L’écume des jours : un film qui évite la noyade

Michel Gondry adapte poétiquement un livre inadaptable

Jusque-là, peu ont osé s'aventurer à adapter une telle oeuvre de la littérature française. L'écume des jours n'est effectivement pas la plus simple… Son auteur, Boris Vian, l'a inscrite dans un surréalisme la rendant plus que difficile à porter à l'écran, sauf à y associer un cinéaste tel que Michel Gondry, y apportant sa vision et son interprétation de l'ouvrage.

Un film extrêmement riche

Gondry, homme au CV éclectique et au parcours atypique, réussit cette alchimie en nous plongeant dans la fantaisie et la magie de l’ouvrage dès les premiers instants du film. Extrêmement riche visuellement, le film réussit le tour de force de conserver l’émotion et la substance de l’oeuvre.

L’histoire d’amour des deux protagonistes est au centre de l’histoire, et prend forme à l’image tel que Vian l’avait sans doute imaginée dans son ouvrage.

Le riche casting sert le film, Audrey Tautou et Romain Duris formant un couple crédible et évoluant dans ce monde imaginé de bric-à-brac rarement étoffé d’effets spéciaux, ce qui tend à faire de cette Ecume des Jours une adaptation réussie, et même plus : une œuvre aussi intemporelle que le livre.

Sortie le 24 avril 2013
Note de la rédaction : ★★★★★

 

L’adaptation du roman de Boris Vian

Le réalisateur Michel Gondry, d’après une suggestion du producteur Luc Bossi, s’est inspiré du roman de Boris Vian, du même nom. Paru en 1947, il ne connut pas de succès du vivant de son auteur. Depuis, son oeuvre déroutante a été adaptée à maintes reprises en spectacle, pièce de théâtre, opéra…

Une version cinématographique était même sortie en 1968, par Charles Belmont, qui est plutôt passée inaperçue. Le réalisateur a découvert pour la première fois le livre alors qu'il était adolescent. Il reconnait qu’il est difficile de donner sa vision personnelle d’une telle oeuvre, que chacun s’est appropriée, recréant des images selon sa propre imagination.

Un réalisateur à l’imagination sans limite

Dès « Human nature » en 2001, Michel Gondry fait preuve de son audace et de sa créativité. Dans cette fable, singulière, il s’interroge autour de l’innocence et de la pureté. Par la suite, le réalisateur a régulièrement proposé des films atypiques dans le même style onirique : Eternal Sunshine of the Spotless Mind (2004), comédie romantico-futuriste américaine, la Science des rêves (2006), dans lequel un rêveur à la vie monotone tombe amoureux de sa voisine. Ces différents scénarios rappellent quelques éléments de l’Ecume des jours.

Un casting 100% français

On retrouve le duo Romain Duris et Audrey Tautou qui formait déjà un couple dans L’Auberge Espagnole et les Poupées russes, il y a quelques années. Aïssa Maïga leur donnait aussi la réplique à l’époque. Ici, le couple qu’ils forment est bien plus mûr. Des personnalités de la scène humoristique française se sont joints à eux : Gad Elmaleh, Omar Sy, Alain Chabat ou encore l’ancienne miss Meteo du « Grand Journal » de Canal Plus Charlotte Le Bon.

A noter que l’on retrouvera Romain et Audrey dans Casse-tête chinois à la fin de l’année 2013, qui n’est autre que la suite de l’Auberge espagnole et des Poupées russes.

La photographie

Christophe Beaucarne, le directeur de la photographie du film est aussi celui de Perfect Mothers, sorti au début du mois d’avril. Ce dernier a également opéré dans les films de Cédric Klapisch, le réalisateur de l’Auberge Espagnole dans lequel jouent les 2 acteurs principaux, Romain Duris et Audrey Tautou.

L'influence des années 1970

Le réalisateur partage avec Christophe Beaucarne l’influence des années 70 : ils ont tous les deux grandi dans cette décennie, c’est peut-être ce qui donne la « tonalité mélancolique » au film.

La couleur dans la décroissance

La couleur présente dans le début du film laisse peu à peu la place au noir et blanc, correspondant à l’avancée de la maladie dans le corps de Chloé. A mesure que le temps passe, Michel Gondry provoque ainsi un froid glacial, une deuxième moitié en forme de descente aux enfers.

Des objets presque plus vivants que les personnages

Dans son film, Michel Gondry donne vie aux objets et détourne parfois leur utilisation. C’est leur environnement qui reflète la personnalité des protagonistes, en insistant sur leur rapport particulier aux objets. Cette approche est déterminante pour l'élaboration des décors de l'Écume des jours : certaines représentations du film sont précisément fidèles à leur description dans le livre, d'autres ont été reconstituées avec davantage de liberté.

Des effets spéciaux recherchés

L'équipe technique du film s'est tournée de préférence vers des effets spéciaux mécaniques plutôt que numériques. D’après le réalisateur, cela est bien plus compliqué que de tourner sur fond vert. Michel Gondry a aussi fait appel à l'animation, en tant qu’effet esthétique (par exemple pour les plats créés par Nicolas) mais aussi comme source d'inspiration (pour reconstituer le Biglemoi, la fameuse danse jazzy inventée par Boris Vian). Selon le moment où l’on se trouve dans l’histoire, le décor a été recréé en studio alors que, dans d’autres scènes, le tournage a eu lieu dans un vrai décor. La répétition de la même situation en utilisant deux méthodes de prises de vues différentes crée un contraste évocateur entre la mémoire et la réalité.

Une BO par un ami du réalisateur

La musique du film est composée par un complice de Michel Gondry, Etienne Charry. Ensemble, ils ont cofondé le groupe de rock « Oui Oui » dans les années 80.

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