Le Bal des Folles sur Prime Video : une faille dans le système

Depuis sa percée dans le rôle de la provocante Shoshanna dans le thriller nazi Inglourious Basterds de Quentin Tarantino, Mélanie Laurent a cultivé une carrière parallèle florissante en tant que réalisatrice. Dans Le Bal des Folles, sortie Prime Vidéo du jour, elle met tout en œuvre dans un mélodrame psychologique véhément de romance et de surnaturel, se déroulant dans un sinistre hôpital neuro-psychiatrique où des femmes prétendument hystériques sont incarcérées et soumises à surveillance clinique et traitement expérimental par des hommes en blouse. A voir.

Dans ses premiers instants, Le Bal des Folles se concentre lentement sur la nuque d’une femme et le tourbillon de ses cheveux épinglés en un chignon. C’est une image très Hitchcockienne (Vertigo) qui donne déjà le ton : le drame touchera bel et bien aux horreurs.

MélanieLaurent elle-même incarne Geneviève, l’infirmière en chef de l’hôpital, qui reçoit un après-midi une nouvelle prisonnière-patiente : la belle Eugénie (Lou de Laâge, impeccable), instruite et bien née, qui y a été incarcérée par son père riche et conformiste, François (Cédric Kahn), profondément irrité par son attitude rebelle puis horrifié par son nouvel intérêt pour le spiritisme, qui menace de l’embarrasser en société.

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Eugénie découvre vite qu’elle est enfermée dans une maison de fous, dans un dortoir sinistre de femmes qui ont toutes, à un degré plus ou moins élevé, été poussées à un état dépressif ou psychotique par les hommes mêmes qui sont censés s’occuper d’elles, d’ailleurs eux-mêmes dysfonctionnels et dans un état de répression sexuelle.

Alors qui sont les fous ici ? L’ingéniosité du récit réside dans le fait que la prétention d’Eugénie à parler avec les morts – la seule chose qu’un observateur du 21e siècle qualifierait d’irrationnelle – est littéralement vraie. En utilisant son super pouvoir pour deviner les agonies des infirmières-geôliers, Eugénie commence à élaborer un plan pour s’évader de l’hôpital, le soir de son bal annuel, auquel les patients sont autorisés à assister déguisés en guise de friandise.

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La majeure partie de Le Bal des Folles concerne des questions de croyance plus larges – que le conflit soit entre la science et la foi ou entre les hommes et les femmes. La majorité des patients ont été envoyés à la clinique contre leur gré, généralement après avoir divulgué des informations que leurs familles trouvent compromettantes ou avoir manifesté des émotions d’une manière jugée inacceptable.

En d’autres termes, elles sont punies pour ne pas se conformer aux règles restrictives que la société a fixées pour les femmes. Bien que le scénario puisse parfois être un peu lourd, M. Laurent, qui l’a co-écrit avec Chris Deslandes, fait un assez bon travail pour démêler ces thèmes et leurs implications plus larges.

Plus Eugénie passe de temps à la Salpêtrière, plus elle comprend que la source des problèmes de ces femmes n’est pas leur esprit mais les hommes qui dirigent la clinique. La réalisatrice et le directeur de la photographie Nicolas Karakatsanis prennent grand soin de montrer ce que ces femmes vivent au sein de l’institution, et ces scènes s’avèrent être parmi les plus captivantes du film.

Chaque jour, les médecins soumettent leurs patients à des examens physiques pénibles et à des traitements radicaux comme l’hypnose et les bains de glace. A la merci de ces figures grisonnantes qui les diagnostiquent comme hystériques, les femmes n’ont pas de véritable libre arbitre. Leurs esprits commencent à les trahir et commencent à développer des mécanismes d’adaptation que les mêmes médecins lisent comme une confirmation de leurs faux diagnostics.

Au fur et à mesure que l’amitié d’Eugénie avec Geneviève s’approfondit, les deux commencent à réaliser ce qu’elles ont en commun. Emportée par cette jeune femme qui la met au défi d’envisager la possibilité d’un monde au-delà du visible, Geneviève commence à voir la cruauté de la clinique et jure d’aider Eugénie à s’échapper. C’est à ce moment-là que le film se transforme en un thriller captivant, à la suite notamment de Geneviève, alors qu’elle élabore un plan pour libérer sa nouvel ami.

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Dans l’ensemble, Le Bal des Folles est un film assurément réalisé, reflétant l’œil vif de Mélanie Laurent et sa sensibilité à déballer les problèmes de société. Pourtant, il y a des moments où il lui manque une grâce nécessaire. L’abus de sa partition dramatique pour violoncelle va alors nuire aux moments de tension, tandis que certaines scènes introduisent des points d’intrigue inutiles (et non résolus). Ceux-ci sont alors vus comme des tics frustrants qui nuisent à la puissante expérience cinématographique globale. En fait, les meilleurs moments du film sont lorsque la réalisation adopte une approche calme et plus sobre pour raconter les histoires poignantes de ces femmes injustement traitées.

Notre note : ⭐ ⭐ ⭐ ⭐ ★

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