lui-même en le responsabilisant et en l’encourageant pour tout ce pour quoi vous le jugerez apte selon son âge et de manière cohérente.

Et le plus important, c’est de surveiller votre discours intérieur : que penser d’un parent qui valide « mon fils, il est comme moi », laissant peu d’envergure à l’expression de sa propre personnalité ? Et de celui qui galvauderait toute motivation par un « dans notre famille, on n’est pas doué pour ça » ? Et vous, comment regardez-vous votre ado ?

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