Romain Attanasio, c'est bien l'homme qui prend la mer

Comment se prépare-t-on à une aventure telle que la Route du Rhum ?

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Le 4 novembre 2018, à 14h02 précises, 123 skippers vont prendre le départ de la Route du Rhum, à Saint-Malo. Parmi eux, Romain Attanasio.

Romain Attanasio, c'est bien l'homme qui prend la mer
Eric Gachet ©
Ludovic Bonnet

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Il y a quelques semaines, je lançais un pavé dans la mare (ouais, même pas peur) en interrogeant David Cholez : "Faut-il être fou pour courir de l'ultra-longue distance ?" Aujourd'hui, c'est un autre "sportif de l'extrême" qui a répondu à cette même question : Romain Attanasio, navigateur de son état, qui va prendre la départ de la Route du Rhum 2018, le 4 novembre à Saint-Malo.

La Route du Rhum, c'est quoi ?

Si vous n'êtes pas un expert de l'univers nautique, un petit rappel s'impose. La Route du Rhum est une course transatlantique en solitaire, organisée tous les 4 ans, entre Saint-Malo et Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe.

La première édition, marquée par la disparition en course d'Alain Colas à bord de son trimaran Manureva, a été organisée en 1978. Inutile d'avoir la grosse bosse des maths pour comprendre que la Route du Rhum fête ses 40 ans cette année.

Pour cette 11ème édition, 123 skippers prendront le départ depuis la Bretagne. Soit 32 de plus qu'il y a 4 ans (ils n'étaient que 36 en 1978). Ces hommes et ces femmes s'élanceront avec, pour certains, l'objectif de battre le record de la traversée, établi en 2014 par Loïck Peyron : 7 jours, 15 heures, 8 minutes et 32 secondes. Il se murmure que le vainqueur 2018 passera sous les 7 jours.

Parmi ces aventuriers du grand large, on retrouve les grands noms de la voile comme favoris : François Gabart, Thomas Coville, Armel le Cléac'h dans la catégorie Ultime (trimarans), Jérémie Beyou, Vincent Riou, Alex Thomson chez les Imoca (monocoques). C'est dans cette dernière catégorie que sera engagé Romain Attanasio, à bord de PURE – Famille Mary.

Romain Attanasio, des pistes enneigées au grand large

De nombreux portraits ont déjà été consacrés à Romain Attanasio. Et tous ou presque débutent de la même façon : rien ne semblait prédestiner cet homme à devenir marin.

Ce quadra est né le 26 juin 1977 dans les Hautes Alpes. Issu d'une famille de skieurs, on l'imaginait plus travailler le planter de bâton, en devenant moniteur de ski, guide de haute montagne voire skieur de haut niveau. C'est l'un de ses oncles, breton, qui lui a fait découvrir le bateau quand il était enfant. Et c'est en 1990 qu'il a définitivement chopé le virus : "J'avais été envoyé en pension dans l'Aisne et je 'm'évadais' en regardant les exploits de Florence Arthaud (première femme à avoir remporté l'épreuve) à la télé. Cette course m'a vraiment donné envie de faire pareil !"

C'est ainsi qu'il commence à prendre des cours de voile, avant de faire ses classes en "laser". Jusqu'en 1999, où il participe à sa première course, la Mini Transat. Et là, c'est le drame... Enfin, presque : son navire coule au bout de 5 jours au large du golfe de Gascogne. "A 20 ans, on s'en fout ! J'ai été hélitreuillé puis rapatrié en Espagne, mais pas de quoi me dégoûter !" Année après année, il fourbit ses armes aux côtés de navigateurs de renom comme Michel Desjoyaux, et participe finalement à son premier Vendée Globe (le tour du monde en solitaire) fin 2016. Une course qu'il boucle à la 15ème place, en 109 jours 22 heures et 4 minutes.

Deux ans plus tard, c'est la Route du Rhum qui l'attend. Une première pour lui et une belle façon de "boucler la boucle", en participant à LA course qui lui a donné envie de se jeter à l'eau.


Interview de Romain Attanasio, skipper en solitaire


Romain Attanasio sur son voilier monocoque Imoca


Romain Attanasio à l'intérieur de son bateau

La course en solitaire, une folie ?

C'est ici que l'on revient à ma question initiale : "Faut-il être fou pour partir seul en mer sur un bateau ?" Ou, en d'autres termes : "Mais qu'est-ce qui t'a poussé à prendre le large ?"

La réponse de Romain me rappelle celle de David Cholez : "C'est avant tout un défi avec soi-même. On se retrouve tout seul. Mais c'est vrai qu'on se pose la question tous les jours : 'qu'est-ce que je fous là ?'. Et puis là, je me dis que c'est moi qui l'ai choisi, j'ai soulé tout le monde pour venir là. Et puis bon, si on abandonne, on peut pas juste rentrer chez soi en 5 minutes, il faut se refaire tout le trajet en bateau."

Au quotidien, pendant une course, les émotions suivent le rythme des vagues. Il y a des hauts et des bas. "C'est dur, quand on se retrouve dans le mauvais temps, au milieu des cargos et des autres concurrents, il faut être en permanence sur le qui-vive. Quand il fait nuit noire, sans la moindre lumière, on se retrouve parfois dans des situations scabreuses. Du coup, on se parle tout le temps à soi-même, on rigole et on pleure plusieurs fois par jour."

Mais au final, il semblerait que l'on "oublie les mauvais moments pour ne garder que les bons", sourit celui qui se considère comme un "Jacky de la mer" : "Il y en a qui bichonnent leur voiture et adore ça. Moi, c'est pareil, mais avec les bateaux. Et j'aime l'idée d'un homme et de son bateau, qui font corps l'un avec l'autre." Sur ce point, difficile de ne pas être d'accord : il me paraît inconcevable de partir seul à l'assaut de l'océan si on n'aime pas ça !

Comment se prépare-t-on pour une course au large ?

Mais avant d'en arriver là, il faut se préparer. Et cela demande du temps. Car pour participer à une course, la première étape consiste à trouver un financement, des sponsors. "Les gens n'ont pas forcément conscience de tout le travail qu'il y a en amont : monter le projet, aller voir le banquier, négocier avec les partenaires... Trouver de l'argent et naviguer, c'est deux métiers différents, mais il faut être capable de faire les deux, c'est aussi ça qui me plaît."

Fort de son expérience, le skipper de PURE – Famille Mary peut compter sur des partenaires fidèles. Et peaufiner son entraînement à bord de son monocoque. Avec d'autres marins, il enchaîne les bouées au vent, répète les manoeuvres les plus techniques, travaille sur la vitesse du bateau. Car pour le foncier, maintenant, c'est trop tard !

"La condition physique pure, on la travaille tout au long de l'année, notamment avec du cross training 2 fois par semaine. Puis, au fur et à mesure que la course approche, on se concentre surtout sur le bateau. On se met en condition course, on fait de l'observation météo. Tout doit être préparé au millimètre car une fois qu'on est en pleine mer, c'est trop tard. Surtout pendant une course en solitaire."
Faire une ou deux nuits blanches par semaine pour se mettre en condition et préparer sa pharmacie sont deux étapes tout aussi importantes de "l'entraînement".

La Route du Rhum 2018, une course particulière ?

On l'a dit, la Route du Rhum est la course qui a donné envie à Romain de se jeter à l'eau. On peut donc imaginer ce que représente cette première participation pour lui. Mais l'autre particularité de Romain Attanasio, c'est qu'il va retrouver face à lui une certaine Samantha Davies, sa compagne à la ville, à la barre du monocoque Initiatives - Coeur.

Est-ce que naviguer en couple fait naître une pression supplémentaire ? "Pas vraiment, non, parce qu'on a l'habitude de ça et parce qu'on n'a pas les mêmes bateaux, pas les mêmes armes. Sam dispose d'un bateau plus récent, donc plus rapide que le mien. On ne voit donc pas ça comme de la concurrence. Et puis, c'est toujours plus sympa pendant la préparation !"

Pendant les courses, Romain reconnaît qu'il jette régulièrement un oeil à la position de Sam, à sa progression. Un bon moyen pour naviguer à deux en solo ! Mais pas question de se déconcentrer pour autant : "Sur une course comme la Route du Rhum, qui est comme un sprint à la voile, on sait qu'on doit tout donner pendant 12 jours. On est à fond, dans le rouge. Après seulement, on relâche la pression." Avec, en point d'orgue, la possibilité de passer quelques courts jours de vacances en amoureux en Guadeloupe.

Tout pour la voile... ou presque !

Loin de là, en métropole, Romain et Samantha seront suivis avec attention par un certain Ruben, leur fils. Un petit garçon qui semble déjà avoir contracté le virus de la voile. "Mais il n'a que 7 ans, donc il a encore le temps avant de se lancer dans des courses en solitaire !"

Faut-il comprendre que la voile est le seul sujet de conversation de la famille Davies-Attanasio à la maison ? "C'est sûr que c'est difficile de décrocher, mais on y arrive quand même ! J'aime bien faire du kickboxing. Avant, je faisais aussi du kite surf et de la moto, mais je n'ai plus vraiment le temps."

En dehors des périodes de course, Romain, Samantha et Ruben ne sont jamais très loin de la mer, eux qui vivent en Bretagne, du côté de Trégunc. Un bon moyen pour profiter de leur passion commune en famille tout en préparant les prochaines échéances. Après la Route du Rhum, Romain Attanasio vise la Transat en Double Jacques Vabre en 2019 puis le Vendée Globe en 2020.


PURE - Famille Mary, le voilier de Romain Attanasio


PURE - Famille Mary, le monocoque Imoca de Romain Attanasio


Interview de Romain Attanasio : faut-il être fou pour faire des courses à la voile en solitaire ?


Romain Attanasio va participer à la Route du Rhum 2018

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