Pierre Loeb : le lobby, c'est la vie !

Des boites de nuit à la Maison de l'Alsace, rencontre avec un lobbyiste engagé

--- Le ---

On entend tout et (surtout) n'importe quoi au sujet des lobbys. Mais au fait, qu'est-ce que le lobbying? Et comment devient-on lobbyiste ?

Pierre Loeb : le lobby, c'est la vie !
© phototechno ©
Jérémy Kohlmann

Social Media Strategist | jkohlmann.fr [Google+]

Cela fait longtemps que je n'étais pas venu ici vous proposer des interviews passionnantes de gens passionnés. Un peu occupé mais surtout, je voulais revenir fort sur Masculin.com avec du contenu qu'on ne trouve pas ailleurs. Je pense avoir tapé juste puisque, aujourd'hui, nous parlerons lobby, communication, relations publiques et engagement ! C'est Pierre Loeb, un lobbyiste de profession, qui répond aujourd'hui à mes questions avec beaucoup de transparence sur son métier, ses choix et comment on peut faire évoluer les choses ! En voiture.

Bonjour Pierre, et merci de prendre le temps de répondre aux lecteurs de Masculin.com ! Avant qu'on commence, peux-tu nous parler un peu de toi, de ton parcours, et de comment tu t'es retrouvé dans le lobbying / les relations publiques ? 
Bonjour Jérémy, merci pour ta sollicitation et l'intérêt porté au lobbying. Je suis donc Pierre, 29 ans, Strasbourgeois, Alsacien, Français et Européen. Une fierté. Parcours atypique, je crois. Serveur en boîte de nuit et restauration à 18 ans, vendeur dans le textile féminin, puis négociateur immobilier.

Bref, a priori, une carrière bien éloignée des RP et du lobbying. Et puis la vie. La vie et ses nombreuses opportunités, ses nombreuses portes qui s'ouvrent, cette fameuse croisée des chemins devant laquelle chacun de nous se retrouve. Suivent les choix. En évoluant, en traversant quelques épreuves et difficultés, comme tout un chacun, ma philosophie de vie a évolué, ma conception de l'avenir également. 

Connais-toi toi-même avant de connaître les autres. S'en suit des opportunités que j'ai su saisir, notamment ma formation de lobbying à Paris. Un déclic. Une révélation. Bien loin de l'image caricaturale de ce métier en France, la valise pleine de billets, les méchants lobbyistes qui défendent les causes "sales", "indésirables"... Et là, la France a du retard. Les entrepreneurs français également, pour la majorité.

Après sept années d'expertise et de lobbying auprès des institutions européennes, je peux te garantir que le fossé économique croissant entre l'Allemagne et la France est en partie une conséquence directe du manque de lobbying des acteurs français auprès de l'UE, là où l'Allemagne excelle et investit massivement, à l'instar des anglo-saxons depuis les années 1990. 


Pierre Loeb, lobbyiste du quotidien



Ton métier au quotidien, loin de l'image qu'on s'en fait avec les séries américaines, il consiste en quoi ? 
Concrètement, le lobbying est selon moi l'outil essentiel du fonctionnement d'une démocratie. Lorsqu'il y a lobby, il y a toujours contre-lobby. Nous sommes des lobbyistes au quotidien. Porter un projet, c'est faire du lobbying. Défendre nos convictions, c'est l'exercice du lobbying. Promouvoir une marque, un individu, un sujet, c'est le lobbying. Publier des photos sur les réseaux sociaux, de marque, de paysage, de destination, de run, de notre vie, c'est aussi exercer une forme de lobbying. Encore une fois, nous sommes tous des lobbyistes au quotidien.  

Savais-tu qu'on dit couramment que c'est l'Abbé Pierre qui a crée le lobbying en France ? Là aussi, un lobby d'intérêt général avec Emmaüs (mais c'est aussi le cas avec les Restos du coeur).

Plus en détails, le lobbying (représentant d'intérêt, directeur des relations publiques, responsable des relations institutionnelles et autres titres en France) regroupe différentes compétences : juriste, communicant, RP, analyste, porteur... Influer à l'échelle de l'UE, c'est aussi comprendre le process de décision, les institutions, commissions, élus... L'aspect cartographie des acteurs et élaboration stratégique représente selon moi le coeur de toute action de lobbying.

Il y a des clients type avec lesquels on travaille plus facilement ? 
Tout dépend de tes compétences et orientations. Là aussi, on en revient au choix de vie individuel. Pour ma part, c'est tout simplement l'intérêt général. L'évolution sociétale, le rayonnement de la France, le développement économique, l'environnement, le monde (meilleur) de demain. Être un facilitateur et permettre de contribuer au développement et rayonnement de mes clients, des thématiques qui me sont chères.

Je suis aujourd'hui un privilégié ayant la pleine liberté de m'engager exclusivement autour de clients et causent qui me sont chères.     

Tu as travaillé dans le public et le privé ; qu'est-ce qui a été le plus stimulant pour toi ? Qu'est-ce qui en ressort après coup ? 
Très intéressante, ta question ! Et tu soulignes un point intéressant. La sclérose de notre société. Nous raisonnons, réseautons et agissons trop par microcosme. C'est soit noir, soit blanc. Privé ou public. Matériel, immatériel. Citadin ou rural. Rassembler, tel est l'intérêt du lobbying. C'est là que nous, Français, devrions apprendre d'autres cultures européennes. A l'instar des Britanniques et Allemands,
souvent opposés en interne, mais soudés et s'exprimant d'une même voix lorsqu'il s'agit d'enjeux majeurs et bénéfiques à tous.

Pour répondre directement et en toute franchise à ta question, la "chose publique", la société, le monde qui nous entoure, est passionnant. Contribuer au monde de demain. Penser à l'avenir. Je suis convaincu que notre génération, contrairement aux précédentes, a une prise de conscience globale sur la nécessité d'être plus responsable. La prise de conscience environnementale en est un illustre exemple. Décalage générationnel flagrant.
Je suis convaincu que, tous ensemble, nous répondrons avec succès aux colossaux défis qui entourent notre société dans sa globalité. Y contribuer est ma raison d'agir et de vivre. Ce lobbying-là n'a pour moi pas d'équivalence. MAIS avec le process et donc le pragmatisme, l'efficacité et le fonctionnement du privé.

Le phénomène de "réunionite" est insupportable dans le public. Improductif, inefficace et littéralement "castrant" pour de nombreux agents de l'Etat, des collectivités ou des institutions européennes. Le fonctionnement des administrations est frustrant, notamment par l'impression d'inefficacité générale qu'il peut parfois dégager, malgré l'engagement et les nombreux talents humains dont bénéficie chacune de ces administrations.

Ce système a la mauvaise habitude de tirer certains employés vers le bas, donc l'institution et le service au citoyen. Cette remarque vaut également pour quelques grands groupes du CAC40. Comment agir, contribuer concrètement par des prises de décisions lorsque, en tant qu'employé, notre président, dirigeant ou décideur est à N+14 ou 15 ? Irréaliste. 

Et là, quel plaisir d'agir pour des PME, TPE, TPI ! La facilité de prise de décision contribue grandement au résultat de toute action de lobbying. Dans ce cas, le secteur public manque (pour la majorité) cruellement d'efficacité. 

Finalement, les fondations répondent pour certaines parfaitement à ces critères : de l'action concrète, des process de décision plus efficaces, et l'intérêt général avant tout. Le melting pot de l'idéal de la chose publique avec les efficaces méthodes du privé. 
La transversalité est selon moi la solution. Décloisonner et réunir tout en gardant un process simple et efficace de décision.


Pierre Loeb au côté de François Hollande



Tu travailles encore sur de nombreux projets actuellement, tu peux nous en révéler certains ? 
En effet ! Aussi nombreux que passionnants. La prochaine étape sera justement de limiter le nombre d'engagements pour gagner en sérénité autant qu'en efficacité. Je pense à trois projets qui me tiennent particulièrement à coeur et dont je peux aujourd'hui librement te parler : 

1. J'ai la chance de développer le Club des 100 de la Maison de l'Alsace (MDA). Il s'agit du Club des Partenaires d'un outil exceptionnel : l'ambassade de l'Alsace sur les Champs Elysées. Un somptueux immeuble situé au numéro 39. Propriété des départements, gérée et dirigée par d'importants acteurs économiques et industriels
alsaciens, et présidée par Dominique Formhals, président d'AquaticShow International, leader mondial des spectacles d'eau et effets spéciaux aquatiques. L'objectif : recruter cent des principaux acteurs économiques du territoire, privés et publics en leur proposant de nombreux avantages visant à leur faciliter le développement de leur entreprise et affaires. Surtout, nous les convions à un événement mensuel à la MDA, autour de décideurs, d'influenceurs et de personnalités internationales. L'idée : la création de liens humains, le networking et la possibilité pour nos entreprises de porter directement leurs problématiques et idées auprès des décideurs, donc également des élus. Cette Maison doit nous permettre de faire rayonner cette Alsace exceptionnelle aux atouts si nombreux, mais qui ne s'est pas suffisamment valorisée ces dernières années, notamment à Paris et à l'international. Là aussi, le Club des 100 est un facilitateur.

2. La présentation d'une dernière étude sur l'enjeu de l'influence française au sein de l'Union européenne avec la conclusion de la trilogie "Le siège dans tous ses Etats", autour d'un éternel débat contre-productif : la question du siège du Parlement européen à Strasbourg.
Savais-tu qu'à l'exception de Genève et New York, Strasbourg est la seule ville au monde à accueillir des institutions internationales ? Un fait assez méconnu... et c'est bien en France ! Paris n'est finalement qu'à 1h45 de "la capitale européenne de la France". On en revient à ce manque de visibilité et la nécessité d'une véritable stratégie de lobbying d'un territoire. Une action totalement bénévole, que j'ai lancée fin 2011, et qui a permis de recueillir plusieurs centaines de soutiens. D'élus locaux, de députés européens, de ministres ainsi que des Présidents Nicolas Sarkozy et François Hollande. Et bien évidemment de nombreuses entreprises et acteurs économiques.
L'idée de ce rapport final : démontrer que ce Parlement européen à Strasbourg est une nécessité. Evidemment, symbole de Paix et de la réconciliation franco-allemande, mais surtout dans la perspective de l'Europe de demain. Alors que cette Union européenne est si décriée, pouvons-nous accepter que l'Europe se concentre et se centralise à Bruxelles, plutôt que de se rapprocher de ses habitants, de revenir à l’essentiel : l’humain ?

3. Le lancement prochain d'un nouveau concept. Une grande première en Europe. Une plateforme citoyenne unique en son genre, au profit du rayonnement d'un territoire. Une innovation d'intérêt général sans précédent. Ce projet, fruit de l'investissement et de l'engagement d'une talentueuse équipe jeune et dynamique, peut constituer le développement des villes et territoires de demain, en liant enfin à bon escient l'humain au digital. Cet ambitieux challenge est aussi enthousiasmant qu'accaparant. Je ne peux que vous inviter à aller sur www.visionstrasbourg.org et ainsi découvrir Tommy, la première intelligence artificielle évolutive au service des femmes, des hommes et du territoire. Un chatbot d’intérêt général, véritable relais entre élus / institutions et avis des citoyens / habitants. Le probable outil de la démocratie participative de demain. C’est toute l’ambition.

Pour finir, que dirais-tu à quelqu'un qui veut se lancer dans les mêmes métiers ? Tu as des astuces à donner ? Des chemins à conseiller ? 
Lorsque je me suis lancé sur ce chemin, par l'Institut Supérieur Européen du Lobbying en 2009, les formations étaient rares, le métier encore plus décrié en France. Aujourd'hui, les formations sont nombreuses. Les débouchés également. 

Apprends et développe tes réseaux. Cible tes enjeux. Connais tes points forts et plus encore tes faiblesses.  Les opportunités, stages, formations, offres d'emplois sont très fréquents, mais principalement à Bruxelles et à moindre mesure à Paris.  Plus de 15 000 lobbys sont inscrits au registre de transparence du Parlement européen... Et là, il ne s'agit que de ceux s'attelant à l'Europe. La richesse de ce métier réside avant tout dans l'apprentissage permanent et la fine connaissance du monde dans lequel nous vivons : actualités, informations, décryptage des process de décisions, législateurs...

Lobbyiste, selon le chemin que tu suivras et ton choix de carrière, tu pourras à tout moment évoluer en portant des projets, sujets, enjeux qui te parlent, te concernent, t'intéressent. 

Enfin, le plus important : porte ce en quoi tu crois, sois donc un lobbyiste selon ton propre cahier des charges.   Lorsque tu deviens le contact privilégié de nombreux acteurs, lorsque les informations viennent à toi, lorsque tu es la source et le relais pour les décideurs, alors lobbyiste tu seras. 

Un mot que tu veux ajouter pour la fin ?
Engage-toi et porte tes convictions ! Cesse d'être spectateur. Sois l'acteur de ton monde, de ta société, de ton environnement. Agis !   

Merci pour ton temps !
Merci à toi !

Thèmes connexes : carriere
A LIRE AUSSI ...
SUR LES MÊMES THÈMES
VOS REACTIONS