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Il y a 7 jours

Que vaut Ted Lasso, la série originale Apple TV+ primée aux Golden Globes ?

Si la mode du moment est plutôt aux dystopies et aux drames bien noirs, il y a des séries comme Ted Lasso (Apple TV+) qui sortent du lot en choisissant les bons sentiments, la clownerie et les grosses ficelles. Et c’est tant mieux ! Une série réconfort à regarder pour se vider la tête.

Lasso est un petit entraîneur de football universitaire américain qui se retrouve à la tête d’une équipe de Premier League à Londres, malgré l’ignorance du jeu. Il est enthousiaste, imperturbable face son inexpérience et bien décidé à mener son équipe à la victoire, malgré un comité d’accueil plus que sceptique.

À l’origine, Ted Lasso était un personnage bouffon, un archétype créé par Jason Sudeikis pour la chaîne NBC Sports qui cherchait à faire le buzz autour de sa couverture de la Premier League. Mélange mystifiant d’ignorance et de confiance des hommes américains, en particulier en ce qui concerne le sport et plus particulièrement le football, Ted a été conçu pour des blagues rapides, et pas franchement pour une sitcom de plusieurs saisons.

Ainsi, plutôt que de s’en tenir à ce personnage rapidement esquissé (et de produire une parodie de séparation des frontières se moquant des deux versions du football), Sudeikis et le scénariste-producteur expérimenté de sitcom Bill Lawrence (dont les nombreux crédits incluent Scrubs, Cougar Town et The Nanny), ainsi que les co-développeurs Jeff Ingold et Lisa Katzer, ont transformé leur étoile en un incontournable américain : le papa gâteau adorable et bienveillant.

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Aussi sur-utilisé que puisse être la configuration du poisson hors de l’eau, c’est une construction intemporelle qui lorsqu’elle est soutenue par une écriture pointue et une certaine conscience du caractère éculé du sous-genre, peut toujours être incroyablement drôle. Mais Sudeikis et Lawrence restent cantonnés au simple niveau de lecture et se complaisent dans une série d’affrontements culturels de base assez prévisibles.

Mangeurs de hot-dogs et buveurs de thé n’auront de cesse de comparer leurs états d’esprit, leurs expressions mais surtout leurs manières de faire : il demande un café mais tout ce qu’ils ont, c’est du thé ; il ne connaît pas la règle du hors-jeu ; il préfère la cuisine indienne mais c’est tellement épicé que ça lui donne des maux d’estomac… C’est parfois drôle mais aussi souvent maladroit et même parfois enraciné dans des stéréotypes discutables. On pense notamment au joueur nigérian trop enthousiaste qui insiste pour se lier d’amitié avec tout le monde.

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Mais ces nombreux clichés sur les joueurs de “soccer” écervelés et autre supporters bourrus pourraient encore passer si le personnage principal Ted Lasso, à l’origine même de l’intrigue, était foncièrement intéressant (ou drôle) ou assez substantiel pour justifier une expansion commerciale vers la sitcom.

Il est plein de bonne volonté et chaleureux mais aussi assez arrogant pour penser qu’il peut accomplir une tâche impossible sans y accorder le moindre effort. Un problème qui, du moins dans les premiers épisodes, n’est pas suffisamment exploré. On s’attend à ce que nous l’aimions dès le départ mais la sauce ne prend pas comme escompté, et ce malgré la bonne volonté de Sudeikis. Il faudrait un bien meilleur script pour que cette connexion immédiate fonctionne.

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Au lieu de cela, ce sont les acteurs britanniques qui se montrent plus engageants avec des personnages légèrement plus nuancés à jouer, notamment sur les rôles féminins avec Hannah Waddingham (Unella dans Games of Thrones) en nouvelle patronne et Juno Temple (Maléfique : Le Pouvoir du Mal) en tant que “wag” (copine de sportif) avertie, sans oublier Nick Mohammed, qui a surement la meilleure partition comique du show, en tant que nouveau bras droit de Lasso.

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On réalise donc qu’on a affaire à une comédie sportive dans le plus simple appareil, tout ce qu’elle a de plus anodin, de plus conventionnel et de plus artificiel, aussi bien dans le sujet, la forme que le traitement. Une fois la déconvenue passée, on est en mesure d’apprécier tous les atouts qu’offre cette charmante comédie lumineuse.

C’est peut-être grâce à ça que Ted Lasso arrive à frapper juste malgré tout. L’esprit décalé, le contexte et les intrigues secondaires prennent vite le relais (l’âgisme, le machisme, le girl-power, la pression de la réussite à tout prix, l’affirmation de soi…) et le manque total de cynisme chez Ted rend le tout plutôt réconfortant. Et puis son casting de personnages est tellement facile à aimer…

Précisons tout de même que l’acteur Jason Sudeikis a remporté début mars le Golden Globes du Meilleur acteur dans une série comique ou musicale, la première récompense pour la plateforme de streaming pommée. Une reconnaissance méritée tant son interprétation clownesque non sans quelques nuances occupe l’écran.

En bref, Ted Lasso est une comédie qui n’est pas parfaite et qui ne causera certainement pas l’hilarité mais qui colle au visage un sourire qui fait du bien, capable de vous accompagner une fois l’épisode terminé. Une série feel-good sans prétentions que l’on regarde pour se vider la tête.

Réjouissez-vous, la série a été renouvelée pour deux saisons supplémentaires et la saison 2 est actuellement en tournage.

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