« Etre un homme », ça veut dire quoi ?

Agir comme un homme

« Sois un homme et tais-toi. » Vous n’avez peut-être jamais entendu cette phrase et pourtant on vous l’a sûrement implicitement dite bien plus d’une fois dans votre vie.Quoi qu’on en pense, le mythe de la virilité est encore bien présent dans notre société. Mais ne serait-il pas temps de s’en émanciper ?

Hommes, femmes, mode d’emploi

Dès le plus jeune âge, nous avons tendance à conditionner les enfants de façon à ce qu’il grandissent conformément à l’image que la société et les traditions ont construites autour de leur genre.

Depuis peu, cette problématique sociétale autour de l’éducation est très souvent débattue, notamment depuis l’émergence des mouvements comme #balancetonporc ou #metoo. Ces événements ont largement démontré que les rapports entre hommes et femmes étaient la preuve d’un déséquilibre profond entre les rôles associés aux individus en fonction de leur sexe.

La cause féministe dénonce les travers et la pression d’une société patriarcale oppressante et désavantageuse pour les femmes et les hommes qui ne correspondent pas à l’image traditionnelle que l’on attribue au sexe masculin. Mais que signifie  « être un homme » en réalité ? On a calqué l’image de l’homme aux codes très stéréotypés de la virilité qui est en fait une sorte d’utopie masculine à laquelle aucun homme ne correspond vraiment. C’est ainsi qu’est née la pression masculine.

l'enfant homme

La virilité à « tout prix »

Cette pression se manifeste par toute une série de comportements à proscrire ou, au contraire, à manifester à partir du moment où l’on est de sexe masculin ; et cela débute dès les plus âge.

Les bébés et les petits garçons internalisent ces notions plus ou moins rapidement et ceux qui s’y opposent seront systématiquement pointés du doigt. On rencontre rarement des petits garçons qui ont envie de se déguiser en princesse et peu de petites filles ont envie de jouer le rôle du prince charmant ou du super héros car on leur fait très vite remarquer que ce n’est pas conforme à ce qu’ils devraient être.

On déduirait alors qu’il serait plus simple de se fondre dans le moule du conformisme pour avoir la vie tranquille. Pourtant, une récente étude américaine faites par le docteur Matthiew Nielson sur des enfants tout au long de leur scolarité a prouvé que la pression était également reçue pour les garçons qui étaient en parfait accord avec les codes masculins que pour ceux qui ne s’y conformait pas.  

La pression et les discriminations physiques sont aussi présentes dans le cercle masculin que dans le cercle féminin. Ils se manifestent par la correspondance aux standards de beauté actuels que l’on accole à l’image de l’homme viril. La mâchoire développée, le torse sculpté, les épaules larges… lorsqu’un homme n’y correspond pas, on le considérera automatiquement comme un maillon faible.

De manière plus psychologique, on apprendra aux garçons à se comporter « comme des hommes » . Cela passe bien sûr par des expressions, une gestuelle, une façon de parler et de réagir qui corresponde à la perception que l’on se fait de l’essence masculine. 

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la virilté à tout prix

« Un homme, un vrai »

La négation de certaines émotions perçues comme de la sensibilité est peut-être l’élément le plus présent de la pression masculine. Celui-ci conduit beaucoup d’hommes à exprimer leur émotions fortes avec agressivité, ce qui est considéré comme « plus viril » et donc socialement acceptable. De manière globale, l’impulsivité, la témérité et l’instinct de coureur sont des traits de caractères que l’on « attend » des hommes

La volonté de multiplier les conquêtes, l’appréciation de certains objets ou activités que l’on associe à l’homme comme les voitures et le sport, le je m’en foutisme ou encore l’humour sont des comportements intériorisés par les jeunes garçons.

Ces éléments sont assimilés de façon plus ou moins marquée et c’est à cause de cela que s’installe une certaine hiérarchie masculine. Le bas de l’échelle souffre de ne pas être à la hauteur des espérances de la société et subit en général la désapprobation des autres lorsqu’il tente d’affirmer ou d’assumer sa différence. Tandis que les mâles dominants s’efforcent de garder leur place et redoublent d’efforts en contrôlant leurs agissements de manière à paraître « le plus viril possible » en toutes circonstances, ce qui est assez épuisant moralement et physiquement.

L’homme parfait n’existe pas

Aujourd’hui, l’image de l’homme est en train de changer et plusieurs tendances souvent contradictoires dictent à la gent masculine comment être « l’homme parfait ». L’homme moderne conserve les attributs traditionnels de la virilité mais il doit également intégrer de nouveaux comportements jusqu’à présent plutôt assimilés aux femmes, notamment en ce qui concerne la vie familiale.

L’homme du 21e siècle doit être plus sensible, plus conscient des autres et de lui-même, plus ouvert. Il ne doit plus s’imposer comme une figure dominante et autoritaire qui intimide pour se faire respecter. Il est évident que la déconstruction du schéma patriarcal et hétéro-normé est profitable à tous, qu’importe le genre, le milieu social et l’orientation sexuelle des individus.

Le malaise viril n’est pas nouveau. Quand on se plonge dans l’histoire, on se rend compte que l’idée de la crise de la virilité est aussi vieille que la virilité elle-même.

Olivia Gazalé

Cependant, il ne faut pas oublier qu’être un homme ne veut pas dire grand-chose, il y a de multiples manières d’en être un et de l’exprimer. Avant tout, il faut parvenir à être soi et à s’accepter. Être quelqu’un, c’est également se construire, se questionner et se respecter pour mieux respecter et tolérer les autres. Pour être bien dans ses baskets, il faut surtout s’identifier et se sentir en accord avec celui qu’on est et non pas celui que l’on devrait, ou voudrait être.

Au final, être un homme, c’est d’abord se satisfaire d’ »être » et pour cela, il faut se comprendre, être confiant et s’aimer

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