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Il y a 6 ans

Mode homme à Paris : quelles tendances pour 2015

Décryptage des tendances vues lors des défilés printemps-été 2015

Valentino, Carven et Walter Van Beirendonck avaient bien lancé les hostilités, lors du premier jour des défilés masculins à Paris. Pour la saison printemps-été 2015, la mode homme est loin d'être répétitive : sombres ou colorées, portables ou excentriques, les propositions peuvent être radicalement différentes.

Valentino : décontracté mais en toute élégance

L'homme Valentino entend bien sortir du lot, avec un vestiaire "prêt à démonter les règles", selon le dogme proposé par le duo de stylistes Maria Grazia Chiuri et Pierpaolo Piccoli.

La silhouette est souple, faussement décontractée, dans une détente très contrôlée et élégante : beaucoup d'imprimés amalgamés dans un faux désordre. Le pyjama s'invite en ville et la chemise se porte officiellement sur le pantalon. Le camouflage militaire revient en majesté, mais dans de belles matières très chics, comme des toiles de cachemire et de soie.

L'homme Valentino pourra aussi se lover dans des blousons de drap brodé de petits papillons ou des trenchs débarrassés de leur boutonnage devenu superflu.

Au premier rang des invités, sous les ors de l'hôtel Salomon de Rothschild, dans le chic 8ème arrondissement : le chanteur italien Eros Ramazzotti et l'actrice Clotilde Courau, princesse de Savoie et du Piémont.

La mode folle de Walter Van Beirendonck

C'est devenu une signature : Walter Van Beirendonck refuse le noir et le gris. Le Belge, qui a fait partie du groupe des Six d'Anvers, dans les années 80, avec notamment Ann Demeulemeester et Dries Van Noten, a une nouvelle fois imaginé une mode colorée, pop art, qui semble sans limite.

Le défilé commence avec de larges pantalons clairs, portés avec des vestes aux motifs japonisants: des fleurs sur fond bleu, vert puis rouge. Des boutons remplacent les coutures latérales sur vestes et chemises déconstruites. Les premières silhouettes, assez dandy, sont finalement classiques par rapport à la suite du show.

Des gueules ensanglantées de requin sont représentées sur un caleçon, une veste, une tunique. De grandes armes barrent le dos de certains mannequins. D'autres, en quête de douceur, préfèreront un chaton sur une tunique, ou bien un ciel bleu qui tombe dans une mer calme.

Les accessoires ne sont pas plus sobres. Les mannequins portent des casquettes qui se prolongent d'un aileron ou d'une planche de surf. Tout dépend de l'interprétation de chacun.

 

Des apprentis chics chez Carven

Du marine, du noir, du gris. Des pantalons, des pulls et même des cols roulés. On en oublierait presque que la collection qui défile est pour le printemps et l'été prochains. "J'ai eu envie de repenser la notion d'été", explique en coulisses le créateur Guillaume Henry. "Qu'est-ce que c'est l'été? Une chemise hawaïenne?", interroge-t-il. Pas de fleur, en effet, dans cette collection, ni de couleur, à part un orange fluo qui réveille deux silhouettes du défilé.

Guillaume Henry s'est inspiré des jeunes apprentis boulangers et bouchers qu'il croise "le matin tôt dans les rues en allant travailler". "Ils utilisent des vêtements de sport, fonctionnels. Ils ont une allure cool". Les mannequins défilent sandales au pied. Le pantalon de jogging est redessiné pour être plus habillé, au point de se porter avec une veste.

Au milieu de mannequins à peine sortis de l'adolescence, trois filles défilent, en mini-robe, rappelant que Carven, c'est aussi (et surtout) une marque pour les jeunes femmes.

De l'austérité chez Raf Simons

Dans les défilés, le premier rang est toujours très convoité mais cette fois, avec le Belge Raf Simons, tous les invités étaient logés à la même enseigne : debout ! Lumière rouge, musique angoissante. Les premiers mannequins font penser à des prisonniers auxquels ils auraient emprunté leurs uniformes. Le visage fermé, ils portent une chemise avec un écusson et une photo sur la poitrine, comme un numéro pour les identifier.

Raf Simons, qui est également le directeur artistique de Christian Dior pour la femme, a créé une collection très austère, bien au-delà de l'épure. Les tons sombres dominent, les vêtements semblent faits pour le froid.

L'an dernier, les hommes montraient leurs jambes en bermuda, cette fois, ils dévoilent leurs bras, uniquement, s'ils sont en débardeurs en laine. Aux pieds, ils alternent entre tennis mode et simples sandales noires mais portées avec des chaussettes noires ! Eté, vous avez dit été ?

L'homme de la rue préfèrera-t-il une mode classique ou sportswear, au printemps et à l'été 2015? A moins qu'il opte pour un mélange des genres, comme chez Givenchy, Maison Martin Margiela et KrisVanAssche, qui ont défilé à Paris.

Le citadin de Maison Martin Margiela

Le rendez-vous était donné dans une tour désamiantée et rénovée de l'université Pierre et Marie Curie. Décors urbains pour une collection destinée à un citadin.

On y trouve des pièces classiques, comme des costumes, dans lesquelles on reconnait l'esprit tailleur de la marque. Les imperméables, proposés en beige, blanc, bronze, noir, dans des matières légères, et même transparentes, sont une pièce maîtresse du défilé pour un printemps frais et pluvieux. En alternative, dans un tout autre style, Maison Martin Margiela propose des blousons en cuir.

D'autres pièces sont bien plus audacieuses. Comme des vêtements "bizarroïdes" : pantalon noir de costume sur une jambe, bermuda gris sur l'autre. Ou encore jean en patchwork avec pantalon classique. Au pied : des bottes ou derby avec semelle de sabot. Déjà repérée dans d'autres défilés, la couleur orange est une star du printemps-été 2015, pour être sûr de ne pas passer inaperçu.

L'audace peut également être dans les mélanges. Le gilet de costume se porte par exemple rentré dans un pantalon sportswear noir et ample, genre pantalon de montagne. Un mannequin préfère lui défiler torse nu. S'agit-il d'une tendance? Des jeunes hommes avaient déjà montré leurs pectoraux à Milan et chez Issey Miyake.

Les bad boys de Givenchy

Décors impressionnants pour le défilé Givenchy : un avion démantelé est suspendu au-dessus du podium. C'est une oeuvre de l'artiste néerlandais Paul Veroude. Mais le lien avec la collection n'est pas évident : ce ne sont pas des pilotes qui défilent, mais plutôt des bad boys d'un gang chic en noir et blanc.

Le premier mannequin porte un costume croisé, avec bermuda et chaussures montantes aux lacets blancs, rappelant les célèbres Dr Martens. Un autre tente la cravate blanche sur chemise noire.

Les visages des mannequins restent durs, mais de petites fleurs recouvrent leurs vêtements, du pantalon à la chemise, en passant par le bermuda. De même pour le débardeur, sorti tout droit d'un terrain de basket.
Des bandes noires et blanches barrent des polos ou tee-shirts; le blouson à capuche ou le bomber se portent avec un chic pantalon de costume. Les styles se mélangent et s'accordent.

Le créateur Riccardo Tisci fait également défiler 4 filles sexy, les copines des bad boys, en robes courtes moulantes, transparentes ou fleuries. Les garçons, eux, sont allés loin: ils ont fait broder des perles sur les fleurs blanches ornant leurs polos et bomber. Pas tellement mauvais garçons !

Les années 80 et 90, selon Kris Van Assche

Le créateur belge, qui a aussi présenté à Paris sa collection chez Dior Homme, a fêté les dix ans de sa marque Krisvanassche.

Quand on l'interroge sur l'identité de celle-ci, il parle du "vêtement hybride". Dans cette collection, "le jean n'est pas vraiment un jean", "les blousons deviennent des vestes", a expliqué le designer après le défilé. Il reprend des codes des années 80 et 90, comme la cravate glissée dans la chemise, le jean neige, le bomber. "Tous ces codes, le jeune de 2015 se les approprie", raconte le créateur.

On imagine en effet sa collection sur un jeune homme. Il peut se permettre le pantalon à carreau, car il sait le mixer. Il en casse le côté "premier de la classe", en nouant une ceinture en jean autour de la taille, ou en le portant avec un sac à dos de lycéen.

"On n'est plus dans une époque où soit on est élégant, soit on est sportswear", estime KVA. Le costume se porte d'ailleurs avec des claquettes au pied. Ces sandales, presque celles que l'on utilise au bord de la piscine municipale, sont d'ailleurs une tendance lourde déjà repérée chez Raf Simons, Carven et même aux pieds des invités aux défilés, toujours à la pointe de la mode.

Lanvin, Paul Smith et, le soir, Saint Laurent : les défilés de mode masculine pour le printemps et l'été 2015 se sont terminés en beauté dimanche à Paris, après cinq jours de collections toujours plus influencées par le sportswear.

Quelques tendances en bref

Marine, gris, noir : les tons sombres ont dominé les défilés. Mais une couleur vive a tiré son épingle du jeu : le orange flashy ou "potiron" comme chez Hermès, a donné du peps à une mode à deux doigts de devenir triste. Le rouge est également apparu dans plusieurs défilés (Dries Van Noten, Dior, Lanvin…).

Longtemps honnis, les costumes 100% blanc ou beige pourraient bien également revenir l'été prochain, comme nous vous l'avions déjà annoncé après les défilés milanais.

Autre tendance : les pieds se glissent tout en confort dans des sandales. C'est presque celles que l'on met pour aller à la piscine municipale et elles se mettent avec tout.

A vélo ou en métro, mais en Lanvin

La collection Lanvin 2015 n'a vraiment rien d'estival, tant elle est sombre, avec beaucoup de bordeaux et de noir, et tant les mannequins sont couverts.

Le directeur artistique pour la ligne masculine de Lanvin, Lucas Ossendrijver, a créé une collection urbaine et assez rock.

Les premiers costumes du défilé se portent larges, avec de grandes épaules, manches remontées, main dans les poches pour une allure nonchalante. Puis les vêtements se rapprochent du corps, jusqu'à devenir skinny, rappelant le travail du créateur Hedi Slimane, qui présentera dimanche soir sa collection pour Saint Laurent. Enfin, les pantalons larges et fluides, assez sportifs, reprennent le dessus.

Lucas Ossendrijver a pensé aux déplacements de l'urbain d'aujourd'hui, à vélo ou en métro. "Cela modifie votre façon de vous habiller. (…) A vélo, on porte un blouson, peut-être un pantalon skinny, on remonte ses manches".

"Mais même s'il y a des influences sportswear, c'est toujours élégant. C'est ce que les gens attendent de nous, c'est pour cela qu'ils payent", confie le styliste de la marque de luxe. Il souligne d'un fil blanc les coutures des pantalons et des vestes, pour mettre en avant le travail de tailleur de la maison.

 

Paul Smith, relax dans un jardin

"Pourquoi avoir écrit en gros +YEAH!+ sur un T-shirt?" interroge un journaliste. "Pourquoi pas?" lui répond Sir Paul Smith. Le créateur injecte une bonne dose d'optimisme avec sa nouvelle collection, à coup de rayures couleur arc-en-ciel.

"Please, relax. Will you please relax!" lâche-t-il encore, afin d'expliquer l'esprit de ses créations pour l'été prochain. Des plantes en pot ont été posées sous la coupole de la Bourse du Commerce. On les retrouve ici et là, colorées, sur les vêtements.

Les mannequins n'ont pas l'air stressé, en effet. Leurs pantalons et bermudas larges semblent ultra-confortables. La chemisette est ouverte sur un tee-shirt coloré, le jogging peut se porter avec une veste. Même en costume, également larges, ils ont l'air cool.

Des coccinelles, des bananes, des cannettes avec paille sont représentées sur les habits. Plus sérieux : des chevrons, très années 70, décorent hauts et pantalons. Les tissus se juxtaposent, comme dans une veste qui joue sur le mat et le brillant. Paul Smith a beaucoup utilisé de satin dans cette collection, qui mixe une mode ludique et colorée à des tons plus sombres, du gris au bleu pétrole.

Saint-Laurent : au temps des hippies

Adieu le grunge, revoici les années 70 et les hippies! Pendant le défilé, on imagine Yves Saint-Laurent à Marrakech, rêvant avec ses amis d'une société différente.

Cheveux longs, vestes en daim, ponchos, chemises à fleur, djellaba revisitée, bijoux ethniques, lunettes rondes: Hedi Slimane ne laisse pas planer le doute sur son inspiration. Il en joue aussi, comme avec une veste militaire à franges.

Les chapeaux donnent eux un côté folk à la collection, qui se la joue rebelle, comme toujours avec Slimane. Car le défilé est bien signé Hedi Slimane, créateur qui a lancé la mode androgyne dans les années 2000, avec des silhouettes ultra-slim. Les mannequins portent des jeans noirs dans lesquels seuls les hommes ultra-filiformes pourront rentrer: pas question d'avoir des cuisses et encore moins des fesses rebondies.

Les précédentes collections d'Hedi Slimane pour Saint Laurent étaient très rock et cette influence est toujours présente, avec perfectos et vestes brillantes. Le créateur a invité les copines de l'homme Saint Laurent à défiler. Elles aussi sont des hippies, avec leurs robes longues.

Le défilé est d'ailleurs dédié à Betty (Catroux) et Loulou (De la Falaise), qui furent deux muses d'Yves Saint-Laurent. Betty Catroux était, comme toujours, au premier rang du défilé, à côté de Pierre Bergé, l'ancien compagnon de l'illustre couturier.

"Ça me rappelle des souvenirs avec Yves. A Marrakech, oui", confie-t-elle à des journalistes. Elle "adore" Hedi Slimane, qui est "sans aucun doute le Saint Laurent d'aujourd'hui". Pour Pierre Bergé, la collection est "formidable, comme tout ce que fait Hedi". "Il aborde la mode avec un regard moderne et nouveau", estime-t-il.

Est-il tenu à respecter les codes? "Yves Saint-Laurent est mort et il fait ce qu'il veut et comme il veut", tranche Pierre Bergé. Hedi Slimane attire toujours des fans, qui arrivent pour certains à être invités au défilé. Allure rebelle, taille XXXS : ce sont les mêmes que les mannequins sur le podium. Ils étaient (bien sûr) très enthousiastes sur la collection.